Agropur et Saputo : la loi des conséquences inattendues

Le Canada, et le Québec en particulier, sont devenus des puissances laitières… en vendant le lait produit ailleurs !

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Photo : Getty Images

Le Canada s’est doté d’un mécanisme qui protège ses producteurs laitiers des fluctuations du marché et de la concurrence internationale : c’est la gestion de l’offre.
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Ce système a les qualités de ses défauts. D’un côté, il protège les revenus des producteurs et ne coûte rien en subventions aux gouvernements. Puis, en compliquant l’importation de produits laitiers, il a permis la création d’entreprises de transformation laitière de bonne taille.

De l’autre, il exige que les producteurs laitiers achètent des quotas qui ont pour effet de limiter leur production, d’ajouter à leur endettement, de compliquer la vente de leur installation et d’augmenter de façon générale leurs coûts. Les consommateurs et les transformateurs paient donc leur lait plus cher.

Surtout, ce système rend très difficile l’exportation de nos produits, qui ne sont pas concurrentiels sur les autres marchés.

Agropur, avec trois acquisitions majeures au cours des dernières semaines, démontre une fois de plus que ce mécanisme peut être contourné et n’empêche pas l’internationalisation de nos transformateurs laitiers. La dernière acquisition de la coopérative, qui appartient aux producteurs laitiers québécois, est l’exemple parfait de cette stratégie.

En achetant Davisco Foods, un transformateur américain qui affiche des revenus supérieurs à 1 milliard, Agropur réalisera 40 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis et acquiert une entreprise qui détient des centres de distribution en Asie — où la demande est en pleine expansion — et en Europe. Une fois la transaction terminée, le chiffre d’affaires d’Agropur passera à près de 6 milliards de dollars.

L’autre géant québécois de la transformation laitière qui a brillamment réussi son internationalisation, c’est évidemment Saputo, qui réalise 60 % de ses ventes de 9,2 milliards de dollars à l’étranger.

Ne pouvant compter sur le lait canadien pour exporter à l’étranger, ces deux géants sont devenus des consolidateurs à l’échelle internationale en achetant des entreprises de différents pays.

Le Canada, et le Québec en particulier, sont devenus des puissances laitières… en vendant le lait produit ailleurs !

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

4 commentaires
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Quelques fleurs mais surtout un gros pot, c’est comme ça que je perçois votre article.

Vous reconnaissez le succès d’AGROPUR et de SAPUTO deux grosses sociétés québécoises, mais il est évident que l’objectif de votre article consiste à semer le doute sur les bien faits du système canadien de gestion de l’offre.

Vous dites: « Les consommateurs et les transformateurs paient donc leur lait plus cher. et Surtout, ce système rend très difficile l’exportation de nos produits, qui ne sont pas concurrentiels sur les autres marchés. »

Alors le contraire a été démontré:
http://www.producteurslaitiers.ca/que-faisons-nous/a-propos-de-la-gestion-de-l-offre/mythes-et-realites

Là où cette industrie est déréglementée les consommateurs finissent par payer plus cher, les producteurs reçoivent moins et les intermédiaires jouent avec leurs marges bénéficiaires. Pire, là où il n’y a pas de gestion de l’offre, contrairement à ce qui se passe ici, l’industrie est fortement subventionnée, les consommateurs en plus de payer le produit plus cher à l’achat ils le paient deux fois (une fois directement au vendeur du produit et l’autre via leurs taxes et impôts en subventions à l’industrie), belle affaire.

Tant mieux si AGROPUR peut tirer son épingle du jeu sur d’autres marchés qui ont d’autres règles de jeux, même chose pour SAPUTO, mais je ne vois pas le lien qu’il y à faire avec notre système de gestion de l’offre.

C’est bien de la droite.

Vous voudriez que les citoyens Canadiens subventionnent le lait et le payent plus cher afin que les grandes entreprises fassent de l’argent avec des citoyens et les producteurs.

Mais, pour qui travaillez-vous?

Le cartel du lait est l’une des pires calamités qui aient pu s’abattre sur les consommateurs canadiens et Québécois.

Selon les estimations de l’Organisation de coopération et de développement économiques, les prix canadiens du lait ont été de deux à trois fois plus élevés depuis 1986 que les prix mondiaux. Depuis 1995, le prix du lait a augmenté de 53%, soit deux fois plus que l’inflation et ce, en dépit d’une réduction de 3,8% des coûts de production. BRAVO!!! (Ironie on!).

Les buveurs de lait paient des prix très élevés en raison du système de gestion de l’offre que la Commission canadienne du lait (CCL) qui s’impose depuis bientôt 40 ans. En vertu d’un tel système, les producteurs de lait (mais également de volaille et d’œufs) limitent délibérément leur production afin de maintenir les prix artificiellement élevés.

On dénonce souvent le comportement des pays de l’OPEP qui se concertent pour réduire la production de pétrole et faire flamber les prix du brut, mais on reste impassible face au système de gestion de l’offre. Pourtant, ne s’agit-il pas d’un cartel lorsque les producteurs de lait se regroupent pour convenir ensemble de limiter le volume de production et, ainsi, d’augmenter les prix?

En décrétant une augmentation artificielle du prix du lait, l’État impose un fardeau injustifié à des familles à faible revenu, uniquement parce que nos élus ont choisi d’augmenter les recettes de producteurs qui sont, en réalité, bien mieux nantis que les familles et les contribuables qui les aident. Ce n’est pas de la solidarité que d’enlever aux pauvres pour donner aux riches, c’est de l’indécence!

« Le cartel du lait est l’une des pires calamités qui aient pu s’abattre sur les consommateurs canadiens et Québécois. » (François 1)

Il a raison, mais pas besoin de cartel. Mais qui a permis une calamité? Les faux libertariens et la petite droite profonde pas instruite du Québec et du Canada qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

Ces derniers supportent et encouragent la grande entreprise et sa concentration au nom des économies d’échelle. Ils croient que plus les entreprises sont concentrées donc grosses, plus ils font des économies et les transmettent aux consommateurs.

La réalité est tout autrement.

Ils peuvent se permettre d’acheter les petits transformateurs à prix exorbitant puisque c’est le consommateur qui paye, et ainsi éliminer la concurrence. Une fois la concurrence éliminée ils peuvent charger les prix qu’ils veulent. C’est vrai aussi pour les supers marchés. Ils sont seulement trois pour contrôler la presque totalité des supers marchés au Canada.

Les entreprises fusionnent, achètent à gros prix pour le pouvoir et non pour les économies d’échelle.

C’est vrai aussi pour les géants de l’alimentation dans le monde: Nestlé, (480 usines dans 86 pays, 328,000 employés), Cargill,(130 000 employés répartis dans 62 pays), etc etc.
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« …les producteurs de lait se regroupent pour convenir ensemble de limiter le volume de production et, ainsi, d’augmenter les prix? »

Tromperie!
Ce n’est pas une question, mais une affirmation et elle EST FAUSSE.

Ce ne sont pas les producteurs laitiers qui décident des prix, ils les subissent.
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Ici on se retient de parler de l’UE et des USA. L’UE subventionne à 36% ses produits agricoles tandis que les USA le font à 16%. Mais, oui il y a un mais. Si les USA subventionnent à la hauteur de 16% les produits agricoles, il y a autant de subventions cachées. Par exemple : un propriétaire terrien peut louer pour quelques sous à un agriculteur parce qu’il est subventionné pour le faire. L’agriculteur lui, n’est as subventionné, ce que dénonce OMC et OCDE.

Le producteur laitier canadien reçois 0,20$ pour un verre de lait, moins que l’américain. L’américain lui, reçois 0,21$ parce que les familles payent par le biais de leur taxes une subvention à ce dernier.

Au USA le transformateur et le détaillant se partagent 0,12$ tandis que le transformateur et le détaillant canadien se partagent 0,20$ à 0,23%.

Voilà ce que sa donne la concentration des entreprises : Éliminer la concurrence et abus de pouvoir auprès de l’état.

C’est à cause de la concentration des entreprises que le lait est plus cher au Canada, non pas à cause de la gestion de l’offre.

http://www.lactualite.com/lactualite-affaires/les-leaders-croissance/infographie-le-prix-dun-verre-de-lait/