Air Canada: le spectre de la faillite

Pour la deuxième fois en six ans, Air Canada est au bord du crash financier.

Comme un fantôme entêté, une apparition lugubre commence à prendre forme dans le ciel d’Air Canada : le spectre de la faillite. La compagnie aérienne se retrouve cette année devant la possibilité d’un crash financier, six ans après s’être placée sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers — une façon polie de nommer une faillite ordonnée.

L’horizon du transporteur aérien est lourd de menaces : une chute de la demande (fret et passagers) due à la crise financière mondiale s’ajoute à des pertes de plus d’un milliard de dollars dans le bilan de l’année dernière, à des possibilités de grève et, grosse cerise sur le gâteau,
au boulet d’une dette de 5,4 milliards de dollars, dont plus de 660 millions doivent être remboursés à court terme. Attachez vos ceintures, ça va brasser !

Si la faillite résultait d’une simple note de bulletin, comme à l’école, Air Canada ferait déjà partie du groupe des cancres redoublants. Selon l’agence financière américaine Bloomberg, le transporteur canadien n’obtient pas la note de passage au Z-score, un modèle mis au point en 1968 par un professeur de l’Université de New York, Edward Altman, et qui permet d’évaluer le risque de faillite d’une entreprise. La méthode consiste à établir des relations entre différentes données financières, comme les fonds propres, la dette globale, le rendement de l’actif et des ventes, le fonds de roulement et les bénéfices non distribués. En brassant ces ingrédients selon la recette du professeur Altman, il en ressort qu’une entreprise dont la note est inférieure à 1,8 se trouve sur la pente glissante de la faillite. Or, Air Canada obtient une note désastreuse : 0,72. Le mauvais élève est aussi sanctionné par l’agence de cotation Standard & Poor’s, qui, au début de 2009, a fait passer la cote de la dette du transporteur de B à B–.

Cette dette oblige Air Canada à maintenir en tout temps dans ses coffres, pour répondre aux exigences des créanciers, des liquidités de 900 millions de dollars. Si elle n’a pas cette somme, la compagnie s’exposeà ce qu’une partie du produit de ses ventes de billets par cartes de crédit soit retenue pour suppléer aux liquidités manquantes. À la fin de l’année dernière, Air Canada avait tout juste un milliard de dollars en réserve. Conserver autant d’argent comptant en 2009 sera un défi difficile à relever, estime la compagnie, d’autant plus que la barre pourrait être haussée à 1,3 milliard de dollars l’été prochain.

Air Canada n’est donc pas au bout de ses peines, mais la faillite n’est pas encore considérée comme une fatalité. La nette réduction des coûts
d’exploitation du transporteur et la baisse du prix du pétrole sont des facteurs qui rassurent les créanciers, eux qui lui ont encore consenti une avance de fonds de 450 millions en décembre dernier.

Et si ça tournait vraiment mal ? Le gouvernement canadien volera au secours de cette compagnie dont il était autrefois propriétaire, croit Jacques Kavafian, analyste des questions de transport de la société Research Capital. Ottawa, selon lui, trouvera moins risqué d’injecter 200 millions de dollars dans le transporteur plutôt que d’avoir à gérer le chaos d’une éventuelle restructuration. Le canard boite, sans doute, mais cela ne devrait pas l’empêcher de voler.

Les plus populaires