Amqui

La crise forestière effraie les jeunes. L’an dernier, le Centre matapédien d’études collégiales n’a reçu qu’une seule inscription pour son programme de transformation des produits forestiers. Pourtant, c’est un domaine qui a de l’avenir.

Entrevue avec André Fournier, directeur du Centre matapédien d’études collégiales

Les scieries ferment les unes après les autres. Avec son Livre vert, le gouvernement entend réformer le régime forestier. Pourquoi le Centre matapédien d’études collégiales tente de sauver son programme de transformation des produits forestiers ?
Parce qu’il y a une pénurie de main-d’œuvre dans ce domaine. Chaque année, des entreprises nous appellent pour connaître des noms de finissants qu’elles pourraient engager. On n’en a pas à leur donner depuis cinq ans. Nous avons travaillé dans les derniers mois avec Emploi-Québec pour recruter des étudiants. Mais avant d’aller de l’avant, il faut faire une analyse du besoin en main-d’œuvre. D’après les résultats préliminaires, 75 % de nos élèves auraient un emploi dans ce domaine. Emploi-Québec a donc décidé de collaborer avec nous et soutiendra financièrement les étudiants qui vont s’engager dans la nouvelle formation.

Est-ce que le nouveau programme sera bien différent de l’ancien ?
La formation reste exactement la même, mais elle sera offerte sur deux ans. D’abord parce que les entreprises ont besoin de gens rapidement. Ensuite, parce que nous voulons recruter aussi des adultes plutôt qu’exclusivement des jeunes qui sortent du secondaire.

Pour quel genre d’emplois les étudiants seront formés ?
Ils pourront par exemple être contrôleurs de la qualité, c’est ce que les entreprises recherchent le plus actuellement. Cela permet au Québec d’être concurrentiel, entre autres face aux produits de la Chine. Grâce au bon contrôle de la qualité, on réussit actuellement à faire des meilleurs produits. Nos étudiants pourront aussi superviser du personnel ou encore être gestionnaires des séchoirs à bois. Il y a deux ans, les entreprises cherchaient beaucoup d’employés pouvant prendre en charge le séchage.

Mais les fermetures de scieries ou la baisse d’approvisionnement en bois ne pourraient-elles pas mettre en danger les emplois en transformation ?
Cela dépend des secteurs d’activité en transformation. Par exemple, les usines de panneaux-meubles dépendent de la fibre qu’elles peuvent récupérer dans les moulins : l’écorce, la sciure, etc. Elles peuvent être plus touchées. Cependant, les entreprises où l’on fabrique des boiseries, des planchers, ou des fenêtres sont en développement car le marché de la rénovation se porte bien. On ne peut pas faire de généralisation.

Est-ce que les innovations en transformation de produits forestiers pourraient être une façon de se sortir de la crise forestière ?
Oui. Il y a vraiment du travail à faire dans ce domaine. Depuis des générations, on coupe la forêt en région et on la transforme près des villes, comme à Montréal. Nous travaillons actuellement pour qu’il y ait des usines qui transforment la ressource sur place. Mais ça demande des capitaux et des entrepreneurs. Il y a beaucoup d’organismes, comme les centres locaux de développement ou les MRC, qui s’activent en ce moment pour développer ça.

Et il y a beaucoup de choses à inventer! Par exemple, le SEREX, un centre de chercheurs en transformation des produits forestiers avec lequel nous travaillons, a développé dernièrement des panneaux à base de paille, plus durs et plus légers que les panneaux conventionnels. On est vraiment en train de se développer des alternatives pour faire face à la crise forestière, même si ce n’est pas facile parce qu’il y a l’obstacle du prix du transport, étant donné qu’on est éloignés des grands centres. Mais la région offre d’autres avantages pour les entrepreneurs : les salaires sont moins élevés parce que le coût de la vie est plus bas.

Les plus populaires