Anges Québec: des «anges» dans nos campagnes

Cadens Imaging, petite société d’imagerie médicale de Granby, serait peut-être déjà morte et enterrée, n’eût été les « anges » qui ont veillé sur elle, affirme Jean-Pierre Robert, président et chef de la direction. Car le Québec a beau compter d’importants groupes offrant du capital de risque, certains projets ne dépasseraient pas le stade des vœux pieux sans Anges Québec, un regroupement d’investisseurs… qui s’investissent.

Photo : Erick Labbé/Le Soleil

Fondé en 2008, le réseau Anges Québec compte un peu plus de 100 membres, des gens d’affaires qui disposent d’au moins un million de dollars à investir pour aider au démarrage de PPE, les petites, petites entreprises. En plus de donner un premier coup de pouce financier, ils transfèrent leur savoir-faire.

Pourquoi « anges » ? « C’est mieux que requins ! » répond du tac au tac François Gilbert, l’âme dirigeante d’Anges Qué­bec. « J’ai toujours été pré­occupé par le développement économique et fier de la société québécoise. Nous sommes rarement les meil­leurs, mais nous sommes encore plus rarement les pires », dit ce Saguenéen de 60 ans.

Le mouvement des investisseurs providentiels a vu le jour dans les années 1920 aux États-Unis. Aujourd’hui, on y recense quelque 350 groupes, dont 12 rien qu’à Boston. En Europe, il y en aurait plus de 450. Au Canada, on en dénombre une trentaine, mais au Québec, un seul ! On y retrouve Pierre Lortie (ex-PDG de Provigo), Nathalie Marcoux (Transcontinental) et Nicolas Darveau-Garneau (directeur général de Google Québec).

Pourquoi devenir un investisseur providentiel ? « Pour faire de l’argent, être utile, redonner à la société », dit François Gilbert, qui est aussi PDG du Fonds d’inter­vention économique régional (FIER) Succès, à Québec.

Beaucoup d’entrepreneurs, après avoir vendu leur société, se retrouvent riches mais coupés de leur réseau, dit-il. Anges Québec leur permet de créer des liens avec d’autres gens d’affaires et d’utiliser leurs connaissances pour aider les plus jeunes.

Pour obtenir du financement, les entrepreneurs doivent soumettre un projet. Le regroupement en invite quatre à faire de courtes présentations à l’une de ses réunions mensuelles. Si des chérubins s’entichent d’une idée, un groupe est formé et les promoteurs sont convoqués à des rencontres plus en profondeur.

L’investissement moyen dans un concept est de 400 000 dollars. Le groupe compte huit investisseurs providentiels : l’un d’eux ira siéger au conseil d’admi­nistration de la société et prodiguera ses recommandations.

Est-ce un succès assuré ? Non ! Une étude américaine a montré que le rendement annuel moyen des investissements des « anges » variait de 22 % à 27 %, mais aussi que un sur trois perdait sa mise.

La société Cadens Imaging, elle, vient de recueillir 2,7 millions de dollars auprès de six « anges » et de quelques fonds québécois de capital de risque pour commercialiser Cadens Colon, logiciel qui facilite le dépistage du cancer colorectal en générant par ordinateur des images en trois dimensions d’une coloscopie.

Le président de Cadens Ima­ging, Jean-Pierre Robert, 59 ans, est lui-même un « ange » qui s’est impliqué dans cette entreprise en 2010 pour aider à monter le plan d’affaires. Selon lui, les investisseurs providentiels comblent un vide depuis que les fonds comme celui de la FTQ ont cessé de proposer du capital d’amorçage, étape préliminaire au démar­rage. De plus, leur présence rassure les institutions financières lorsque vient le temps de réunir des capitaux additionnels. « Avant tout, il faut des « anges ». Et une fois qu’on les a, on va chercher les autres investisseurs. »

 

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Aux États-Unis, des sociétés comme Google, Alcoa et Starbucks sont nées grâce au soutien d’investisseurs providentiels. Anges Québec espère avoir la main aussi heureuse !

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