Apple ou la dictature de la croissance

En présumant que 95 % des propriétaires actuels achètent un iPhone neuf tous les deux ans, Apple devra trouver 80 millions de nouveaux clients, soit l’équivalent de la population de l’Allemagne au complet.

Photo : Eric Risberg/AP
Photo : Eric Risberg/AP

Blogue EconomieUn nouveau iPhone avec un écran tactile qui réagit à la pression des doigts, un iPad surdimensionné, une Apple TV qui veut implanter le système des applications dans le marché télévisuel, une nouvelle version du système d’exploitation mobile, des photos qui bougent comme dans Harry Potter : Apple en avait encore long à dire et à montrer, mercredi.

On pourrait discuter de l’ingéniosité, du mérite ou de l’utilité de toutes ces innovations, mais elles montrent surtout comment Apple est prise au piège.

Le piège est celui du succès. Au cours des 12 derniers mois, Apple a vendu 220 millions de iPhone, valant en moyenne 650 dollars américains chacun. Entre juillet 2014 et juin 2015, le iPhone à lui seul a généré des revenus de 146,3 milliards de dollars pour Apple. Si le iPhone était une entreprise indépendante, celle-ci serait de la taille de Ford ou de General Electric et se retrouverait parmi les grandes sociétés du monde.

Pour maintenir les ventes à ce niveau, il faut vendre beaucoup de téléphones. Pour répondre en plus aux attentes des analystes financiers et maintenir la valeur du titre en Bourse, il faut faire encore mieux que l’année précédente.

Le Financial Times résume ainsi l’enjeu. En présumant que 95 % des propriétaires actuels achètent un iPhone neuf tous les deux ans, Apple devra trouver 80 millions de nouveaux clients pour ses iPhone au cours de la prochaine année. C’est l’équivalent de la population de l’Allemagne au complet.

Voilà pourquoi Apple, à l’origine un fabricant d’ordinateurs, se retrouve aujourd’hui dans le marché des consoles de jeux vidéos, de la musique, du cinéma, de la télévision, de la diffusion de manifestations sportives, des livres, de la radio, de la publicité, des montres, de la bureautique et même de la vente de vêtements en ligne.

Apple doit vendre. Et augmenter ses revenus de 10 % par année (je donne une cible au hasard) prend une tout autre dimension quand vous avez réalisé des revenus de 182 milliards de dollars en 2014.

À peu de choses près, cela signifie des ventes supplémentaires correspondant aux ventes annuelles du Canadien National et du Canadien Pacifique mises ensemble. Ouf !

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Beaucoup de ses « innovations » existaient déjà depuis quelques années chez les concurrents. L’écran tactile qui réagit à la pression des doigts, entre autre, était disponible sur des Nokia il y a quelques temps.. Alors pour les grandes innovations on repassera…

N’est-ce pas le lot de toutes les entreprises cotées en bourse? Augmenter les ventes, fusions, achats des concurrents, guerre des brevets. Tout le monde savait que les subprimes étaient une folie, mais tout le monde voulait en retirer le jus jusqu’à la dernière goutte. Tout le monde sait qu’on ne peut pas augmenter les profits ou les ventes de 10 % par années continuellement … mais personne ne peut arrêter le train infernal qui se dirige droit dans un mur. L’appât du gain et la dictature des grands groupes d’actionnaires … de toute façon, ils trouveront sûrement un autre endroit pour placer leurs billes lorsque le système éclatera. Des esclaves, il y en a toujours eu, seule leur localisation qui change!

La croissance à l’infinie… Ne serait-ce pas le système au complet qui est pris au piège? Ne s’agit-il pas d’une utopique aberration? À quand un capitalisme, disons, éthique?

Ou encore ils peuvent augmenter les prix, comme ils font à chaque génération depuis l’époque du iPhone 3GS.

Nous savons tous qu’un des »principes marketing » de Apple est l’obsolescence programmée…
Vendre une produit bas de gamme sous des allures et un prix haut de gamme.
J’ai également hate de lire le Rapport qui sera diffusé en fin novembre 2015: Report on Apple’s Scrapware. 275 pages…
Top secret pour le moment….

Interessante aussi est l’idée de fournir directement un nouveau téléphone débloqué chaque année aux utilisateurs prêts à payer pour la nouveauté et réusiner les anciens appareils pour aller chercher les marchés moins chers.

Au rythme où vont les choses, Apple va coincer les opérateurs de réseaux, faisant d’eux de simples tuyaux de commodités. Autant constuire des stades alors!