Apple Pay, ou comment lancer un produit

La stratégie d’Apple pour devenir le leader du marché des systèmes de paiement électronique est aussi simple que redoutable.

Photo: Justin Sullivan/Getty Images
Photo: Justin Sullivan/Getty Images

Blogue EconomieOn a souvent expliqué le succès d’Apple par ses grandes messes annuelles où le charismatique Steve Jobs vantait avec passion les nouveaux produits toujours miraculeux de la marque à la pomme. Le lancement, mardi, de nouveaux produits et d’un nouveau service, le paiement électronique mobile, m’a fait réaliser qu’il y a beaucoup plus important dans la recette d’Apple et qu’on y trouve des leçons fondamentales pour toutes les entreprises.

Mardi, Apple nous a donc annoncé l’arrivée prochaine aux États-Unis de l’Apple Pay, son système de paiement électronique pour les appareils mobiles ou pour Internet. Aux États-Unis, on pourra bientôt payer son repas ou un achat en mettant son iPhone des deux dernières générations devant un terminal mobile, et hop ! la transaction sera effectuée.

Des systèmes de paiement électronique, il y en a déjà d’autres. Pensons à PayPal, qui appartient à eBay, ou à Google Checkout.

La stratégie d’Apple pour devenir le leader de ce marché est aussi simple que redoutable :

1) Jouer sur l’expérience client avec une application d’une grande simplicité d’utilisation. C’est la grande force d’Apple.

2) Assurer la sécurité optimale, car chaque transaction sera validée par les empreintes digitales du client. On le sait, depuis l’an dernier les nouveaux iPhone sont dotés d’un lecteur d’empreintes digitales. Enfin, les données de la carte de crédit ne sont pas colligées dans l’appareil, et c’est une série de chiffres qui vont remplacer le numéro de la carte, sa carte d’expiration et même le cryptogramme visuel qui se trouve à l’endos de la carte.

On promet une sécurité blindée. Ce n’est pas banal, parce que on estime qu’il y a pour plus de 11 milliards de dollars de fraudes sur les cartes de crédit. Apple arrive avec une solution pour régler ce problème.

3) Apple a créé l’écosystème qui permettra à son nouveau service d’accaparer une grande part du marché pour les transactions mobiles, un marché évalué par Forrester à 90 milliards de dollars en 2017.

C’est ce troisième élément qui fera toute la différence.

Au lieu de se battre contre les émetteurs de cartes de crédit, Apple a mis Visa, MasterCard et American Express dans son camp. Au lieu de se battre contre les banques qui émettent les cartes de crédit, Apple a signé des ententes avec toutes les grandes banques américaines, représentant 83 % des transactions sur ce marché. Au lieu de se battre contre les détaillants qui auraient pu voir Apple comme un intrus qui fera hausser les coûts de transactions par cartes et diminuer leurs profits, elle a signé des accords avec plusieurs d’entre eux, des accords qui totalisent ensemble 220 000 magasins.

Bref, au lieu de se battre contre des puissances colossales et les affronter directement, elle est devenue leur alliée et leur partenaire dans la lutte contre la fraude, en échange d’une partie de leur gâteau.

On ne connaît pas les termes des ententes avec les banques, mais on estime qu’Apple pourrait recevoir le cinquième des frais de transaction déjà imposés aux marchands. C’est relativement peu, mais cela pourrait devenir énorme dans quelques années.

Comme si ce n’est pas déjà assez, cette fonction procure un avantage exclusif aux iPhone contre les appareils de la concurrence.

J’ai beaucoup entendu d’entrepreneurs en série et de financiers me faire l’éloge des partenariats dès la conception d’un nouveau produit. Terrence Matthews, l’entrepreneur d’Ottawa qui a créé 80 entreprises (dont Mitel et Newbridge Networks), ne cesse d’affirmer qu’un projet entrepreneurial ne se bâtit pas en vase clos et qu’il se façonne en travaillant étroitement avec son ou ses premiers clients. Car une entreprise sans clients, on le sait, ça ne vaut pas cher.

C’est exactement ce que nous montre Apple.

Avec iTunes, Apple est devenu le roi de la musique et le partenaire privilégié des labels et des musiciens. iTunes est aujourd’hui une business de 13,5 milliards de dollars, avec des revenus en hausse de 14 % depuis un an.

Apple Pay pourrait devenir un autre géant à part entière, et j’ai plus confiance dans ce projet que dans celui de la montre. L’heure est à la mobilité, soit, mais aussi à la dématérialisation.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

2 commentaires
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La sécurité des systèmes informatiques est toujours incroyablement efficace au début, puis des « petits malins » finissent par trouver la brèche dans le système de sécurité et comme dans le mythe de Sisyphe, tout est à nouveau à recommencer. Si le système de paiement proposé actuellement par Apple est plutôt séduisant, quand la séduction est la marque de commerce de cette firme, laquelle est exceptionnelle indubitablement pour captiver ses adeptes.

Si vous êtes croyant et que vous êtes abonné à la religion de la « Pomme », eh bien tout est bien dans le meilleur des mondes. Mais cette religion a un prix pour ceux qui lui sont fidèles et de facto, le coût élevé des « grigris » d’Apple et de toutes les applications qui viennent avec ; cela a pour immanquable effet de mettre sur la touche celles et ceux qui n’ont pas (ou plus) les moyens de sacrifier leurs dollars sur l’autel de la religion.

Apple, comme presque toutes les drogues dures — la religion c’est l’opium des peuples — crée une sorte de dépendance. Apparemment bien sûr elle n’est pas nocive. Mais que se passe-t-il si tout à coup vous perdez l’usage de votre iPhone 6 ou votre iPad Air ou si par malheur vous êtes encore coincé les bras ballants avec vos vieux iPhone 4 ou 5 désormais souffrant d’obsolescence avancée ?

Le mode de paiement mobile d’Apple dépendra essentiellement de sa force de pénétration mondiale et de la rapidité avec laquelle celle-là pourrait s’appliquer. Cela va-t-il nous dispenser dans un très proche avenir du bon vieux chèque, de la bonne vieille traite encore exigée par divers commerçants suspicieux, des rectangles de plastique et même du vénérable porte-monnaie en cuir pour payer sa « dope » au « pusher » ou tout simplement sa tasse de café ?

Les données biométriques dans le « Cloud » et des algorithmes numériques exclusifs également dans la stratosphère pour remplacer les codes numériques physiques propres aux cartes de crédit. Cela fait rêver, quand on habite sur de « petits nuages » comme ces anges que nous ne sommes pas. Pourtant cela ne change pas le monde. Cela fixe seulement cette image branchée que nous voulons donner de nous-même.

C’est la marque de commerce d’Apple de nous faire rêver et sur ce point, il n’y a rien à dire, ils sont impeccables. Quoique lorsqu’il s’agit de faire fabriquer ces « grigris » à forte valeur ajoutée en Asie, c’est déjà moins propre.

Les modes de paiements numériques connaissent pratiquement à tous les trimestres de nouvelles transformations. Alors, quel sera « le mode » ou « la mode » du paiement mobile dans dix ans ? Eh bien vous le saurez certainement dès lors que vous vous serez procuré le IPhone 17 qui comme chacun sait sera purement invisible et parfaitement virtuel, tout comme les paiements.

Et si vous ne réservez pas votre IPhone 17 dès maintenant, vous prenez le risque de rester ignorant et vous perdrez toute chance par la suite de devenir un vrai bio-robot… Apple Next the future is here !

L’idée de fond n’est pas nouvelles mais le raffinement de celui ci pourrait faire des petits….
Exemple:
Je me pose la question suivante: Avec le système d’Apple via la reconnaissance digitale+NIP+etc, ne serait on pas en mesure de monter un système de votation lors d’élection municipale, et/ou gouvernementale à partir de ce système??? Ne serait on pas en présence d’un système embryon anti-fraude électorale???