Apple veut votre bien…

Apple Pay a l’ambition de devenir l’un des plus grands services de transaction bancaire au monde. Pourtant, il n’y aura pas de frais supplémentaires… ou presque. Parce que quelque chose vaut beaucoup plus cher: vos données personnelles.

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Pas trop de tambours ni de trompettes devant l’arrivée d’Apple Pay au Canada. Le service de paiement par téléphone (et montre) débarque timidement chez nous, d’abord chez deux institutions bancaires.

Le principe est simple: vous enregistrez les infos de votre carte de crédit ou de débit dans votre téléphone, et vous n’avez qu’à montrer celui-ci chaque fois que vous passez à la caisse des commerces qui l’acceptent. C’est la dématérialisation de l’argent, nouvelle étape. La Apple Watch aura les mêmes attributs.

La technologie NFC (Near Field Communication) qui permet cet échange d’information entre votre appareil Apple et les terminaux dans les points de vente n’est pas nouvelle; Google et Samsung l’utilisent déjà. Mais c’est la masse de nouveaux clients potentiels qui change la donne.

Les banques CIBC et RBC sont les premières à offrir Apple Pay. BMO, Banque Scotia et TD suivront sous peu. Les clients de la Banque Nationale et de Desjardins devront attendre.

N’est-ce là qu’une simple commodité de plus? C’est un peu plus que ça.

Votre téléphone peut déjà transporter vos cartes fidélité comme Métro&Moi, PCPlus, Optimum ou AirMiles grâce à des applications. Avec Apple Pay, tout comme Samsung Pay ou Google Wallet, votre appareil devient votre carte de débit et de crédit.

Il deviendra peut-être votre titre de transport en commun (quoique nos sociétés de transport ayant opté pour la puce, ce sera très long…), ou même votre carte d’identité, pour ne donner que quelques exemples.


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Dans l’ère du m-commerce (commerce mobile), les entreprises se battent pour devenir le bras technologique de votre portefeuille. Et au sens plus large, votre outil de travail, votre centre de divertissement, votre passeport quotidien. Un marché mondial d’au minimum 90 milliards de dollars, selon la firme de recherche Forrester.

C’est un microcosme qui est en train de se tisser. Pourtant, il n’y aura pas de frais supplémentaires… ou presque. Parce que quelque chose vaut beaucoup plus cher: vos données personnelles.

Ce que vous achetez, les endroits que vous visitez, les applications que vous téléchargez, les sites que vous consultez servent à orienter la publicité et les choix de consommation qui vous seront proposés, parfois de façon détournée. 

Apple Pay a l’ambition de devenir l’un des plus grands services de transaction bancaire au monde sans héberger un seul compte.

Déjà que AirBnB est déjà la plus grande chaîne d’hébergement de la planète, mais ne possède aucune chambre. Uber, le plus grand service de transport, mais sans posséder de véhicule. Et Facebook, le plus grand média, sans produire de contenu.

Et l’argent papier dans tout ça?

Le papier monnaie, lui, prend tranquillement l’autoroute de l’anachronisme. Ce n’est pas par hasard si les guichets automatiques disparaissent: chez Desjardins, moins de 10 % des transactions sont faites par guichets, une part qui continue de régresser. Les transactions en ligne, elles, ont progressé de près 60 % depuis cinq ans.

Il est compréhensible que des communautés soient en colère de perdre leurs guichets. Mais du point de vue commercial, il devient peu rentable pour une institution de louer des espaces, remplir les appareils, les entretenir et cueillir les enveloppes de dépôts.

(Vous me direz qu’avec des profits cumulés de 35 milliards de dollars l’an dernier, les grandes banques canadiennes ne vous feront pas pleurer. Mais ça, c’est un autre débat…!)

Ironiquement, ce sont les États-Unis, pays par excellence de la consommation, où les obstacles semblent les plus tenaces contre la disparition de l’argent matériel. L’idée même d’éliminer la cent noire — qui coûte 1,7 cent à produire — suscite les plus féroces objections, dont celles du lobby de l’industrie du zinc.

Même chose pour le 1 $ en papier, qui encombre le portefeuille. L’argent, là-bas, a une valeur patriotique et culturelle.

La banque Chase a cependant emprunté une avenue mitoyenne, avec la mise en place de bornes de distribution qui remplacent les guichets. Tout se fait avec votre téléphone, et vous récupérez l’argent en composant sur la borne le code qui vous a été transmis. Take the money and go, Johnny, go.

Pour Chase, une transaction au comptoir coûte 65 cents, au guichet automatique, 8 cents… et sur mobile, 3 cents!

Apple, Google et Samsung veulent votre bien… et veulent surtout le gérer!

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l est malheureux de constater que les plus jeunes de nos citoyens ne connaissent pas la réelle signification de “liberté” du point de vue constitutionnel mais surtout les implications et répercussions dans les choix qu’ils font au jour le jour.

J’ai bien peur qu’ils se réveillent un peu trop tard pour renverser les pratiques insidieuses qui accompagnent leurs petits joujoux préférés puisque lorsque les propriétaires des grandes banques d’informations personnelles auront tout ce qu’ils désirent, aucune loi ne pourra assurer ces mêmes citoyens que les informations seront effacées.

Depuis longtemps que « I » Apple veut nos sous. Ils gardent toujours un petit quelque chose qui est déjà fait, mais attend pour l’installer dans le nouvel appareil qui va être mis à jour l’année suivante. Mais là, ce sont nos infos personnels qu’ils vont détenir. Loin de là, notre intimité et nos petits secrets qui vont servir à nous proposer des messages publicitaires. Peu de frais d’utilisation, mais beaucoup plus de dépenses pour ceux qui sont accros aux dernières nouveautés.

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