Après l’achat de Shoppers Drug Mart, qui pourra arrêter Loblaw?

L’objectif de la transaction de 12,4 milliards? Se battre contre Walmart et Target sur leur propre terrain, en ajoutant des produits non-alimentaires à l’offre d’épicerie.

6926988492_fd27fdf1dc_b
Photo: Stephen Weppler

Le géant de l’alimentation Loblaw a annoncé qu’il achètera Shoppers Drug Mart, la chaîne ontarienne de pharmacies, qui détient la bannière Pharmaprix au Québec. Une transaction historique de 12,4 milliards. L’objectif? Se battre contre Walmart et Target sur leur propre terrain, en ajoutant des produits non-alimentaires à l’offre d’épicerie.

La stratégie n’est pas nouvelle. Il y a dix ans, Loblaw a tenté pour la première fois d’offrir autre chose que de la nourriture dans ses magasins… sans grand succès. Le géant a perdu quelque 219 millions de dollars avant de se rendre compte qu’on ne vend pas des téléviseurs et des meubles de jardin comme on vend de la sauce à spaghetti, des pizzas congelés ou du poisson frais.

Loblaw n’a pas pour autant abandonné l’idée, comme en fait foi cette gigantesque transaction. Pourquoi? Parce que les marges de profits dans le secteur non alimentaire sont beaucoup plus intéressantes que dans l’alimentaire. Elles peuvent aller de 35 % à 70 % tandis qu’elle dépasse rarement 1 % dans l’alimentation.

Il y a aussi une logique dans cette idée du one stop shopping et elle fonctionne pour d’autres. Walmart s’est fait connaître en nous vendant des articles pour la maison à prix réduits et elle connait maintenant autant de succès avec son rayon d’épicerie. Même chose pour Target, un autre géant américain qui prévoit implanter plus de 130 magasins au pays, dont une trentaine au Québec, et qui offre aussi des aliments et des produits de pharmacie.

Pour fonctionner, un détaillant doit offrir des produits d’usage courant et récurrent. Il peut arriver qu’en achetant une télé chez Walmart, un consommateur attrape en passant la boîte de maïs en grain qui manque à sa recette. Mais les chances sont minces pour qu’en achetant un litre de lait, on balance une télé dans son panier.

Depuis sa première tentative, Loblaw a fignolé sa stratégie. Fini les meubles et les téléviseurs. Dorénavant, l’entreprise se concentre sur les petits électroménagers, le linge de maison, les produits saisonniers et… la pharmacie. En plus de vendre des produits dans ses épiceries, la chaîne a aussi acheté l’an dernier les dossiers d’ordonnance de Zellers, devenant ainsi le troisième détaillant de pharmacie au pays, derrière Shoppers Drug Mart et Jean Coutu.

Avec l’acquisition de Shoppers Drug Mart, Loblaw vient donc de prendre la tête de ce marché, ne laissant d’autre choix à Jean Coutu que de réagir. Les rumeurs vont déjà bon train sur une possible acquisition de cette icône du commerce de détail québécois par Métro.

Mais celui qui pourrait arrêter Loblaw n’est peut-être pas là où l’on pense… le chef de file tant redouté du commerce en ligne, Amazon, a déjà commencé à vendre des oeufs, de la viande et du poulet bio! Le géant américain qui nous a d’abord conquis avec des livres offre plus de 500 000 produits alimentaires dans deux quartiers de Seattle et compte ouvrir une vingtaine d’épicerie en ligne en 2014. Il n’y a qu’un pas avant qu’il nous vende aussi de la crème solaire…

Ce n’est pas demain matin qu’Amazon débarquera avec ses paniers d’épicerie virtuels au Canada, mais si j’étais Galen Weston, le président de Loblaw, je surveillerais dans mon rétroviseur.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

2 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Le concept du « One stop shopping » (tout acheter en un seul arrêt) a été initié tout spécialement en France (Carrefour) et non pas par les Wal-Mart de ce monde qui se sont inspirés du concept. Somme toute oui ! Vous pouvez sans problème vendre un téléviseur et une bouteille de lait dans la même heure, si j’en sais quelques choses, c’est simplement parce que j’ai travaillé sur ce terrain.

La mise en disposition des produits est soigneusement élaborée, aussi des ressources humaines sont particulièrement affectées. Si tout en apparence semble relever du « libre-service », donc du libre choix, il existe sur place du personnel tout spécialement briefé pour vendre les produits ; car il faut cumuler la marge bénéficiaire et de gros volumes.

Si Loblaws et Shoppers Drug Mart s’unissent (si la transaction est finalement approuvée), c’est bien sûr pour jouer au niveau de la complémentarité, Pharmaprix est un commerce de proximité dans lequel de plus en plus de personnes profitent des spéciaux pour compléter leur panier d’épicerie. Plus encore une telle union permettra de réaliser des économies d’échelles, car les marges bénéficiaires sont cumulées ; il y a celle des détaillants comme il y a celle de la centrale d’achat. Une centrale d’achat unifiée contrôlée par Loblaws devrait décupler l’ensemble des marges de profits incluant l’épicerie.

Cette transaction illustre ce virage santé de la distribution, ce qui est déjà efficient en Europe depuis longtemps lorsque beaucoup de produits diététiques, bios et destinés à soutenir une bonne santé sont offerts à la clientèle dans les supérettes, super et hypermarchés à prix compétitifs, une chose qui n’est que partiellement le cas ici. Voilà qui pourrait permettre à Loblaws de se positionner comme chef de fil sur ce segment porteur.

Les perdants dans cette transaction, ne seront pas obligatoirement les Wal-Mart ou les Target ou les Métro Richelieu et les Jean Coutu de ce monde, ce sont plutôt les dépanneurs de quartiers qui sont déjà assujettis pour s’approvisionner aux grossistes opérés par les grandes chaines de distribution, les magasins à rabais, voire des spécialistes (le secteur de l’électronique est malmené ces temps-ci) lesquels pourraient se voir encore grugés d’une partie de la clientèle. Vous avez peut-être remarqué les nouvelles boutiques téléphones mobiles de Maxi & Cie.

— Quoiqu’il en soit à court terme, je ne vois pas de si grands changements se profiler à l’horizon. On en est toujours aux rounds d’observation.

Le « one stop shopping » existait au début de la colonie. Nos magasins généraux en étaient un parfait exemple. Tout comme les grands magasins du début du siècle (Dupuis & Frères, Simpson’s, etc…).

Ce système a progressivement disparu au profit des magasins hyper-spécialisés (pharmacies, épiceries, quincailleries, vêtements, etc…) mais il est en train de réapparaître et le consommateur en sortira grand gagnant à cause de la compétition féroce qu’il apportera.

Ah…si on avait droit à la même concurrence en matière de boissons alcoolisées…