Arianne Phosphate : un projet fertile

Au Canada, on ne trouve du phosphate qu’au Québec et celui qui pourrait être extrait du gisement de Lac-à-Paul est l’un des seuls au monde d’origine volcanique.

Blogue EconomieBrian Kenney aime les gros projets. Cet ingénieur, né à Dublin et qui a adopté le Québec en 1969, a travaillé sur des projets miniers et métallurgiques en Inde, en Nouvelle-Calédonie, en Algérie et à Dubaï.

Il préside depuis l’an dernier Arianne Phosphate, potentiellement l’investissement le plus important du Saguenay–Lac-Saint-Jean des 10 dernières années — un projet de 1,2 milliard de dollars qui pourrait générer des retombées économiques de 12 milliards de dollars au Québec et s’avérer le plus important nouveau gisement de phosphate au monde.

Le phosphate est l’un des trois composés essentiels des fertilisants, avec l’azote et la potasse. Cet oligo-élément est indispensable à la vie, et la demande mondiale augmente de 4 à 6 millions de tonnes par année avec la croissance de la population, l’intensification de l’agriculture et la plus forte consommation de protéines.

Au Canada, on ne trouve du phosphate qu’au Québec, et celui qui pourrait être extrait du gisement de Lac-à-Paul est l’un des seuls au monde d’origine magmatique — ce qui lui confère un niveau de concentration d’oxyde de phosphore exceptionnel.

Lac-à-Paul est situé à quelque 235 km au nord de Chicoutimi. Malgré l’éloignement, le lieu est exceptionnel, puisque l’approvisionnement en électricité est assuré et qu’une route forestière de 12 m de large capable de supporter des camions de 165 tonnes relie déjà le gisement au port en eau profonde du Saguenay à Saint-Fulgence. De là, le phosphate pourrait être exporté vers les marchés nord-américain (en déficit d’approvisionnement de 4 millions de tonnes par année), européen (en déficit de 8 millions de tonnes) ou indien (des besoins annuels de 6 à 7 millions de tonnes).

Mais pour en arriver là, Brian Kenney et son équipe ont une importante feuille de route devant eux. L’entreprise de Chicoutimi inscrite à la Bourse de Vancouver doit d’abord continuer le forage pour accroître ses ressources minérales et prolonger la vie utile du gisement. On évalue le potentiel à 3 millions de tonnes par an sur une durée d’exploitation de 26 ans. On pense pouvoir identifier d’autres réserves qui porteraient la vie utile du gisement à 50 ans.

Deuxièmement, l’entreprise qui a soumis son étude environnementale l’an dernier espère que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) entamera plus tard cette année une procédure d’évaluation des impacts sur l’environnement.

Brian Kenney accorde aussi beaucoup d’importance à l’acceptabilité sociale du projet. Il voudrait signer, cette année, une entente de répercussions et avantages avec les trois communautés de la nation des Innus présentes sur le territoire de 250 km carrés rattachés au projet.

Il cherche aussi la bonne entente avec les chasseurs et pêcheurs qui utilisent la route forestière L-200. C’est Arianne Phosphate qui en assumera dorénavant l’entretien.

Enfin, il veut convaincre ceux qui, à Saint-Fulgence, s’opposent à l’établissement d’un nouveau quai sur le fjord du Saguenay.

Plus important encore, Brian Kenney est parti à la recherche d’un partenaire stratégique qui lui permettra de mettre en valeur et d’exporter le phosphate. Malgré les milliards investis et les retombées anticipées, le gisement ne comblera que 1,5 % du marché mondial, évalué à 200 millions de tonnes produites. C’est un marché intégré mondialement où des entreprises gigantesques contrôlent toute la chaîne d’approvisionnement, du gisement aux sacs d’engrais, en passant par toutes les transformations requises.

C’est inscrit dans son ADN : Arianne Phosphate sera un jour achetée par un joueur mondial qui assurera l’exploitation du gisement. C’est un passage obligé, même si Brian Kenney ne verrait pas d’un mauvais oeil une participation minoritaire d’une ou de plusieurs sociétés d’État. Histoire à suivre.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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