Aspirer vers le haut

Electrolux déménage son usine de cuisinières de L’Assomption au Tennessee. Mabe ferme ses installations de Montréal pour fabriquer ses sécheuses au Mexique. Est-ce la fin d’une époque, celle où un dollar faible permettait au Québec d’être concurrentiel dans le secteur manufacturier, notamment dans la production d’appareils électroménagers ?

Aspirer vers le haut
Photo: Julia Marois

Pas tout à fait. Car il y a des résistants. Ceux qui ne carburent pas au bas de gamme, mais à la qualité. Ceux pour qui délocaliser la production en Asie ou ailleurs n’est pas la solution.

« Il faut sortir de notre zone de confort et arrêter de refaire la même chose. C’est trop facile. Il faut innover. » Qui parle ainsi ? Un dirigeant de Bombardier ? Un créateur de mode ? Ou un prof de HEC Montréal ? Non, Marc Bruneau, président des Industries Trovac, qui fabriquent les aspirateurs centraux Cyclo Vac.

Des aspirateurs, ce n’est pas ce que les Américains appellent de la rocket science. Il s’agit d’une technologie archiconnue, qui peut être reproduite n’importe où. Mais Cyclo Vac, c’est à Blain­ville, au nord de Mont­réal ; 85 per­sonnes y travail­lent, et 10 autres sont employées au centre de distribution de Tref­fieux, en France. Les ventes dépas­­sent 20 millions de dollars, 30 % des appareils sont exportés en Europe et 15 % aux États-Unis.

« À l’échelle mondiale, on pense être le numéro deux [après Electrolux] », dit Marc Bruneau, 48 ans. En 2004, il a acheté l’entreprise fondée en 1960 par son père. Pour survivre, il a misé sur l’innovation et la qualité. « Toutes les pièces qui entrent chez nous sont inspectées. Il faut toujours être sur nos gardes », dit-il.

La proximité des fournisseurs est importante pour lui. « Nous achetons 87 % de nos pièces en Amérique du Nord. Leur prix est plus élevé que si elles provenaient de Chine, mais s’approvisionner près de chez soi finit par coûter moins cher. » Si la pièce à 45 cents fabriquée en Asie est défectueuse, c’est l’image de marque de Cyclo Vac qui s’en ressentira. « S’il faut la remplacer dans des appareils qu’on a exportés en Australie, alors ça coûtera extrêmement cher. »

Les Industries Trovac ne sont pas les seuls fabricants d’aspirateurs centraux à s’imposer sur le marché. À Saint-Joseph-de-Coleraine, près de Thetford Mines, Soliroc Métal produit les appareils AspirTech depuis 1977. Cette entreprise, qui ne compte qu’une demi-douzaine d’employés, vend ses aspirateurs principalement au Québec et dans le reste du pays. Ses exportations, aux États-Unis et en Europe, comptent pour moins de 10 % de la production. Chiffre d’affaires : environ un million de dollars. Comme Trovac, Soliroc s’approvisionne en pièces surtout en Amérique du Nord, mais les moteurs, eux, sont importés de Slovaquie.

« Si on essayait de concurrencer les affaires cheap qui viennent de Chine, c’est sûr qu’on n’y arriverait pas », admet Éric Labonté, 42 ans, qui a racheté la société l’automne dernier avec un associé, Michel Simoneau. Eux aussi misent sur la qualité et la performance de leurs appareils pour se démarquer. Avec une petite usine et plusieurs fournisseurs à l’extérieur des grands centres urbains, où les loyers sont très inférieurs à ceux de Montréal, ils maîtrisent leurs coûts.

Electrolux et Mabe plient bagage et mettront à pied plus de 2 000 travailleurs. « Les grands conglomérats se foutent de tout le monde. Ils n’ont aucun enracinement local », constate Éric Labonté. C’est la course aux produits les moins chers afin de géné­rer le plus de profits à court terme pour les actionnaires. « Être indépendants et autonomes, ça aide à assurer la viabilité de notre entreprise, conclut Marc Bru­neau. Et auprès de nos clients, le fait que les appareils soient faits au Québec est un argument de vente qui a du poids. »