Attachez votre ceinture!

Rien ne va plus à Air Canada. Les voyageurs en font déjà les frais. Et les employés se sont mis à économiser.

Il pleut des cordes sur la piste de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal. Des voyageurs d’Air Canada en provenance de Toronto — un vol de 45 minutes — sont toujours enfermés dans l’avion une heure après l’atterrissage. La passerelle mobile devant relier le Boeing 777 au terminal n’est pas encore en place. Les passagers s’impatientent. Arrive un préposé d’escale : il installe la pas serelle et les passagers quittent enfin l’appareil, la mine longue.

Pourquoi ce préposé ne se trouvait-il pas sur place dès l’atterrissage ? « Nous avons moins d’équipes qu’avant », répond Martin Bruno (dont nous taisons la véritable identité, car il craint les représailles de son employeur).

Air Canada a supprimé plus du tiers de ses effectifs depuis 2003, passant de près de 40 000 employés à 24 500. Le service en souffre, les voyageurs écopent. Et la situation pourrait bien tôt empirer.

Le transporteur doit renégocier en 2009 les conventions collectives de ses six syndicats. Et il pourrait exiger de nouveaux sacrifices. « On est conscients qu’il va y avoir des coupes, dit Georges Bujold, président du syndicat des machinistes. Notre but, c’est de sauver le plus d’emplois possible et qu’on ne touche pas au fonds de pension. Ce sont les deux morceaux principaux qu’on ne lâchera pas. » Et les employés ont un atout dans leur manche : une menace de grève à quelques mois des Jeux olympiques de Vancouver…

Quand la société aérienne s’est libérée de la Loi sur les arrangements avec les créanciers, en septembre 2004, quelque 7 000 employés avaient perdu leur poste. Les salaires avaient été réduits de 10 % à 15 % selon les catégories d’emplois, et des postes à temps plein avaient été transformés en postes à temps partiel. Les économies de main-d’œuvre se chiffraient à 1,1 milliard de dollars… « C’est presque 1,2 million qu’on a donné en concessions depuis cinq ans, dit Georges Bujold. En moyenne, chaque employé a sacrifié plus de 10 000 dollars de salaire et d’avan ta ges sociaux par année. »

Le nombre d’employés a augmenté depuis 2004, assure pourtant la porte-parole du transporteur, Isabelle Arthur. Sauf qu’Air Canada embauche de plus en plus de gens de l’extérieur au lieu de promouvoir ses employés syndiqués et expérimentés, reproche Martin Bruno. « Mon “planificateur d’assignation” est peut-être un bon gestionnaire, mais il ne connaît rien aux avions, dit-il. Et un aéroport, c’est grand. Si tu envoies un bagagiste décharger un avion à un endroit, ensuite un autre avion à deux kilomètres de là, ce n’est pas la meilleure utilisation des effectifs. »

Isabelle Arthur refuse de révéler tout détail concernant les négociations. « Nous voulons conclure des ententes qui vont protéger l’entreprise ainsi que les emplois. »

Dans les hangars et les corridors de l’aéroport, la menace de grève plane. « Des représentants syndicaux ont conseillé aux employés de commencer à économiser, au cas où, dit Martin Bruno. Personne ne sera sur pris s’il y a grève ou lock-out. »

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