Atypic: entreprendre avec des idéaux

Atypic porte bien son nom. La petite boîte de services-conseils et son président fondateur, Pascal Lépine, partagent un parcours, une clientèle et une philosophie des affaires hors normes. Portrait d’un idéaliste pragmatique.

Photo : Atypic
Photo : Atypic

Pascal Lépine (photo) n’avait que 22 ans et 300 dollars dans son compte en banque quand il a fondé l’entreprise, en 1999. Il venait de terminer des études en littérature. « Mon rêve était d’être poète », se souvient-il.

À sa sortie de l’université, il travaille pendant quelque temps dans une librairie, puis dans une agence de relations publiques, Concordia, aujourd’hui fermée. Les circonstances l’amènent alors à piloter la création d’un moteur de recherche en ligne pour les médias : [email protected]

« Ce projet a reçu une bonne couverture médiatique et, de fil en aiguille, des entreprises se sont adressées à nous pour refaire leur site Internet. [email protected] s’est donc transformé en agence Web, puis est progressivement devenu une agence de communications qui a pris le nom d’Atypic. »

Pascal Lépine est un homme d’idéaux. Sa grande passion, c’est aider les autres. Ainsi, pendant 10 ans, tandis que sa petite entreprise prenait tranquillement son envol, il s’est consacré au bénévolat.

Il a fondé la Chambre de commerce internationale gaie et lesbienne du Québec, présidé une campagne de financement de deux millions de dollars pour PROMIS, un organisme qui contribue à l’intégration des nouveaux arrivants, s’est impliqué dans la Fondation du Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance et a été membre du conseil d’administration de troupes de théâtre et de danse contemporaine.

Il ne travaillait alors qu’une dizaine d’heures par semaine au sein de l’entreprise. Son associé, Louis-Alexandre Lacoste, veillait au grain avec les employés et permettait à l’entreprise de poursuivre une croissance lente, mais soutenue.

« Après quelques années à ce rythme, je sentais qu’il fallait que je prenne une décision : ou bien je changeais de domaine, ou bien je transformais mon entreprise pour qu’elle soit davantage en accord avec mes aspirations », raconte Pascal Lépine, qui a aussi fait un MBA à McGill-HEC Montréal.

C’est ainsi qu’Atypic a pris un virage, il y a deux ans et demi, pour se concentrer exclusivement sur la clientèle du « secteur pluriel ».

Cette expression, c’est le Dr Henry Mintzberg, sommité mondiale en management et professeur en stratégie et organisation à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, qui l’a inventée. Il voulait distinguer des secteurs publics et privés la galaxie très diversifiée des organismes à but non lucratif, des organismes de charité ou communautaires, des fondations, des associations, des ordres professionnels, des coopératives, et des regroupements d’affaires comme les chambres de commerce. Certains y classent également les maisons d’enseignement et les établissements de santé, mais cette inclusion fait l’objet d’un débat.

Au Québec, le secteur pluriel compte quelque 46 000 organisations, emploie près de 470 000 personnes et contribue pour plus de 22 milliards de dollars au PIB. Il s’appuie en outre sur 2,4 millions de bénévoles.

« Les organisations du secteur pluriel ne fonctionnent pas comme une entreprise, dit Pascal Lépine. Il faut comprendre leur mode de fonctionnement et s’adapter à leurs réalités. Avec toute mon expérience à titre de bénévole, j’ai fait l’apprentissage de leurs enjeux, de leurs stratégies, de leur financement, et j’ai ainsi développé une compréhension de leurs besoins. »

Or, selon lui, l’écrasante majorité des boîtes de consultants qui travaillent avec le secteur pluriel cernent mal ces besoins. « La plupart traitent ces organisations comme si elles étaient des entreprises, en utilisant le langage des entreprises. Récemment, dans un organisme communautaire, j’ai vu un cas où le consultant leur parlait d’indicateurs de performance. »

Pour survivre, les organismes à but non lucratif ont évidemment besoin d’atteindre des objectifs, donc de performer. Mais en raison de leur nature même, on ne peut pas aborder et évaluer la performance de la même manière qu’une entreprise privée. Et on doit parler un langage qu’elles comprennent.

« Il ne faut jamais oublier que ces organismes s’appuient énormément sur le travail de bénévoles, et on ne gère pas des bénévoles comme on gère des employés », dit Pascal Lépine.

Enjeux

Pour les organisations du secteur pluriel, la recherche de sources de financement est un enjeu omniprésent. Elles souffrent aussi d’un problème assez généralisé de communications. « Plusieurs d’entre elles pensent qu’il suffit que la cause qu’elles servent soit bonne pour que le public les connaisse, dit Pascal Lépine. Elles ne savent pas comment faire passer leur message. Je leur dis régulièrement : ce que vous faites est génial, mais personne ne sait qui vous êtes. »

Les besoins sont également importants sur le plan stratégique. « Au sein des organismes, surtout les plus petits, les membres du conseil d’administration jouent un rôle qui se rapproche davantage de la direction générale et deviennent presque des employés, dit-il. Ils n’ont pas de recul suffisant pour élaborer une stratégie, et sans stratégie, un organisme ne va nulle part. »

C’est pour répondre à ces besoins qu’Atypic emploie aujourd’hui une quinzaine de personnes, spécialistes en communications, en organisation d’événements, en médias sociaux, en relations médias, en stratégie et en financement. « Nous souhaitons que d’ici 10 ans, Atypic devienne la plus importante entreprise de services-conseils spécialisée dans les organismes du secteur pluriel au Canada », dit l’entrepreneur.

Mais attention : la structure de l’entreprise sera conforme aux valeurs de son fondateur. « J’ai toujours eu la conviction qu’il est essentiel de redistribuer la valeur qui est créée par la société, dit-il. Il en va de même pour les entreprises. C’est pour cette raison qu’Atypic s’emploie à créer une coopérative de travailleurs-actionnaires, une première dans le domaine des agences de services-conseils. Les employés deviendront actionnaires de l’entreprise. Puisque les coopératives sont une forme d’organisations du secteur pluriel, Atypic aura une structure hybride, entre le secteur pluriel et le secteur privé. »

Perspectives

Dans les années à venir, les changements dans la société viendront du secteur pluriel, soutient Pascal Lépine. « Le secteur privé a fait ce qu’il pouvait, et malheureusement nous avons assisté à des abus de ce côté-là depuis quelques années. Quant au secteur public, il est essoufflé, il manque d’argent et on ne peut pas augmenter les taxes indéfiniment. »

Le vent de contestation qui souffle partout dans le monde doit mener à une nouvelle forme d’engagement, croit le jeune homme. « Beaucoup de jeunes ont une volonté de changer les choses en agissant de manière positive et en s’investissant dans des organisations qui répondent aux enjeux qui les préoccupent. »

Il croit qu’une entreprise comme Atypic peut aider ces organisations à changer le monde. « Je souhaite que notre contribution fasse en sorte que ce secteur soit le plus fort possible afin d’être capable de jouer un rôle qui, pour nous, est important dans la société. »

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