Automobiles : la fin d’une époque

GM et Chrysler n’offriront plus à leurs clients la possibilité de se procurer un véhicule grâce à la location à long terme. Une décision audacieuse, car la moitié des Canadiens et un nombre encore plus important de Québécois ont pris l’habitude de louer, plutôt que d’acheter, une voiture neuve.

Il n’a pas fallu deux jours après l’annonce de son retrait du marché de la location pour que General Motors fasse des propositions alléchantes aux consommateurs. Les publicités dans les journaux qui annonçaient les Chevrolet en location pour des versements mensuels minimes avaient cédé la place à la promotion d’un taux d’intérêt de 0 % pendant 72 mois à l’achat de ces modèles.

Jean-Claude Gravel, propriétaire de huit garages GM dans la région de Montréal, est heureux de la décision du constructeur. « La location n’est payante pour personne », affirme-t-il, faisant l’apologie de la fierté éprouvée par le « véritable » propriétaire d’un véhicule. La location était pourtant devenue, depuis plusieurs années, l’arme préférée des constructeurs et des concessionnaires pour écouler leurs nouveaux modèles. Jean-Claude Gravel estime maintenant que tous les constructeurs imiteront GM et Chrysler. « C’est la solution de l’avenir et tous vont en profiter », dit-il.

Norman Hébert, qui exploite sur la Rive-Sud neuf concessions regroupant huit marques, ne croit pas pour sa part que les constructeurs asiatiques et européens qu’il représente abandonneront la location à long terme. « Elle répond toujours à une demande. Grâce à elle, les consommateurs ont accès aux véhicules dont ils ont besoin ou qu’ils n’auraient pas les moyens d’acheter », dit-il. Selon lui, ce n’est pas la pertinence du concept qui est remise en question ; c’est la solidité financière des constructeurs américains qui est en cause.

Le ralentissement de l’économie et la hausse du prix de l’essence font mal à tous les constructeurs d’automobiles. Les producteurs américains sont particulièrement ébranlés, car GM, Ford et Chrysler ont perdu 25 milliards de dollars au cours de leur dernier trimestre. Une partie de ces pertes colossales s’explique par la location à long terme.

Lorsqu’il loue une voiture, le consommateur ne paie qu’une portion de son prix, calculée en fonction de la période pendant laquelle il l’utilisera. Par exemple, pour une voiture coûtant 24 000 dollars, il ne paiera que 12 000 dollars en capital (plus les intérêts et les frais) par versements échelonnés sur 36 ou 48 mois. De son côté, le constructeur présume qu’une fois la période de location terminée il pourra obtenir pour ce véhicule une valeur de revente, dite résiduelle, de 12 000 dollars sur le marché d’occasion.

C’est là qu’il y a du sable dans l’engrenage. La valeur résiduelle des véhicules trop gourmands en essence s’est largement dépréciée au cours de la dernière année. De plus, la demande pour les voitures américaines a diminué. Enfin, pour faire mousser la location, des constructeurs ont gonflé la valeur résiduelle de certains modèles de voiture. Résultat : au moment de la revente des véhicules, ils ont obtenu une somme inférieure à celle qu’ils avaient prévue, d’où le gouffre financier.

Mais qu’est-ce qui est le plus avantageux pour le consommateur, louer ou acheter ? La réponse dépend autant de son style de vie que de la gestion de ses finances personnelles.

La location permet de faire des versements mensuels moindres qu’à l’achat, de ne payer les taxes que sur le paiement mensuel et de conduire une voiture neuve, qui sera de surcroît couverte par la garantie du manufacturier pendant toute son utilisation. Et le locataire n’a pas besoin d’allouer une partie de son actif à l’achat d’un véhicule.

Le coût total pour l’utilisation du véhicule dépend de plusieurs facteurs, notamment des conditions faites par le concessionnaire, du modèle choisi et du prix de revente. À long terme, l’achat s’avère généralement une meilleure option, car il permet de bâtir un actif qui allégera d’autant le coût de la prochaine acquisition.

GM et Chrysler sauront-ils conserver leur clientèle ? L’essentiel est que le paiement mensuel qui devra être versé pour l’achat de la Chevrolet Malibu, par exemple, ne soit pas plus élevé que celui exigé pour la location d’une voiture concurrente, comme la Toyota Camry ou la Honda Accord. C’est pourquoi GM offre un financement à 0 % d’intérêt pendant six ans et fait une remise de 2 000 dollars aux locataires qui choisiront de devenir propriétaire d’une nouvelle voiture. Les économies réalisées par l’abandon de la location coûteront cher !

Pour en savoir plus

Louer ou acheter un véhicule neuf ? Dans le site du ministère de l’Industrie du Canada, vous trouverez une calculatrice vous permettant de comparer les propositions offertes par les concessionnaires. Et aussi tous les renseignements nécessaires pour bien comprendre et évaluer les options.
Ministère de l’Industrie du Canada

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