Aveos, Montréal et le secteur manufacturier

La fermeture d’Aveos est devenue le nouveau symbole des malheurs économiques du secteur manufacturier québécois et montréalais. La perte de 1800 emplois d’un seul coup frappe l’imagination par son ampleur et on sympathise d’emblée avec tous les travailleurs mis à pied.

Les politiciens québécois ramassent la balle au bond et pressent Ottawa d’intervenir. Air Canada pourrait en effet ne pas respecter la loi qui a accompagné sa privatisation et qui exigeait le maintien de services techniques dans trois villes canadiennes, dont Montréal. Les tribunaux trancheront, mais en attendant peut-on être vraiment surpris par cette fermeture ?

Aveos est née de la volonté d’Air Canada de se départir de sa division responsable de l’entretien de ses appareils. La compagnie aérienne était elle-même au bord de la faillite, qu’elle a évitée en vendant tous les meubles de sa maison, y compris les services techniques. Air Canada s’engageait dès lors à utiliser les services de la nouvelle entreprise, mais pas exclusivement.

Air Canada a agi ainsi pour sauver sa peau et tenter de diminuer ses coûts d’exploitation. Le transport aérien commercial est un secteur en crise perpétuelle où les marges sont minces et où tout ralentissement économique et menace perçue à la sécurité des passagers (guerre, terrorisme, tremblement de terre) plombe immédiatement les résultats. Ajoutez la hausse du prix du pétrole et celle des services aéroportuaires ainsi que la concurrence de nouveaux joueurs aux coûts d’exploitation moindres et vous avez un transporteur constamment en situation précaire.

Quant à Aveos, on dirait que l’entreprise n’avait pas intégré le fait qu’elle était indépendante et que c’était une imprudence extrême d’avoir un client représentant 90 % de ses revenus.

Au-delà de cette aberration, il y a la question de la compétitivité. Je ne mets pas en cause pas les travailleurs d’Aveos, pas plus que ceux de Mabe ou encore ceux de la raffinerie Shell, car ils ne sont pas responsables de la situation. Comme beaucoup d’anciens travailleurs du secteur manufacturier, ils en sont les victimes. Ils ont obtenu au fil des ans des conditions de travail librement négociées et qui correspondaient aux conditions du marché. Certains ont même accepté des conditions à la baisse pour sauvegarder leur emploi.

Cela n’a pas suffi, car le marché a beaucoup changé. Si une entreprise trouve un fournisseur moins cher ou de meilleure qualité, elle va choisir le nouveau joueur. Le fait qu’il soit étranger n’y change rien.

C’est le même principe qui a conduit des millions de Canadiens à choisir dans les années 1970 des téléviseurs japonais plutôt que ceux fabriqués au Canada ou d’opter aujourd’hui pour le iPhone ou le Nexus plutôt que pour le BlackBerry. Si les consommateurs ont le droit de ne pas être nationalistes dans leur choix de produits et de services, pourquoi les entreprises n’y auraient-elles pas droit elles aussi ? Autre question : qui va payer ses billets d’avion plus cher si Air Canada gère mal ses coûts d’exploitation ?

Il y a une crise du secteur de la fabrication. Elle est universelle en Occident. Oui, même en Allemagne le poids du secteur manufacturier dans l’économie a baissé depuis 30 ans. Elle s’explique de bien des façons. Les pays émergents sont devenus des concurrents redoutables, mais il y a aussi la dématérialisation de certains produits. Nous achetons moins de CD, moins de DVD, moins de livres, de magazines et de journaux et il ne faut pas s’étonner que le secteur de l’imprimerie connaisse des difficultés.

Cette crise est accentuée par l’appréciation du dollar canadien et elle est amplifiée par la faible productivité du travail au Québec et au Canada comparativement aux États-Unis. Le dollar fort, c’est une grippe, la faible productivité est un cancer. Je reviendrai sur ce sujet une autre fois.

Pourquoi les mauvaises nouvelles semblent-elles s’abattre sur Montréal ? La loi du nombre, bêtement et simplement. La région métropolitaine compte pour 50 % de l’économie du Québec, normal qu’on y recense la moitié des mauvaises nouvelles. Et une bonne part des bonnes aussi….

 

 

10 commentaires
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Vous obnubilez le fait que la sous-traitance est faite dans des pays où les standards de qualité sont bas, où le faible taux de diplomation des travailleurs fait que nous serons peut-être en danger. Ça a à voir avec le nationalisme économique, oui, mais aussi avec notre sécurité. Quand j’achète des produits alimentaires de Chine fabriqués avec du cheap labor, j’en suis conscient mais comment savoir si je ne mange pas de la mélamine, du plomb ou autres ? Comment m’assurer que le Canada s’assure que nos standards de qualité s’appliquent ? Ah… mondialisation quand tu nous tiens. Ceci dit, bon texte en passant, comme la plupart, d’habitude. Bien loin des discours criards et alambiqués des Duhaime et Elgrably-Lévy

@ yann less (# 1):

« Vous obnubilez le fait que la sous-traitance est faite dans des pays où les standards de qualité sont bas, où le faible taux de diplomation des travailleurs fait que nous serons peut-être en danger. » (sic)

NOS infrastructures bien québécoises ont été planifiées et construites par des diplômés bien québécois et elles s’écroulent tuant et mettant en RÉEL danger NOS vies!

I rest my case!

Et les obligations d Air Canada de se comporter en bon citoyen corporatif ça vous échappe dans votre analyse.
C’est vrai votre religion est le profit à n’importe quel prix.
Comparer le nationalisme des consommateurs aux obligations d’une entreprise qui aurait du rester propriété d’État tient du journaleu de papier jaune.
De l’autre côté vous ne vous scandalisez pas et passer silence dans votre analyse le fait que Air Canada s’apprete à verser plus de 300 millions à ses actionnaires pendant qu’il liquide et marchande à la baisse avec ses employés.

Joli article. Votre conclusion et plaisante parce que’elle laisse aussi de la place aux bonnes nouvelles.

Ceux qui se plaignent de la mauvaise qualité de nos infrastructures ont raison. Jamais les élus, peu importe leur allégeance, ne devraient négliger l’essentiel (surtout en santé « Je suis prêt », comme disait l’autre qui n’ambitionnait que de prendre le pouvoir et qui n’a rien changé en santé après tant d’années.

Au départ, un gouvernement doit s’occuper de la saine administration des fonds publics.

Cela dit, comparons-nous également au plusse meilleur pays du monde, selon ses dires, les États-Unis. Il y a au moins 15 villes de la taille de Montréal chez nos voisins du Sud.

Heureusement, elles ne sont pas toutes soumises aux mêmes conditions climatiques qu’ici. Mais plusieurs d’entre elles sont comparables à Montréal.

Il semble que la qualité des infrastructures des villes comparables à Montréal pourraient souffrir de la comparaison.

Votre conclusion est intéressante. Tout bouge plus vite aujourd’hui que jamais. Les capitaux se déplacent à une vitesse plus folle que celle des nouvelles des médias (les financiers sont plus informés que les autres).

Dès qu’une bonne nouvelle se pointe le bout du nez, l’argent suit.

Souhaitons-nous que Montréal reçoive de bonnes nouvelles. Il y en a déjà (dans certains domaines comme celui de la réalisation de jeux virtuels, on est BIG là-dedans).

Comment expliquer que ‘les dures lois du marché’ ne se sont pas appliquées lorsque le constructeur automobile GM a déclaré faillite en Ontario ?
Le gouvernement fédéral n’est il pas venu à la recousse, en engageant quelques milliards de dollars d’argent public, pour sauver un canard boiteu que le marché avait condamné ?

@François 1 :

L’architecture et le design de nos infrastructures sont valables. C’est l’exécution (construction) par le crime organisé qui est responsable des défaillances.

» I rest my case! »

Vous avez tendance à vous ‘reposer’ un peu trop facilement. Mettez un peu plus d’effort dans vos réflexions.

Aveos était géré initialement par d’anciens dirigants de Nortel???? (Charam Boulouri)et tous les autres qui ont crashé Nortel. Pour ajoute à l’injure le siège social et la majorité des employés d’Aveos étaient relocalisés dans les anciens locaux de Nortel. ils ne savaient pas managé des services techniques mais une faillite ça ils avaient beaucoup d’expérience.

@ Jacques E. Bouchard (# 6):

« L’architecture et le design de nos infrastructures sont valables. » (sic)

Mais elles nous ont toutes coûtées la peau des fesses (35% de PLUS qu’ailleurs en Amérique!!!) et elles ont toutes la particulatité de tomber en ruine au même moment! Et elles ont toutes été pensées, planifiées et construites par des Québécois pure-laine! Les plus HAUTS soumiassionnaires. Pas par des « étrangers »…

Drôle de coïncidence non?

« C’est l’exécution (construction) par le crime organisé qui est responsable des défaillances. » (sic)

Mais qui a permis à la mafia syndicale de s’infiltrer ignominieusement dans le système si ce n’est notre tendance politique au socialisme déresponsabilisant? Enflez le mastodonte étatique déjà empâté en donnant aux politiciens et aux syndicalistes (vous savez, ceux que nous considérons tous comme aussi crédibles que des « vendeurs de chars de seconde main »!) PLUS d’opportunités de nous tromper en leur fournissant plus de privilèges monnayables comme la social-démocratie rampante le prône au Québec et vous avez le système parfait pour obtenir les résultats épouvantables auxquels nous faisons actuellement face: la MÉDIOCRITÉ!

Nos infrastructures coûteuses et en ruine ne sont en fait qu’un aspect de l’incapacité de l’État tentaculaire, opressif et ruineux de remplir ses « promesses » socialistes. Notre système de santé est une honte nationale, nous produisons des élèves-décrocheurs à la tonne, notre dette est éléphantesque ainsi que notre déficit, notre taux de suicide est alarmant, notre performance est minable, et tutti quanti mais c’est pas grave. D’après Lisée, on nage dans le bonheur…

I rest my case again.

Jusqu’à voici peu, Air Canada était mondialement réputée comme une référence pour la qualité de l’entretien et de la maintenance de ses appareils. C’était un puissant levier qui permettait à cette compagnie aérienne d’être considérée parmi les meilleures et les plus appréciées de la clientèle. D’autres compagnies pouvaient confier à Air Canada le soin d’assurer l’entretien de leur matériel en raison même de leur excellente réputation. Tout cela contribuait également à entretenir la bonne réputation du Canada dans le monde, y compris dans les domaines du transport.

En somme la qualité du transport et la réputation des sociétés locales qui œuvrent dans ce secteur servent aussi l’ensemble des intérêts nationaux et internationaux du pays. En privatisant Air Canada et en sacrifiant plusieurs de ses divisions dont celle de l’entretien on n’a pas permis la survie d’une entreprise, on a surtout fragilisé un ensemble de secteurs dont celui stratégique du transport aérien. De plus, on crée les conditions optimales pour voir disparaître à terme ce transporteur national qui n’a d’ores et déjà plus guère de national que le nom.

En sacrifiant les employés de compagnies comme Aveos au Canada, ont met en danger la sécurité des passagers mais aussi la sécurité nationale en général. On tient un double langage à l’effet que l’industrie aérospatiale au Canada a un bel avenir devant elle y compris dans l’entretien des aéronefs lorsque ce secteurs finalement bradé pourrait se limiter à terme à l’entretien d’appareils de petite capacité et non plus également aux appareils gros porteurs.

Petit à petit, appartements par appartements on risque de transformer l’industrie de ce pays en un « no man’s land » essentiellement bon à exploiter de manière extensive ses ressources naturelles, avec le concours d’un contingent toujours croissant de travailleurs mercenaires et étrangers qui n’ont pas choisi le Canada pour y émigrer. On n’assure même plus le bénéfice de la contribution de tout un chacun dans le temps.

J’exagère un peu… mais à peine !

Etant moi meme un ex employé d’air Canada après 18 ans de service, cette même compagnie qui a englouti plus de 5 milliards dans leur poche au détriment des employés, et que la compagnie Avéos était une branche sous jacente d’air Canada crée ds la seule intention d’attirer les pauvres travailleurs ds leur filet pour diminuer le fardeur fiscale des fond de pensions. 40% de ces travailleurs se sont fait prendre pour différentes raisons qui leur sont propres, sans considérations des sacrifices depuis 2003 pour les sortir de la faillite.
Le gouvernement Harper a mentionné qu’AIR CANADA respectait la loi en faisant toujours leur entretien au Canada. Mais la réalité est tout autre,Cette compagnie était une compagnie sous contractante avec des anciens employés d’AIR CANADA devenu des employés d’Avéos, contrevenant a`la convention collective pour la sous-traitance.

La compagnie Air Canada a même eu le toupet de demander au syndicat de leur fournir des employés pour faire les entretiens de leur avions qui sont maintenant basé à Québec, trois-riviere,Rome etc.

Quel respect envers ces employés qui était leur ressource première dont maintenant leur vie de travail et de leur famille sont englouti dans le néant juste pour de la cupidité