Bandzoogle : des sites Web pour les nuls

Des outils pour créer un site Web maison, il en existe une multitude, mais rares sont ceux qui sont adaptés au milieu de la musique. La boîte québécoise Bandzoogle a la solution.

bandzoogle

L’auteur-compositeur québécois Bernard Adamus l’a compris. Le mythique groupe américain Mudhoney aussi. Un artiste a mieux à faire que de se battre avec des codes en HTML pour mettre à jour son site Internet ou d’attendre qu’un programmeur s’en charge.

Ces artistes, comme plus de 20 000 autres musiciens indépendants partout sur la planète, font plutôt affaire avec l’entreprise québécoise Bandzoogle. Grâce à sa plateforme hyper-conviviale, ils ont pu créer un site Web à leur nom, sans intermédiaires, sans posséder la moindre compétence technique.

Des outils pour créer un site Web maison, il en existe une multitude, mais rares sont ceux qui sont aussi bien adaptés au milieu de la musique. Ce n’est pas un hasard : le fondateur et directeur de la technologie de Bandzoogle, Chris Vinson, est lui-même un ancien rockeur professionnel. Bandzoogle, c’est un peu l’équivalent de WordPress, la populaire plateforme pour blogueurs, mais avec toutes les fonctions auxquelles les musiciens peuvent rêver pour se promouvoir directement auprès de leurs adeptes : vente de musique et de produits dérivés, gestion des infolettres, cercle d’admirateurs, etc.

« Ils peuvent envoyer des courriels géociblés aux fans qui vivent dans un rayon de 50 km du lieu de leur prochain spectacle, par exemple », dit le chef de la direction, David Dufresne, investisseur en capital de risque qui s’est joint à l’entreprise en 2010. « Ils peuvent mettre à jour leur site plusieurs fois par jour, ajouter une nouvelle page en trois minutes, changer le design au complet n’importe quand. Dès qu’ils vendent un album, l’argent est versé dans leur compte PayPal ; ils n’ont pas à attendre de se faire payer par un intermédiaire. C’est un outil qui leur permet d’être maîtres de leur destinée. On rencontre souvent des artistes qui nous embrassent parce qu’ils ont pour la première fois l’impression de tenir les rênes de leur carrière. »

Bandzoogle leur permet également de demeurer maîtres de leurs revenus. Son principal concurrent, l’américain Bandcamp, est un service gratuit, et les artistes versent une commission allant de 10 % à 15 % de leurs ventes. Bandzoogle, en revanche, fonctionne par abonnement : il en coûte 10, 15 ou 20 dollars par mois pour y avoir accès, mais l’artiste conserve 100 % des revenus de ses ventes. Un musicien pourrait écouler un million d’albums et son site ne lui coûterait pas un sou de plus. « Chez nous, il n’y a pas de taxe sur le succès. »

Il n’y a pas que la plateforme de Bandzoogle qui est virtuelle : la boîte elle-même l’est aussi, puisqu’elle n’a pas de locaux ! Chacun de la vingtaine d’employés bosse où bon lui semble. Plusieurs sont des parents qui apprécient la flexibilité du travail à domicile. Certains préfèrent travailler dans des cafés, un autre a établi son bureau sur son bateau, un autre encore a fait son boulot tout en voyageant en Colombie.

« On a du personnel un peu partout au Canada, un gars en Espagne, un autre en Angleterre, quatre ou cinq personnes aux États-Unis. Ça nous permet d’embaucher exactement le candidat qu’il nous faut, peu importe où il se trouve. » Une fois par an, Bandzoogle fait venir tous ses employés à Montréal avec leurs familles pour quelques jours de réjouissances en groupe, question de créer de la connivence. « Tout le monde se rencontre en personne et, le reste de l’année, on est capable de travailler à distance. »

L’entreprise a roulé quelque peu au ralenti ces derniers temps : elle a mis plus de deux ans à effectuer une refonte complète de sa plateforme et de ses systèmes informatiques, afin de les rendre plus performants. Pendant cette période, il lui a été impossible d’ajouter de nouvelles fonctions à son service, un écueil qui lui a coûté quelques clients. Mais depuis le début de 2014, assure David Dufresne, la croissance a retrouvé son rythme antérieur, et l’entreprise rêve à nouveau de gagner de nouveaux marchés.

Bandzoogle se lance notamment dans un grand chantier de traduction. D’ici la fin de l’année, son interface, actuellement en anglais seulement, devrait être offerte en français, en espagnol, en portugais et peut-être en allemand. Et les artistes pourront plus facilement créer un site bilingue, un atout essentiel pour croître au Québec et en Amérique latine, entre autres.

L’entreprise veut aussi se déployer dans d’autres secteurs d’activité, en misant sur la même approche qui a fait le succès de Bandzoogle : offrir à chaque clientèle les fonctionnalités dont elle a besoin pour conquérir des amateurs. Il y aura bientôt un « Bandzoogle » spécialement conçu pour les acteurs et humoristes, prévoit David Dufresne. Une autre version pourrait voir le jour pour les athlètes. Et une autre, pourquoi pas, pour les politiciens ! Les États-Unis, où il existe 500 000 postes de personnalités élues, représentent un marché prometteur à ce chapitre, croit l’homme d’affaires.

« Notre stratégie sera toujours d’offrir un produit très ciblé, dit-il. Les politiciens ont un peu le même défi que les musiciens. Aujourd’hui, ils sont tous sur Twitter, ils créent des vidéos sur YouTube, ils ont une page Facebook, des listes d’envoi. S’ils ont un site Web, c’est souvent une simple page sur le site du parti, ou encore un vieux site qui n’a pas changé depuis six, sept ans. Nous, on veut leur permettre de tout regrouper dans un seul site, qu’ils pourront gérer eux-mêmes et mettre à jour dès qu’ils ont de nouvelles activités. »

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