Bangladesh : le coût humain du cuir

Les tanneries du Bangladesh sont une véritable bombe à retardement pour les marques occidentales qui y font de la sous-traitance.

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Photo : Munir Uz Zaman/Stringer/AFP/Getty Images

L’effondrement l’an dernier de la Rana Plaza, un immeuble qui abritait des ateliers de confection dans la banlieue de Dacca, est venu rappeler la responsabilité de l’Occident dans les conditions de travail déplorables des ouvriers du textile.

Si le drame a forcé les grandes marques de prêt-à-porter à s’engager à inspecter et à sécuriser leurs lieux de production, un secteur en plein essor au Bangladesh demeure une véritable bombe à retardement : le cuir.

Dans les tanneries du pays, chaussures et produits de maroquinerie sont toujours fabriqués dans de piètres conditions, pour ensuite être vendus à petits prix en Occident.

Dans quelles boutiques ? Difficile à dire. Retracer les marques qui se ravitaillent dans les tanneries du Bangladesh relève de l’exploit en raison du circuit complexe de l’approvisionnement.

Un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP) s’est aventuré dans l’une des 200 tanneries répertoriées dans le quartier d’Hazaribagh, à Dacca, où 25 000 ouvriers travaillent le cuir. Son constat est accablant, tant du point de vue de la santé publique que de l’environnement.

Il a «vu des enfants de 14 ans travailler dans une tannerie où [ruisselaient] sur le sol des eaux usées contaminées au chrome et où [étaient] empilées des peaux de vache et de chèvre traitées au sel».

Et il n’est pas le seul. Un rapport de 101 pages produit en 2012 par Human Rights Watch, intitulé Toxic Tanneries : The Health Repercussions of Bangladesh’s Hazaribagh Leather («Tanneries toxiques : Répercussions sanitaires de l’industrie du cuir de Hazaribagh au Bangladesh»), décrit notamment les maladies de la peau et les affections respiratoires provoquées par l’exposition aux agents chimiques dans les tanneries.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 90 % des travailleurs d’Hazaribagh mourront avant d’avoir atteint l’âge de 50 ans. Et la moitié d’entre eux sont déjà aux prises avec des problèmes respiratoires.

L’AFP explique que plus de 22 000 litres de déchets toxiques sont déversés quotidiennement par les tanneries dans la Buriganga, rivière qui traverse la capitale et importante source d’eau pour le pays, selon le ministère de l’Environnement.

Cela ne freine pas pour autant la demande mondiale de cuir produit dans cette partie du monde, qui s’explique entre autres par l’augmentation des coûts de production en Chine.

Avec des ventes d’un milliard de dollars par année, le cuir est sans contredit le marché le plus lucratif du Bangladesh. Au premier semestre de 2013, les exportations de cuir et de produits en cuir (dont les chaussures) ont augmenté de 35 % en un an.

Devant la faiblesse de la réglementation environnementale et la main-d’œuvre bon marché au Bangladesh, reste à voir si les commerces et les consommateurs occidentaux prendront leurs responsabilités. À temps, cette fois-ci.