Bien manger sans se ruiner

Des aliments sains, frais, nutritifs, c’est plus cher, se disent bien des Québécois. Pas toujours, a découvert notre journaliste! 

(Photo: Masterfile)
(Photo: Masterfile)

Ce n’est pas une simple impression: votre panier d’épicerie coûte réellement plus cher que l’an dernier. Et que l’année d’avant. Et que celle d’avant… Les légumes: 10,1 % de plus en 2015 qu’en 2014. Les fruits et les noix: plus 9,1 %. Les viandes: plus 5 %, alors qu’on n’avait pas encore digéré la précédente hausse de 12,4 %! Et 2016 n’annonce pas de répit pour le consommateur, prévient l’Institut alimentaire de l’Université de Guelph, en Ontario, dans son sixième rapport sur les prix de l’alimentation au Canada.

Il suffit d’ouvrir un cahier publicitaire ou de chercher des bons sur le Web pour constater que les réductions de prix s’appli­quent la plupart du temps aux produits transformés, où le sucre et le sel arrivent rapidement sur la liste des ingrédients. Une famille de quatre qui veut manger santé doit payer 2 200 dollars de plus par an, révélaient d’ailleurs des chercheurs de l’Université Harvard dans une méta-analyse publiée en 2013.

Bien manger encadre 1Alors, quelle est la recette pour bien manger sans trop se serrer la ceinture?

De la réception de Viandex, dans le quartier Limoilou, à Québec, on peut entendre l’un ou l’autre des trois acheteurs négocier au téléphone avec un fournisseur. «Tes tomates cerises sont à combien? Ouin, à ce prix-là, j’vais t’en prendre juste une boîte.» Viandex, qui alimente en viande, en fruits et en légumes des restaurateurs d’un peu partout au Québec depuis 24 ans, a élargi son offre en 2015. Désormais, le simple consommateur peut aller acheter ses denrées dans son bien nommé Frigo.

Dans cet entrepôt adjacent au bureau de Viandex, la filiale promet des prix de 25 % à 40 % moins élevés qu’en épicerie… sans qu’on doive acheter des formats géants. «On peut se le permettre, parce qu’on saute l’étape du distributeur», explique le président, Pierre Gagné. Dès le départ, les ventes ont atteint le double de ce que l’homme d’affaires avait prévu.

Inutile cependant d’espérer que Le Frigo ouvre une succursale près de chez vous. L’aventure est rentable parce qu’elle utilise les installations existantes de Viandex. Louer des locaux près de grandes artères, former du personnel et expédier des marchandises aux quatre coins du Québec pour approvisionner les succursales feraient grimper les prix. Adieu l’avantage du Frigo sur les Maxi et compagnie.


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Magasiner directement chez un distributeur permet d’économiser, mais cela ne met pas à l’abri de l’inflation. «Depuis deux ans, les prix des poissons et fruits de mer ont presque doublé, observe Pierre Gagné. Les pêches sont bonnes — historiques dans le cas du homard —, mais la demande explose, alors les prix montent.»

(Photo : Getty images)
(Photo : Getty images)

Pour réduire le coût du panier d’épicerie, certains optent pour un chemin radical: supprimer entièrement la viande.

En mai dernier, près de 4 000 Québécois ont relevé le Défi végane 21 jours. Pendant trois semaines, exit la viande, le poisson, les œufs, le fromage et tout produit venant d’une bête. «Vingt et un jours, c’est juste assez long pour essayer et juste assez court pour ne pas avoir peur de se lancer», assure Élise Desaulniers, auteure du livre Le défi végane 21 jours (Trécarré) et co-instigatrice de l’initiative.

L’argent n’était pas la principale motivation des participants. «Nous n’avons pas de données précises, mais je me fie aux réseaux sociaux, et la plupart semblent provenir de milieux relativement aisés et ont les moyens de se payer le petit fromage de noix à huit dollars.»

Élise Desaulniers, elle, dépense en moyenne 80 dollars par semaine pour nourrir deux personnes et a du plaisir à manger. Elle est persuadée que l’argument économique pourrait inciter des personnes défavorisées et des établissements ayant des budgets serrés, tels les hôpitaux et les cen­tres de la petite enfance, à revoir leurs habitudes alimentaires.

Un arôme d’aneth frais embaume la cuisine du CPE La Petite-Patrie, à Montréal. Le cuisinier Eduardo Bustillos apporte la touche finale au pavé de saumon qui sera servi ce midi aux 160 bouts de chou. «La recette comprend des pommes de terre, des œufs, des oignons verts, des poivrons et du lait.» La politique alimentaire de l’établissement — elle varie d’un CPE à l’autre — spécifie que les légumes doivent occuper au moins les deux tiers des assiettes, alors le plat sera accompagné d’une salade de chou et de carottes.

Bien manger enCe n’est pas la seule contrainte du cuisinier. Pour les repas et collations, il doit éviter les produits transformés — même s’ils sont moins chers —, favoriser les produits locaux et réduire l’impact environnemental des repas. Le tout en respectant le budget, qui est d’environ quatre dollars par jour par enfant. Ouf!

Certaines des solutions qu’a trouvées Eduardo Bustillos pour économiser semblent contre-intuitives à première vue. Il a récemment remplacé le poulet par… du poulet bio! «Ça coûte plus cher à l’achat, mais les pertes sont moins grandes, parce qu’il y a moins d’eau et moins de gras.» La viande rouge n’apparaît au menu qu’une seule fois par semaine. Le reste du temps, le poisson, les œufs, le tofu et les légumineuses sont à l’honneur.

Malgré ses connaissances et son expérience, Eduardo convient que bien manger sans trop dépen­ser demeure un défi quoti­dien. On imagine ce que cela représente pour une personne qui sait à peine se faire cuire un œuf.

«La famille canadienne moyenne connaît neuf recettes», note Sylvain Charlebois, professeur de distribution et politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse. Ces neuf recettes contiennent un nombre limité d’ingrédients et, lorsque le prix de l’un grimpe, la famille est prise au piège. Elle ignore comment remplacer ce produit par un moins cher.

Prenez les légumineuses. À écouter Sylvain Charlebois, il s’agit d’un aliment miracle. «Elles poussent partout et nécessitent peu d’eau et peu d’engrais. Elles sont très nutritives et ne coûtent pas cher, surtout sèches.» Le Canada est le quatrième producteur mondial de légumineuses, mais l’essentiel de la récolte est exporté vers l’Asie et le Moyen-Orient. Visiblement, les Canadiens ne savent pas trop quoi faire avec un sac de haricots rouges.

Bien manger encadre 2L’industrie de la transformation alimentaire, qui est elle aussi aux prises avec la hausse du prix de la viande, fait moins la fine bouche. «Il y a énormément de recherche en ce moment pour incorporer les légumineuses», souligne Sylvain Charlebois. Au cours des prochaines années, elles apparaîtront de plus en plus souvent dans vos plats préférés, comme ce fut le cas à une certaine époque pour le soya.

Adopter de nouveaux aliments moins onéreux nécessite de revoir ses habitudes. Cela n’est jamais facile, surtout qu’il s’agit d’une activité répétée trois fois par jour, souvent dans l’urgence. «À 17 h, bien des familles igno­rent encore ce qu’elles vont manger pour souper», souligne la nutritionniste Alexandra Ferron. Ce n’est pas à cette heure-là qu’elles vont se lancer dans une nouvelle recette de dahl aux lentilles corail!

Tous les experts consultés s’entendent: le temps est la clé pour bien manger à petit prix. Il faut prendre le temps de feuilleter les cahiers publicitaires et visiter plus d’une épicerie. Il faut prendre le temps de planifier les repas, y compris les lunchs. Il faut prendre le temps de chercher et d’essayer de nouvelles recettes. Et bien sûr, il faut pren­dre le temps de cuisiner.

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Bien que les aliments soient effectivement plus chers que par le passé, une règle d’or prévaut encore : préparer ses repas à la maison permet d’épargner considérablement. Or, les gens cuisinent de moins en moins. Y aura-t-il renversement de cette tendance? C’est souhaitable!

Comme vous avez raison…

Les gens dépensent une petite fortune pour rénover leur cuisine et l’équiper du dernier cri, écoutent des dizaines d’émissions sur la bouffe à la télé, achètent des magasines avec plein de recettes et…mangent des plats préparés et dînent au resto…

« Bien manger sans se ruiner » signifie qu’il faut délaisser les fromages et beaucoup de produits laitiers…

Je suis amateur de légumineuses depuis maintenant quelques décennies. Par goût essentiellement.

Les légumineuses non seulement sont très bonnes pour leurs saveurs, leurs couleurs, leurs textures et les mille façons de les apprêter ; elles sont riches en protéines, en fibres alimentaires, contiennent divers sels minéraux ; mais elles ont un inconvénient : elles peuvent devenir l’ennemi des dents, c’est particulièrement vrai avec les petites légumineuses qui sont pourtant tellement excellentes d’un point de vue nutritionnel.

Même si vous prenez le temps de laver vos légumineuses, si vous les préparez vous-même, on peut tomber sur des roches, en particulier certaines très petites qui lorsqu’elles sont dures sont les pires ennemies de la dentition. Je me suis fracturé encore une dent récemment.

Ce genre de problèmes peuvent se produire avec tous les produits naturels ou intégraux tels que les céréales et même certains pains incluant des pains industriels.

Si malheureusement vous devez pondérer les frais de dentistes avec le coût de la note alimentaire de l’année ; on s’aperçoit qu’on n’est pas très « gagnant-gagnant » compte-tenu de ce que coûte le dentiste actuellement (environ deux fois plus cher que dans plusieurs pays européens). Lesquels dentistes ne savent manifestement pas ce que c’est que la libre-concurrence avec des systèmes corporatifs provinciaux qui sont carrément érigés en cartels.

Il n’y a pas d’ailleurs que les légumineuses qui soient l’ennemi des dents. Les sucres en trop grande quantité dans toute la chaîne alimentaire, les liqueurs douces et j’en passe. Et si ce n’était que les dents : l’œsophage, l’estomac, le foie, la rate, les intestins et même le sang en prennent pour leur rhume.

La bonne nouvelle, cependant c’est que malgré tout cela, nous vivons plus longtemps…. Reste à savoir si nous sommes vraiment tellement plus en santé que nos ancêtres les gaulois.

Bref, peu importe le prix que nous mettons dans notre alimentation, il est très difficile au Canada de pouvoir prétendre se constituer une alimentation parfaitement saine et équilibrée. Ce n’est pas seulement une question de temps, c’est encore de trouver le produit adéquat en quantité suffisante et au bon prix 365 jours par ans.

Finalement, toujours au chapitre du temps, J’aimerais bien savoir combien de lecteurs ou de lectrices de L’actualité passent entre 40 et 60 minutes à chaque repas à seulement manger et combien même dans un lapse de temps plus court ne se consacrent qu’à manger et rien d’autre ; sans répondre au téléphone ou appeler, sans texter, sans regarder la télé, sans écouter la radio. Etc., etc., etc…. Quels sont vos facteurs de distraction ? En ce qui me concerne, je n’y arrive pas !

Pour régler le problème, il nous reste encore la possibilité de nous nourrir de vers, de toutes sortes de termites, d’insectes ou encore de fourmis ; autant de « bonnes choses » qui peuvent encore être ramassées gratuitement pour encore quelques temps. Mais faisons-vite, cela ne pourrait être encore que pour un temps limité. — Bon appétit !