Biothermica convertit le méthane en or vert

L’entreprise québécoise transforme en dollars la pollution causée par des sites d’enfouissement et des mines de charbon. Comment ? En récupérant le méthane, un gaz à effet de serre !

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Photo: Biothermica

« Le XXIe siècle, c’est celui de l’or vert! » affirme Guy Drouin, président fondateur et chef de la direction de Biothermica.

L’entreprise québécoise, créée en 1987, transforme en dollars la pollution causée par des sites d’enfouissement et des mines de charbon. Comment ? En récupérant le méthane, un gaz à effet de serre (GES) 21 fois plus nocif que le CO2, pour fabriquer de l’électricité ou le transformer en précieux crédits de carbone.

« Les États-Unis sont notre carte gagnante », explique Guy Drouin, qui a obtenu une douzaine de brevets de technologies environnementales. Depuis 2009, Biothermica teste son système VAMOX. Celui-ci détruit le méthane VAM (méthane d’air ventilé) dans l’une des mines de charbon souterraines du géant américain Jim Walter Resources (JWR), en Alabama, une première en Amérique du Nord.

En quatre ans, l’expérience-pilote a permis de supprimer 80 000 tonnes de CO2 équivalent (tCO2e), ce qui revient à retirer 4 000 voitures des routes par année. Ces tonnes de GES pourraient bientôt être vendues sous forme de crédits compensatoires grâce au marché du carbone Québec-Californie, la Western Climate Initiative, qui compte bien rallier d’autres provinces et États.

Lancé en janvier 2013, le marché de carbone Québec-Californie, en période de rodage, devrait atteindre une vitesse de croisière en 2014. « La Californie doit nous dire d’ici la fin de l’année si elle accepte notre technologie VAM comme crédit compensatoire », explique Guy Drouin. Si la réponse de celle-ci est positive, il estime le marché annuel de crédits compensatoires à 100 millions de dollars américains. L’entreprise québécoise prévoit investir plus de 20 millions au cours des cinq prochaines années pour implanter son système VAMOX dans l’ensemble des puits de ventilation des mines de JWR aux États-Unis. Elle prévoit réaliser alors des réductions de un million de tCO2e, ce qui équivaut au retrait de 200 000 voitures de la circulation chaque année. Le VAM représente plus de 50 % du méthane émis par les mines de charbon souterraines dans le monde.

Biothermica vise deux autres marchés pour assurer sa croissance internationale. L’Ukraine, dont les émissions de VAM sont à peu près égales à celles des États-Unis, et la Chine, championne toute catégorie, qui en produit près de trois fois plus. Depuis quatre ans, Biothermica a réalisé trois missions techniques pour tenter de vendre la technologie VAMOX auprès des grands groupes miniers chinois.

Biothermica réalise 80 % de son chiffre d’affaires à l’étranger. Entre 2006 et 2008, dans le contexte du Protocole de Kyoto, aujourd’hui moribond, l’entreprise a construit et exploité un projet de captage et de valorisation énergétique de biogaz sur le site d’enfouissement de déchets de la ville de Nejapa, au Salvador, un petit pays d’Amérique centrale.

En 2007, l’entreprise vendait 325 000 crédits de réduction d’émissions au gouvernement du Luxembourg au prix de 10 euros/tCO2e. L’année suivante, elle vendait une participation majeure dans ce programme à l’entreprise à EAS, une multinationale énergétique américaine installée au Salvador.

Biothermica a acquis son expertise d’intégrateur énergétique à Montréal. Elle a financé, construit et exploite depuis 1996 la centrale Gazmont, un investissement de 37 millions de dollars. Située sur un site d’enfouissement près de la carrière Miron, où fermentent 38 millions de tonnes de déchets, la centrale génère annuellement 25 MW d’électricité à partir de biogaz. L’électricité est vendue à Hydro-Québec.

Guy Drouin a l’intention de reprendre ce modèle d’affaires en Haïti. En 2012, il a fondé Bioénergie Haïti avec la société civile des Gonaïves. L’idée est de construire une minicentrale Gazmont sur le site d’enfouissement des Gonaïves. Des discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec Ottawa pour financer le projet évalué à 15 millions de dollars.

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