Blaise Renaud et la refonte du commerce du livre

En mariant Renaud-Bray à Archambault, l’héritier du plus important libraire québécois modifie totalement le rapport de force avec les distributeurs.

Blogue EconomieBlaise Renaud me fait penser au jeune Pierre Karl Péladeau. Il a du cran et des convictions, il ne s’embarrasse pas des conventions et il est dur avec ceux qui ne sont pas de son avis.

Comme Péladeau, il a succédé à un père charismatique avec qui la relation n’a pas été simple. Comme l’autre héritier, il veut faire faire sa marque et déborde d’ambition. La taille des entreprises héritées n’est pas la même, mais je vois chez Blaise Renaud le même côté provocateur et abrasif. Le hasard a voulu que l’un achète une entreprise appartenant à l’autre.

Il y a quelques années, Blaise Renaud a pris les commandes du plus important libraire québécois. Il a rapidement constaté deux choses. Premièrement, la seule vente de livres ne peut assurer la survie du commerce. Deuxièmement, le commerce du livre est empêtré dans ses codes, ses façons de faire et un corporatisme qui l’étouffe.

Il semble en avoir conclu deux leçons. Comme tout bon commerçant, il doit grossir pour acheter à meilleurs prix et faire les économies d’échelle qui peuvent lui permettre de se mesurer à ses concurrents. En mariant Renaud-Bray à Archambault, il se donne un véhicule capable de mieux résister aux envahisseurs électroniques et à la grande distribution comme Costco.

Par sa seule création, ce nouveau champion modifie totalement le rapport de force avec les distributeurs. Renaud-Bray est engagé depuis plus d’un an dans un combat avec le distributeur Dimedia. Blaise Renaud reproche aux distributeurs de livres, qui sont l’intermédiaire entre l’éditeur et le libraire, de contrôler le marché et d’être trop gourmand.

Sans me prononcer sur le fond du problème, je constate que nous sommes dans une période où les relations sont difficiles et compliquées entre les commerces et les distributeurs d’à peu près tous les secteurs. Se sentant menacés et réduits à de faibles marges bénéficiaires, les grands commerçants veulent transiger directement avec les fabricants et se passer des distributeurs, dont ils estiment ne pas avoir besoin. Dans l’industrie du livre, les distributeurs accapareraient environ 17 % des revenus, alors que les libraires et éditeurs s’arrogent 40 % et 30 % du gâteau, respectivement.

Le Bureau de la concurrence statuera dans quelques mois sur la transaction, mais il est à parier que les petites librairies, les distributeurs et les éditeurs de livres sont nerveux et redoutent l’effet d’un joueur beaucoup plus important que les autres.

Je suis néanmoins tenté de répondre que ce phénomène de concentration existe déjà dans leur propre industrie avec Sogides, appartenant à Québecor. Ce phénomène est présent partout et il est inéluctable, au fur et à mesure où des joueurs plus malins et plus argentés s’imposent.

Parallèlement, de nouveaux joueurs s’implantent dans de nouveaux marchés ou identifient des nouveaux besoins. Certains d’entre eux vont détrôner un jour les leaders d’aujourd’hui. Cela aussi est inéluctable.

Car l’industrie du livre, foncièrement, c’est une industrie, et elle ne peut se soustraire aux grandes lois lois de l’économie et du marché et rester imperméable aux besoins des consommateurs.

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Inéluctablement Renaud-Bray et Archambault vont devoir être restructurés. En plus Archambault a une position importante dans la distribution d’instruments de musique et les éditions musicales, qui sont actuellement un marché en croissance.

Les deux enseignes et même trois enseignes si on compte la librairie Paragraphe peuvent-elles subsister indépendamment pendant cent ans ? Pas extrêmement sûr !

Dans un autre type de commerce, nous avons assisté récemment au sort qui a été réservé à Future Shop.

Qu’en est-il de Chapters et d’Indigo quand le vaisseau amiral de la rue Sainte-Catherine a fermé ses portes ? Qui se souvient encore des librairies Champigny qui offraient un très bon choix de livres, jamais surpassé depuis par l’offre de Renaud-Bray ? Que dire des librairies Camelot bien spécialisées dans le livre informatique et le logiciel qui ont définitivement fermées leurs portes malgré les promesses de conserver l’enseigne toujours vive lorsqu’elle fut achetée par Québecor ?

Comment un libraire peut-il, je vous cite : « grossir pour acheter à meilleurs prix et faire les économies d’échelle qui peuvent lui permettre de se mesurer à ses concurrents » quand le marché du livre et même des journaux principalement de provenance française sont cannibalisés par des distributeurs qui limitent volontairement le volume de leurs approvisionnements ?

Comment faire précisément pour répondre en offre de produits, en services, en choix, aux budgets et aux besoins de tous les consommateurs quand certains « gros » consommateurs de produits de librairie (au nombre desquels j’étais) et même de produits musicaux, fuient inexorablement le bateau quand les besoins de la nouvelle clientèle est de plus en plus orienté vers des consommables électroniques, vites consommés, recherchés au meilleur prix et rarement archivés ?

Je pense d’ailleurs que si Archambault jette l’éponge, c’est parce que leurs diverses restructurations successives n’ont pas conduit au mieux… mais au pis : offre de livres laminée, offre de CD, DVD et Blu-ray réduite, nouveau design et mise en valeur des produits assez pitoyable. Quant au modèle de Renaud-Bray, c’est selon mon observation, jusqu’à ce jour, un des pires du marché.

«Quant au modèle de Renaud-Bray, c’est selon mon observation, jusqu’à ce jour, un des pires du marché.»

Qu’est-ce qui vous fait dire ça, pouvez-vous élaborer?

@ pbrasseur,

Bien que je ne voies pas venant de vous, la moindre bienveillance dans la nature de vos propos, je vais me faire un plaisir néanmoins de répondre à votre question en vous posant moi-même quelques questions :

— Est-ce que vous êtes un client régulier des librairies en général ?
— Quelle est votre expérience en tant que client ? Répond-elle toujours à vos attentes ?
— Quels sont les produits que vous achetez dans une librairie ?
— Est-ce que vous n’achetez que des produits qui sont en stock ou avez-vous des besoins particuliers ?
— Est-ce que vous recevez toujours une réponse positive à vos demandes ?
— Est-ce qu’il vous arrive de repartir du commerce les mains vides ou avec un autre produit que celui que vous cherchiez ou vous arrive-t-il de commander un produit que vous n’aurez jamais ou seulement au terme d’une longue attente qui peut parfois durer des semaines et même des mois si c’est vous qui relancez le libraire périodiquement ?
— Aimez-vous de temps à autres profiter d’aubaines vraiment intéressantes sur des livres ou d’autres produits : CD, Blu-ray, DVD, etc. ?
— Appréciez-vous par exemple d’acheter un Blu-ray à un certain prix pour vous apercevoir un jour ou deux plus tard qu’il était 50% (parfois même plus) meilleur marché chez un concurrent ?
— Trouveriez-vous plaisant de pouvoir vous procurer dans la succursale de votre choix, quand vous le voulez, les livres de Pierre Duhamel pour prendre ici un exemple au hasard ? Ou préférez-vous être rongé par l’incertitude de ne jamais avoir le produit ?

— Si vous vous retrouvez dans une ou plusieurs de mes questions, diriez-vous que votre expérience comme client, qu’elle soit en tous points la meilleure du marché ? — Oui ou non ?

J’espère que ce panel de questions non exhaustives, sera suffisant pour vous au chapitre de l’élaboration. D’autres part, je vous renvoie à vos propres commentaires : pbrasseur le 22 mai 2015 à 8 h 01 min ; vous répondez vous-même mieux que bien ce me semble à votre propre question. Ne trouvez-vous pas qu’un libraire devrait plutôt vendre des livres en premier et non… je vous cite : « pour y acheter (occasionnellement) des cartes de souhait ou des bibelots » ?

— Vous ajoutez encore : « leur site web est (en tout cas était) atroce »… Bref, comme à votre habitude, vous tirez sur le messager pour pouvoir mieux vous réapproprier le message ! Et vous me faites en somme de la concurrence déloyale !

Ma question n’avait rien de malveillante j’étais simplement curieux d’avoir votre perspective.

J’aimerais bien les connaître ces grandes lois de l’économie et du marché desquelles on ne peut se soustraire. Puisque la seule loi qui tient est celle où la concurrence tue la concurrence et lorsqu’on est trop gros pour être acheté, on fusionne.

« J’aimerais bien les connaître ces grandes lois de l’économie et du marché… » (sic)

Enfin! Ça en a pris du temps avant que vous n’admettiez votre ignorance…

En plus de vos carences en mathématiques, s’ajoute celle de la lecture. Votre cas s’empire hardiment. Un petit indice pour vous aider, regardez dans un dictionnaire le sens du mot « puisque » et enchaînez le reste de la phrase.

Il me semble que le livre Québécois, pour ne pas dire le livre Français en général prend du retard. Les livres en français sont trop chers et encore trop peu disponible sous forme électronique. Pour ma part je ne veux plus de livres papier et je vais continuer à lire surtout en anglais tant que l’offre francophone ne m’aura pas rejoint.

Je fréquente Renaud-Bray occasionnellement pour y acheter des cartes de souhait ou des bibelots c’est à peu près tout, leur site web est (en tout cas était) atroce (comme beaucoup trop de site Québécois, Altitude-Sport étant une rare exception), je vois mal comment cette entreprise peut concurrencer des joueurs comme Apple, Amazon et Google, pour ne nommer que ceux-là… Renaud-Bray a ouvert une succursale à Vaudreuil, c’est vide, tout le temps.

Bibelots, beaux livres, livres pour enfants, cartes, voilà en gros ce qui reste à R-B pour faire de l’argent, est-ce suffisant pour garder en vie tous ces gros magasins? J’en doute.

Pourtant http://www.leslibraires.ca/ offrent une sélection de livres intéressant à des prix raisonnable. Ils sont parfois un peu plus cher que les livres anglais qu’on peut trouver sur Amazon (et on trouve moins de livres en dessous de 5$). Considérant que le marché des livres en anglais est énormément plus grand que celui des livres en français, ce n’est pas surprenant que les livres anglophones soient généralement moins cher.

Les employés doivent prendre leurs jambes à leur cou et se trouver une autre cartière
Il est impitoyable pour les syndicats
Là aussi il ressemble à PkP

Il y a un Renaud-Bray au Centre Laval (et un autre au Carrefour pas loin) et un très gros Archambault juste de L’autre côté de la rue.

Hummm… Peut-être que c’est vrai que ce gars ressemble à PKP, un gars qui a hérité d’une grande fortune et l’a fait fondre jusqu’au moment où la Caisse de dépôt lui a permit d’acheter Vidéotron… Qui sera la Caisse de Blaise Renaud?

En réfléchissant à la structure qui compose le prix d’un livre pour le consommateur, je suis toujours scandalisée par la somme minime que reçoit l’auteur d’un ouvrage (environ 10 %). Le reste de la somme est partagé entre tous les intermédiaires, incluant le gouvernement (TPS). Cela m’apparaît profondément injuste. Comment les auteurs peuvent-ils vivre décemment de leur plume ? Si la diminution des intermédiaires peut permettre une meilleure rétribution des auteurs, elle est à applaudir… Maie

Rappelons que les auteurs ne font que 10% sur le prix de leur livre! Et qu’ils sont payés à la toute fin du processus!!

Le livre est vraiment une industrie qui a peu à voir avec l’écriture.

Si l’on veut résister au raz-de-marée d’une industrie mondiale, fondée sur le numérique et les chaînes d’approvisionnement, il nous faut concentrer les efforts et se tailler un place à l’international. Les mesures protectionnistes ne feront que réduire les joueurs québécois à la portion congrue, celle d’un marché régional.

Papier fort intéressant. Toutefois je comprends mal l’utilisation du verbe « arroger », qui signifie s’approprier quelque chose de façon injuste. Je vois mal en quoi il est injuste qu’un éditeur reçoive 30% du prix public d’un ouvrage qu’il édite.

Marc-André Audet
PDG
Les éditions les Malins

J’ai découragé de nombreuses personnes à être artistes ou écrivain dont mon fils et ma fille et maintenant ma petite fille par alliance dans deux ou trois ans.

Pourquoi?
Dans la chaîne de du livre (ou simplement des artistes si vous voulez) c’est l’écrivain qui fait le moins d’argent.

Le salaire moyen des Québécois étant de 43 500$ par année les artistes en gagnent moins de 24 600 $ soit environ le salaire minimum.

Alors même si prétendiez rendre service aux écrivains vous les exploitez.

Mon fils que j’ai découragé d’écrire de la musique gagne DEUX FOIS le salaire d’un artiste et et est encore aux études pour gagner SIX OU SEPT FOIS le salaire des artistes que vous exploitez.

Le métier d’écrivain c’est la MISÈRE pour l’avenir et à proscrire pour les jeunes.

Rares sont les écrivains qui vivent exclusivement de ce métier, surtout dans le minuscule marché québécois, par contre, j’en connais quelques-uns qui écrivent tout en pratiquant une autre profession pour vivre.

M, Duhamel,

« Parallèlement, de nouveaux joueurs s’implantent dans de nouveaux marchés ou identifient des nouveaux besoins. Certains d’entre eux vont détrôner un jour les leaders d’aujourd’hui. Cela aussi est inéluctable.

Car l’industrie du livre, foncièrement, c’est une industrie, et elle ne peut se soustraire aux grandes lois lois de l’économie et du marché et rester imperméable aux besoins des consommateurs. »

Vous avez vu ce qui est arrivé à GM et Chrysler, ils ils ont les plus malins et les plus argentés.

Vous avez vu les lois du marché des produits laitiers au Canada. La concentration de l’industrie canadienne fait que les produits laitiers sont plis cher au Canada.

Puis que vous parlez d’industrie la même chose s’applique au livres.