Bombardier change de pilote

Les dernières années ont été minées par les difficultés entourant la CSeries, la nouvelle gamme d’avions commerciaux de Bombardier. Le programme a subi quatre délais et est en retard de deux ans.

Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

Blogue EconomieLa situation se corse chez Bombardier, qui a annoncé, jeudi matin, un changement à sa direction, une perte de 1,2 milliard de dollars pour l’exercice 2014 et un plan de refinancement de 2,1 milliards de dollars. La compagnie envisage aussi la cession de certaines unités pour diminuer sa dette.

C’est la nouvelle du remplacement de Pierre Beaudoin par Alain Bellemarre à la direction de l’entreprise qui retient le plus l’attention.

Pierre Beaudoin était en poste depuis juin 2008. Pendant cette période, la valeur de l’action a baissé de 67 %. Les dernières années ont été minées par les difficultés entourant la CSeries, la nouvelle gamme d’avions commerciaux de Bombardier. Le programme a subi quatre délais et est en retard de deux ans. Chaque retard accroît les coûts du programme et décale l’encaissement des revenus provenant des ventes.

C’est une gigantesque épine au pied qui vampirise les flux de trésorerie et qui a sans doute mené Bombardier à suspendre le programme de l’avion d’affaires Learjet 85, annoncé il y a quelques semaines. C’est cette suspension qui a obligé l’entreprise à imputer une radiation importante à son exercice 2014, radiation à l’origine de la perte de 1,2 milliard de dollars déclarée pour l’exercice 2014.

Pierre Beaudoin sera remplacé par Alain Bellemare, qui dirigeait jusqu’à la fin janvier une division du géant United Technologies (UT), au Connecticut. Il a été président pendant quelques années du motoriste Pratt & Whitney, une autre division de United Technologies.

Alain Bellemare est un Québécois francophone, qui détient à la fois un diplôme d’ingénieur de l’Université de Sherbrooke, un MBA de McGill et un diplôme de l’École nationale supérieure d’ingénieurs en construction aéronautique de Toulouse, en France. Par la meilleure des coïncidences, il a dû quitter son poste chez UT il y a quelques jours, à la suite de la réorganisation qui a suivi le départ de Louis Chênevert de la direction de l’entreprise américaine.

Il connaît donc bien le milieu de l’aviation et il a même supervisé la mise au point du moteur qui propulsera les appareils de la CSeries. Je ne sais pas si le départ de Pierre Beaudoin était prévu depuis longtemps, mais la disponibilité soudaine d’un tel candidat a peut-être accéléré le cours des choses.

La réorganisation touche aussi Laurent Beaudoin, qui cède la présidence du conseil à son fils Pierre.

Laurent Beaudoin aura donc été à la barre de Bombardier pendant un demi-siècle. Sous sa gouverne, le petit fabricant de motoneiges sera devenu le géant industriel canadien, avec des revenus de 20 milliards de dollars et 74 000 employés dans 60 pays.

S’il était un athlète professionnel, Laurent Beaudoin aurait un accès immédiat au temple de la renommée de son sport. Il demeurera au conseil à titre de président émérite.

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À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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