Bombardier : d’exploitant à investisseur ?

Bombardier considérerait la vente — en tout ou en partie — de sa division Transport, premier fabricant mondial de matériel sur rail au monde, rapporte l’agence Reuters.

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Photo : Railroad.net/Wikimedia Commons

Vendredi matin, l’agence Reuters a lancé une petite bombe en rapportant que Bombardier songeait sérieusement à se départir de sa division Transport, premier fabricant mondial de matériel sur rail au monde. L’agence affirme que son information est corroborée par huit sources différentes.
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Cette nouvelle n’étonnera personne. Bombardier ne va pas très bien. La CSeries lui coûte cher, et rien ne dit que les cinq milliards de dollars qui y ont été investis finiront par rapporter gros.

L’ampleur de ce défi — construire un avion totalement neuf — lui aurait aussi fait négliger d’autres programmes de conception d’avions ou de locomotives ailleurs dans l’organisation.

Depuis deux mois, Bombardier a changé de président, les responsables de la CSeries ont été éjectés et remplacés, et l’entreprise a dû aller chercher de nouveaux capitaux sur les marchés. Aujourd’hui, Reuters parle de vendre en tout ou en partie, la moitié de l’entreprise.

La nouvelle de Reuters atteste qu’il se passe quelque chose. La nouvelle reste néanmoins passablement imprécise.

Bombardier considérerait la vente, en tout ou en partie, de sa division Transport. Qui plus est, elle évaluerait la scission de l’entreprise et la création d’une nouvelle société commerciale pour le transport sur rail (spin-off) cotée en Bourse, ou encore une alliance avec l’un de ses concurrents, soit l’allemande Siemens ou la française Alstom.

Bref, on n’en sait rien, sauf que cela se discute et que les acteurs financiers et industriels ont compris que tout était sur la table.

Tous ces scénarios ont un point en commun. La famille Bombardier-Beaudoin diminuerait son risque, mais elle serait du coup probablement moins impliquée dans la gestion de l’entreprise — et elle se considérerait dorénavant comme un actionnaire plutôt qu’un «opérateur», si vous m’excusez l’anglicisme.

Cela ne serait pas étonnant. C’est le statut qu’a choisi la famille pour BRP (Bombardier Produits Récréatifs), qui est devenue une compagnie indépendante en 2004. Le holding familial est aussi actionnaire de la future cimenterie McInnis, en Gaspésie.

De tous les changements effectués chez Bombardier depuis deux mois, c’est probablement le remplacement de Pierre Beaudoin par Alain Bellemarre qui constitue le développement le plus important, car il change la nature de la relation entre la famille Bombardier-Beaudoin et l’entreprise.

Ce n’est pas la première fois que la famille fait appel à quelqu’un de l’extérieur pour diriger l’entreprise. Robert Brown et Paul Tellier ont déjà été à sa tête, mais c’était à une époque où Laurent Beaudoin était très actif, et il était clair pour tout le monde que son fils Pierre serait tôt ou tard à la direction de l’entreprise.

Les temps ont changé : Bombardier va changer, et le rôle de la famille fondatrice va aussi changer de rôle.

C’est peut-être une bonne chose, après tout. Comme tout actionnaire, elle sera peut-être plus intéressée par la rentabilité de l’entreprise et par sa performance en Bourse à court et à moyen terme qu’elle ne l’a été ces dernières années, alors qu’elle était aux commandes.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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« …ou encore une alliance avec l’un de ses concurrents, soit l’allemande Siemens ou la française Alstom. » (Pierre Duhmel)

M. Duhamel,

Vous n’êtes pas certainement sans savoir que Siemens une Allemande, et la française Alstom sont acculement des alliés de Bombardier. Sinon vous êtes un journaliste économique d’un village de 15 habitants au pôle Nord ou Sud.

La VÉRITÉ.

Et que je vous j’ai déjà mentionné; c’est que les sanctions économiques stupides envers la Russie, exigés l’union européenne et le Canada VIA les USA ont coulé beaucoup d’entreprises en France et en Allemagne. D’ailleurs, le Québec en est victime avec le porc ainsi que Bombardier avec son alliance, avec l’Allemande Siemens et la Française Alstom pour les trains haute vitesse principalement le Transsibérien.

Et oui, la Russie à cause des sanctions économiques que les USA lui imposent c’est tourné ver l’Est c’est-à-dire la Chine, pour construire le train haute vitesse, le Transsibérien, c’est-à-dire China Railway Corporation. Un projet de 230 MILLIARDS chez le diable.

Et il y en a combien d’autres que la Chine remportera?

Ça va très mal pour Bombardier. Les USA en ont décidé.

Pour Bombardier, adieu veaux vache cochons.

C’est assez pour mettre la compagnie des trains » en vente dans une vente de garage!

Youlle lève ici un point intéressant, quant à l’effet des sanctions économiques contre la Russie. Autant elles n’ont que peu d’impact sur la croissance des USA ; autant, les effets sont à considérer pour plusieurs pays européens. À titre d’exemple, les sanctions contre la Russie valent à la France, un manque à gagner de croissance de 0,75% du PIB. Cela peut paraître peu, mais lorsqu’on considère que ce pays aura de la peine à obtenir plus de 1% de croissance cette année, cela représente une perte non négligeable pour l’économie.

En plus du Transsibérien, dont Youlle fait mention, il y a un risque de perte de contrat pour les avions CSeries avec Iliouchine Finance Co qui détient 38% du holding d’OAK (Corporation aéronautique unifiée), ce qui signifie beaucoup d’avions qui pourraient être perdus tant pour les pays membres de la Fédération de Russie que pour ceux de l’Union économique eurasiatique (UEEA).

La question d’une possible alliance avec Siemens ou Alsthom doit être prise actuellement avec prudence. Rappelons pour mémoire que si le siège de Bombardier Transport se trouve à Berlin, ce n’est pas le produit du hasard, c’est simplement parce que Bombardier a racheté un concurrent plus gros que lui, Altranz (si ma mémoire est bonne) dont le siège social était basé à Berlin. Historiquement Altranz était le concurrent de Siemens.

Actuellement, les choses ne vont pas rondement dans le domaine ferroviaire. Il y a beaucoup de projets, et en même temps beaucoup dont la réalisation est remise à plus tard. Ce n’est pas pour rien, si un des actionnaires de Bombardier : Michael Sabia le CEO de la Caisse de dépôt et placement du Québec, rappelle le caractère cyclique de cette industrie.

Il a absolument raison, si la reprise arrive dans le domaine du rail, elle sera sans aucun doute vigoureuse. Reste à savoir dans combien de temps, et avec qui ; seuls ceux qui survivront jusqu’à la reprise, en récolteront les fruits. Les bénéficiaires pourraient tout aussi bien être japonais ou chinois en effet, quand un européen au moins devrait tirer son épingle du jeu. Mais lequel ?

C’est un fait connu que Siemens rechercherait un partenaire dans le domaine du transport. C’est un autre fait qu’Alsthom, qui se subdivise en deux divisions : Énergie & Transport est actuellement en discussions pour elle aussi se scinder en deux entités distinctes. General Electric (son premier actionnaire historique) pourrait redevenir (il détient toujours des actions de la compagnie), l’actionnaire de contrôle d’Asthom pour le secteur énergétique seulement. GE pourrait reprendre le transport… Mais à certaines conditions. — De plus, l’État français – qui est encore l’actionnaire de contrôle de cette compagnie –, souhaite conserver autant que faire se peut l’ensemble des activités et voudrait que l’entreprise continue de battre pavillon français.

L’un des projets encore sur la table, consisterait à créer l’épine dorsale d’une nouvelle entité transport par une fusion Alsthom/Siemens. Le modèle retenu est celui d’Airbus. Un consortium européen du transport terrestre dans ce cas. Si ce n’est que Siemens, n’a pas (pour le moment) le financement pour être le maître d’œuvre d’une telle acquisition. Les choses pourraient tout aussi bien changer puisque l’État allemand a des intérêts dans ce conglomérat.

Une vente totale de Bombardier Transport dans un court avenir, me semble pour le moment hautement improbable, voire très spéculative ; puisque ce que cherche la compagnie dans un premier temps, c’est de dégager des marges importantes pour le financement de ses activités aéronautiques. En sorte que le scénario qui pour le moment me semble le plus probable, c’est une vente divisions par divisions de Bombardier Transport dans le but de dégager d’abord du « cash flow »….

Et après ? — He bien mon petit doigt me souffle à l’oreille que c’est un sujet dont sans doute on reparlera 🙂

Cela semble évident que BBD n’a pas le choix, elle devra vendre des actifs pour rester en affaire et demeurer compétitive dans les secteurs où elle croit que ses chances sont meilleures.