Boum à Fermont

Le camp temporaire d’ArcelorMittal fait face au mur-écran qui protège Fermont du vent du nord et où habite les deux tiers de la population.

Boum à Fermont
Photo : J.-F. Lemire

Abritant des centaines de travailleurs de la construction, ce camp sera bientôt transféré au complexe minier de Mont-Wright. Un peu plus loin, un autre quartier temporaire, celui des travailleurs du site minier de Cliffs, a été installé le long d’une rue où s’alignent les bungalows du personnel de la santé. Bienvenue à Fermont, la ville-champignon.

Entre les Fermontois qui se plaignent du va-et-vient des engins de construction et les nouveaux arrivants pressés de trouver un toit, la mairesse, Lise Pelletier, ne sait plus où donner de la tête. « On vit un boum incroyable. Le Plan Nord, c’est maintenant que nous en avons besoin. Il faut que le gouvernement nous alloue 58 millions de dollars, somme qu’il va récupérer rapidement grâce aux impôts. On a aussi besoin que les fonctionnaires nous aident à préparer nos demandes aux différents ministères en vue de la construction de routes et de réseaux d’égout et d’aqueduc avant l’hiver. » Fébrile, elle énumère tout ce qui coince dans la machine municipale. Entre autres, les trois mois nécessaires pour conclure un emprunt, ce qui freine les travaux, et la nécessité de creuser profondément dans le sol afin de protéger les tuyaux du gel. Une rue de 60 maisons mobiles déjà vendues n’a pu être ouverte, faute des autorisations des pouvoirs publics concernés, et il faut fournir des terrains aux nouveaux arrivants qui travailleront pour les compagnies minières. Propriété à plus de 90 % d’ArcelorMittal, le parc immobilier de Fermont ne suffit plus. Consolidated Thompson a financé son propre tronçon de rue, qui comporte une douzaine de petits immeubles d’habitation neufs. Les 350 employés de cette société minière se partagent les appartements : 12 jours de travail intense à la mine, puis 12 jours de repos dans leur ville d’origine (transport par avion payé par la compagnie) tandis que d’autres employés occupent les lieux.

ArcelorMittal, en phase de recrutement pour augmenter sa production, expérimente aussi cette formule. Sur les 500 nouveaux emplois, 350 devraient être offerts sur le principe de travailleurs volants. Car les salaires faramineux, la magie des hivers fermontois et des aurores boréales ont du mal à séduire les jeunes employés que cherche la multinationale. Au grand dam de gens comme Marc Poulain, qui a dans le corps 52 ans de vie nordique et d’implication dans la sphère sportive de Fermont. « Que va-t-il rester de notre sentiment d’appartenance si les gens ne font que travailler, manger et dormir ici ? On va devenir une ville-dortoir… »

 

LE COÛT DE LA VIE À FERMONT

Un paquet de biscuits Oreo : 4,49 $, contre 3,50 $ dans un centre urbain

12 canettes de Heineken : 26,39 $, contre 20 $

Paiement mensuel pour une maison de quatre chambres qu’ArcelorMittal vend à ses employés et leur rachète à leur retraite : 217 $ sur une durée de 30 ans ; pour un quatre-pièces chauffé et éclairé dans le mur-écran : 210 $

Salaire horaire d’un concierge à ArcelorMittal : 23 $, contre 12 $ à 15 $

Salaire annuel de travailleurs miniers (conducteurs de camions, mécaniciens) : 80 000 $, soit deux à trois fois plus que dans le sud de la province

 

 

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