Bourse : pourquoi il ne faut pas céder à la panique

Lundi, les marchés boursiers ont enregistré des glissades spectaculaires sur tous les continents. Et ces mouvements brusques de hausse et de baisse sont de plus en plus fréquents, explique Pierre Duhamel.

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Photo : Perpetual Tourist/Flickr

Il va falloir se faire à l’idée : nous sommes peut-être dans un marché boursier baissier — un bear market, comme disent les experts.

Si la semaine dernière a été misérable en Bourse, lundi, c’était la panique, avec des glissades spectaculaires enregistrées sur tous les continents. Cela a commencé avec une dégringolade de 8,5 % à la Bourse de Shanghai, pour se terminer avec des pertes de 3,12 % à Toronto et de 3,57 % à New York (Dow Jones).

Aux craintes liées à l’économie mondiale s’ajoute une réalité propre aux marchés, qui ont obtenu de très bons résultats depuis 2009. On anticipait une correction, et la conjoncture économique est bien assez trouble pour alimenter un fort mouvement de repli.

Les investisseurs boursiers sont inquiets. La Bourse, faut-il le rappeler, est un marché d’anticipation. Vous investissez dans une entreprise qui devrait faire bonne figure dans un secteur porteur (la technologie, par exemple) ou un marché dynamique — disons la Chine. La bonne performance de l’entreprise devrait se traduire par une appréciation de son action, ce qui vous rendra plus riche, du moins sur papier.

Or, les investisseurs se trouvent devant un épais brouillard. On ne sait pas si l’économie mondiale se dirige vers une nouvelle récession. Certaines tendances sont cependant claires et nettes. Par exemple, tout ce qui touche aux matières premières est déprimé et sévèrement puni en Bourse.

L’indice des matières premières de Bloomberg accuse une perte de 40 % depuis trois ans et se retrouve à son plus bas niveau depuis 1999. Le titre de Rio Tinto, par exemple, est passé de plus de 74 dollars en février 2011 à 34,65 dollars lundi midi. Rio Tinto est propriétaire d’Alcan et de Rio Tinto Fer et Titane, à Sorel-Tracy.

Le baril de pétrole nord-américain vaut autour de 38 dollars — son prix le plus bas depuis six ans et demi. La glissade va se poursuivre, parce que les pays producteurs d’or noir n’arrêtent pas d’en sortir de terre, de crainte de perdre des parts de marché.

C’est le jeu de l’Arabie saoudite et celui des producteurs américains de pétrole de schiste. Mais ils ne sont pas les seuls à jouer ce jeu. Une analyse de la Banque TD affirme qu’au niveau de prix actuel, plus des trois quarts du pétrole extrait des sables bitumineux canadiens est produit à perte. Comme il faudra ajouter un million de barils de pétrole iranien par jour (après des années d’embargo) à l’offre déjà trop forte, vous avez là les conditions réunies pour un pétrole qui pourrait se vendre 30 dollars le baril d’ici peu, selon un rapport de la Banque mondiale.

Voilà pourquoi les actions d’Exxon Mobil ou de la canadienne Suncor connaissent un fort repli.

Les ressources naturelles ne comptent que pour 16,6 % du PIB du Canada (10,2 % au Québec), mais elles représentent aussi 61 % des investissements des entreprises et 58,3 % des exportations du pays (39,6 % au Québec). Le recul de l’activité dans les régions ressources se traduit en outre par une pression à la baisse sur l’emploi, les revenus des gouvernements et la construction domiciliaire.

Le secteur financier est lui aussi touché par la baisse de l’activité économique, la plus grande vulnérabilité des consommateurs et la fragilité du marché résidentiel. Le titre de la Banque Royale du Canada, par exemple, est passé de 80,31 $ le 25 mai à 70,71 $ lundi, enregistrant un recul de 2,87 % dans la seule séance de lundi.

L’instabilité des marchés appelle par ailleurs une question beaucoup plus lourde de conséquences. La crise des matières premières serait-elle le symptôme d’une crise beaucoup plus grave ?

Un premier suspect apparaît tout de suite sur les écrans radars. Il s’agit évidemment de la Chine. La deuxième économie mondiale est également le deuxième importateur de pétrole en plus d’être, de loin, le plus grand consommateur de fer et de cuivre. Si la Chine achète moins, c’est forcément parce que son économie traîne la patte.

Le décalage de la deuxième économie mondiale créerait de fortes perturbations. Les titres technologiques, par exemple, sont eux aussi déprimés, parce que les grands acteurs de ce secteur comptent sur le marché chinois pour leur croissance future. Le titre d’Apple a perdu le cinquième de sa valeur entre le 1er et le 20 août et accusait lundi une baisse de 2,48 %.

Lundi matin, Tim Cook, le PDG d’Apple, a même pris la peine de rassurer les marchés en affirmant que son entreprise avait connu une très forte croissance de ses ventes en Chine en juillet et en août, en plus de ventes records dans son magasin en ligne au cours des deux dernières semaines.

Bref, tous les secteurs sont à risque, et l’effet de contagion ne fait qu’accentuer les craintes et le mouvement à la baisse.

Cela dit, l’instabilité des marchés se joue dans les deux sens, et il serait fou de liquider son portefeuille trop rapidement, ou au milieu d’une journée de tempête. Vous perdriez alors beaucoup, sans être capable de vous rattraper quand les cours remonteront.

Ces mouvements brusques de hausse et de baisse sont de plus en plus fréquents. Lundi matin, quand les marchés se sont ouverts, le Dow Jones perdait 1 000 points. Il n’en cédait que 117 à l’heure du dîner, pour replonger et finir la journée avec une perte de 588 points. Un marché fou, je vous dis.

Les prochains jours seront importants, et il ne faudrait pas se surprendre de voir les marchés asiatiques et nord-américains prendre des directions opposées, tout simplement parce que l’économie américaine inspire davantage confiance. Cette confiance sera confirmée ou infirmée d’ici la fin de la semaine.

Mardi, nous connaîtrons l’état du marché résidentiel américain, et mercredi, le niveau des commandes de biens durables chez nos voisins. Jeudi, nous saurons quel a été le rythme de croissance de l’économie américaine au deuxième trimestre. Les dernières données sur les dépenses de consommation, le niveau de confiance des consommateurs et la croissance du revenu personnel seront connues vendredi, de même que le taux d’inflation.

Une série de bonnes nouvelles effacerait bien des doutes et rassurerait les investisseurs.

Sinon…

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16 commentaires
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« Si la Chine achète moins, c’est forcément parce que son économie traîne de la patte. »

Avec une croissance du BIP d’environ 7 à 7,5 la Chine traîne de la patte par en avant comparé à la patte cassée des USA 2,3% à 2,7%.

Malheureusement ce sera probablement— Sinon…

@ Youlle,

Actuellement les économistes, lorsqu’ils observent la croissance, ne regardent pas seulement le PIB, ils scrutent aussi la PPA : la Parité de Pouvoir d’Achat. (PPP – Purchasing Power Parity en anglais). En d’autres termes, on observe ce que la monnaie est susceptible d’acheter en comparaison de ce dont disposent d’autres économies notamment émergeantes.

Les États-Unis restent encore de loin la première économie du monde parce que son pouvoir d’achat est très supérieur à celui de la Chine et de presque tous les pays du monde, lorsqu’on y met dans la balance la valeur de son PIB précisément.

Mes chiffres ne sont pas les plus récents (2003), — donc à parfaire -, mais donnent une indication en terme de proportions, les USA avec un indice de 100% (basé sur la valeur du dollar US), son PPA était de 5 fois supérieur à celui de la Chine avec un indice de 20%.

Cela signifie qu’avec une croissance de 2,7% aux États-Unis, leur pouvoir d’achat sera toujours supérieur à celui de la Chine même si sa croissance est de 7%.

De la même façon, ce n’est pas un hasard si la Chine est le premier acheteur de matières premières du monde car elle ne pourrait pas acheter tous les produits transformés du marché compte-tenu de son pouvoir d’achat (hors réserves). Elle transforme donc les matières premières pour les autres et la surproduction permet d’alimenter son propre marché.

Tout cela d’ailleurs ne plaide pas pour une remontée rapide de la valeur des matières premières. Puisque le prix élevé de ces matières a aussi une incidence sur le prix des matières transformées que nous achetons.

Une des autres faiblesses de la Chine actuellement, c’est que ce ne sont que 90 millions de personnes environ qui investissent sur les marchés financiers (des nouveaux riches essentiellement) ce qui est très peu pour une population de quelques 1,4 milliards d’habitants ; ce système soutient la spéculation à laquelle souscrit divers fonds d’investissements dont plusieurs sont basés en Europe et aux États-Unis notamment.

La question reste encore de savoir si les marchés financiers servent toujours à ce pourquoi ils existent : financer les entreprises, stimuler l’économie et faut-il le préciser (?), la croissance du travail et de l’emploi ?

****Nota Bene : Dans un souci de transparence et d’objectivité, j’aimerais préciser que la méthode de calcul du PPA est contestée par plusieurs économistes de tendance plus progressiste 🙂

@ Serge Drouginsky

« Selon le FMI, le PIB chinois, exprimé en parité de pouvoir d’achat, devrait dépasser cette année celui des États-Unis.

C’est officiel, ça vient (presque) de tomber : la Chine est la première puissance économique du monde. Voilà ce que rapporte le site américain d’information financière MarketWatch, qui a mis le nez dans les dernières données du Fonds monétaire international, publiées en octobre dernier. Et en a ressorti ces chiffres : en 2014, le produit intérieur brut (PIB) chinois exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA, on va en reparler) devrait être de 17 632 milliards de dollars; tandis que celui des États-Unis ne serait «que» de 17 416 milliards. L’année précédente, ces derniers enregistraient encore une légère avance sur Pékin. »

http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2014/12/09/la-chine-deloge-les-etats-unis-de-leur-place-de-premiere-puissance-economique-mondiale_4537300_1656941.html

http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2014/12/09/la-chine-deloge-les-etats-unis-de-leur-place-de-premiere-puissance-economique-mondiale_4537300_1656941.html

Les USA l’Occident et les USA stagnent et l’Asie progresse.

« La question reste encore de savoir si les marchés financiers servent toujours à ce pourquoi ils existent : »

Très bonne question!

@ Youlle,

Ce que vous écrivez est effectivement juste lorsqu’on regarde le rapport PIB en Parité de Pouvoir d’Achat.

Néanmoins, c’est pourquoi j’avais rajouté un « Nota Bene », certains économistes estiment que ce classement est artificiel car le calcul du PIB prend en compte les exportations et pas spécifiquement le niveau de vie domestique. Qui est encore faible pour la plupart de la population chinoise y compris plus faible que celui dont dispose les citoyens d’autres économies émergentes.

Pratiquement en dollars constants, les USA produisent un PIB de 17000 milliards de dollars, contre 10400 milliards pour les chinois. Le PIB divisé par le nombre d’habitants fait que les USA restent encore la première puissance économique du monde.

Quoiqu’il en soit, la Chine est possiblement à la veille d’une nouvelle mutation économique comme le soulignait hier Jean-François Lépine — le nouveau délégué du Québec en Chine — au Téléjournal, puisque le développement économique de ce pays passe aussi par une amélioration du niveau de vie des gens qui ne profitent pas équitablement de la croissance, comme cela s’est fait au Japon ou encore en Corée du sud notamment.

De ce point de vu, vous avez raison, le potentiel de croissance de ce pays reste encore très probablement élevé pour au moins les prochaines décennies. Reste à savoir quelle évolution pour une économie globale et certaines contradictions qui sont encore le propre de la mondialisation (entre autre le renforcement de toutes sortes d’inégalités sociales qui réduisent la force de développement des économies).

« Néanmoins, c’est pourquoi j’avais rajouté un « Nota Bene », certains économistes estiment que ce classement est artificiel car le calcul du PIB prend en compte les exportations et pas spécifiquement le niveau de vie domestique. »

Vous avez raison. Les économistes ont une boule de cristal qui est précise environ à 50%. Alors si je voudrais faire de moi un économiste, je sortirais de ma tirelire un huard. Pile ou face, je serais aussi bon qu’eux.
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« Le PIB divisé par le nombre d’habitants fait que les USA restent encore la première puissance économique du monde. »

C’a n’a pas d’importance le nombre d’habitants. Ce qui est important c’est le puissance économique du pays en PIB peu importe que le pays aie 25 millions d’habitants ou 300 Millions. C,est le pouvoir de l’agent qui compte.
///////

« (entre autre le renforcement de toutes sortes d’inégalités sociales qui réduisent la force de développement des économies). »

Absolument vrai pour moi!

Vous dites : « Les économistes ont une boule de cristal qui est précise environ à 50% »

Vous êtes très optimiste ! Je ne suis pas sûr que le niveau de pécision soit aussi bon que ça dans tous les cas 🙂

La bourse est nerveuse depuis qu’il est clair que la FED envisage un retour à la normal de ses taux.

De ce point de vue les problèmes de la Chine et la baisse du pétrole sont des prétextes utiles pour déclencher une saine correction mais vraisemblablement rien de pire. L’économie US est en reprise et cette reprise peut très bien se poursuivre et même s’accélérer malgré un ralentissement en Chine. Quant au pétrole sa baisse est carrément favorable à l’économie US, même si le secteur pétrolier est affecté.

Au Canada évidemment c’est une autre histoire, l’éclatement de le bulle des commodités et du pétrole nous frappe de plein fouet, et encore je pense que les effets sur notre économie sont loin d’être encore pleinement propagés. Manquerait plus que la bulle immobilière n’éclate en même temps mais de toute façon ce n’est qu’une question de temps.

Je ne me souviens pas d’avoir jamais vu les États-Unis et le Canada diverger à ce point dans leurs cycles. Gros problème et gros risque pour le Canada.

« La bourse est nerveuse depuis qu’il est clair que la FED envisage un retour à la normal de ses taux. »

Quel est le normal des taux?

Si on parle de normale comme d’une « habitude », ie. ce qu’on voit généralement : entre 2 et 5%. Les faibles taux depuis 2009 sont anormaux en ce sens.

Toutefois, je crois qu’ils sont normaux dans les circonstances : pressions déflationnistes, revenus des ménages stagnants, etc.

Pour la Chines et les pays émergents les gains relativement faciles dus à l’arrivée de millions de travailleurs sur les marchés s’estompent (et pour nous le crédit toujours plus facile sans inflation…).

Pour continuer de progresser il faut maintenant créer, innover bref être réellement productif, or nombre de ces économies émergentes ne sont pas assez libre pour être réellement compétitives, les droits à la propriété n’y sont pas suffisamment protégés, il y a trop d’interventionnisme, trop de corruption, bref le capitalisme n’y fonctionne pas encore très bien. Ces nations et leur dirigeants doivent apprendre à fonctionner dans une économie libre.

Pas évident, par exemple le comportement des «investisseurs» Chinois à la bourse et la réaction de leur gouvernement illustrent bien le manque d’expérience des Chinois face à un marché libre, on se comporte comme un troupeau dans un casino et ensuite quand la débâcle survient l’état intervient massivement ce qui finira sans doute par empirer les choses, on se croirait aux USA en 1929… Pas évident, mais il faut supposer/espérer ça viendra, ça fait partie de l’apprentissage et du nouveau cycle en cours.

On est clairement dans un nouveau cycle depuis la grande crise financière. Ça doit être frustrant pour tous ceux qui ont surfé sur des bulles spéculative de toutes sortes, entre autre la bulle des commodités, bulles immobilières (lesquelles sévissent encore à plusieurs endroits dont chez nous…).

L’heure n’est plus aux gains faciles basées sur la surenchère et la spéculation, on revient à la base et les économies qui s’en sortiront le mieux seront celles (plus libres) qui sont capables de s’adapter et d’innover. Heureusement cela semble être le cas de l’économie US, d’autres devront subir d’importantes (et douloureuses) corrections pour s’adapter, c’est le cas du Canada alors que d’autres sombreront en dépression comme la Russie. La vraie productivité reprend ses droits, comment a-t ’on jamais pu en douter?

Pour ma part je ne suis pas surpris mais c’est tout de même fascinant de voir tout cela se déployer devant nos yeux. Les changements ne font que commencer, à mon avis on en a pour plusieurs années et on va en voir de toutes les couleurs.

Crise ou pas, Bombardier est à quelques sous d’un penny stock! Qui l’aurait crû?

Je vous avais demandé il y a 3 semaines à combien tomberait la piasse sous les Oranges?
Une banque canadienne hier a commencé à secouer le pommier.
Watchez ben ca aller si les sondages continuent à être favorables au NPD
Le NPD va goûter à l' »insécurité » comme le PQ dans le passé.
Les banques, la droite, détestent les gouvernements de gauche. Elles vont tout faire pour faire peur au monde

La première chose qu’a fait le PQ à sa dernière arrivé au pouvoir a été de vouloir hausser les taxes sur le gain de capital, rétroactivement en plus. Je dirais que «l’insécurité» était alors parfaitement justifié. Au moment où la mesure fut annulé un exode massif de capital se préparait.

Si le NPD gagne et se comporte aussi en faisant peur aux investisseurs la même chose se produira.