Branchée! Hydro-Québec et le futur de l’électricité

Nos collaborateurs Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau viennent de publier Branchée! Hydro-Québec et le futur de l’électricité chez Québec Amérique. En exclusivité, L’actualité vous propose un extrait, «Visible depuis l’espace». 

Hydro-Québec
Photo : Hydro-Québec

[Chapitre XIII : Visible de l’espace]

Les débats sur l’impact environnemental des projets d’Hydro-Québec seraient beaucoup plus sereins si l’on tenait compte de cette vérité fondamentale : une énergie « propre », sans effet sur l’environnement, ça n’existe pas. Il faut la produire, la transporter, la stocker, l’utiliser.

Heureusement, ces effets se mesurent très précisément, et peuvent se comparer. L’étalon le plus universel, c’est évidemment celui de la production de gaz à effet de serre (GES) ou de polluants.

En la matière, on ne peut pas faire plus détaillé que le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), qui regroupe des chercheurs de presque toutes les universités québécoises. En faisant l’analyse complète du cycle de vie d’un mode énergétique, le CIRAIG est en mesure de calculer l’effet climatique de chaque filière, en grammes d’équivalent CO2 par kilowattheure d’énergie produite.

Le CIRAIG est d’ailleurs capable de brosser un portrait très nuancé, selon divers cas de figure. Pour une centrale au fil de l’eau (sans réservoir), l’impact dépasse à peine 6 grammes par kilowattheure. Mais lorsque la centrale est couplée à un grand réservoir, l’impact s’élève jusqu’à 17 grammes, soit légèrement plus que l’éolien (14 grammes), mais toujours nettement moins que le solaire (64 grammes). Quant au charbon, on est à un désastreux 879 grammes d’équivalent CO2 pour chaque kilowattheure d’énergie produite!

« L’hydroélectricité, telle qu’on la pratique ici, est une des sources d’énergie les plus propres qui existent sur la planète », affirme Normand Mousseau, professeur de physique à l’Université de Montréal et co-président de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Il s’étonne d’ailleurs que l’on associe les énergies vertes à l’éolien et aux panneaux solaires, davantage qu’à l’hydroélectricité. « Le solaire est relativement vert, mais beaucoup moins que l’hydroélectricité. Il n’y a aucune alternative aussi propre que l’hydroélectricité, conclut Normand Mousseau. Ça ne veut pas dire que c’est parfait. »

« Oui, il y a des territoires qui ont été sacrifiés dans la construction de barrages. Mais ce serait le cas pour le solaire ou l’éolien également », atteste Roger Lanoue, consultant et coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Par exemple, si on voulait remplacer le barrage de La Romaine par de l’énergie éolienne, il faudrait disposer des éoliennes sur 500 km2, avec tout ce que ça implique de lignes et de routes. Pour couronner le tout, on aurait encore besoin d’un barrage – ou de centrales au gaz – pour équilibrer la production des éoliennes, intermittente dans le meilleur des cas.

Les GES, s’ils sont devenus une préoccupation universelle en matière de protection de l’environnement, sont loin d’être la seule préoccupation d’Hydro-Québec en la matière.

Depuis les années 1970, l’entreprise suit de près les niveaux de mercure de ses réservoirs en le comparant à ceux des milieux naturels – le mercure est naturellement présent dans tous les milieux aquatiques et tend à se concentrer diversement selon les espèces.

Hydro a recueilli des dizaines de milliers d’échantillons prélevés sur des cheveux humains, mais aussi sur la faune, surtout les poissons. « À notre connaissance, il n’y a pas eu de cas d’intoxication au mercure causé par la consommation de poisson au Québec, dit Anne-Marie Prud’homme. Les plus fortes concentrations mesurées l’ont été chez un pêcheur, grand mangeur de poisson provenant non pas d’un réservoir mais d’un lac naturel. La concentration respectait les milieux sécuritaires. »

Quant à la faune, le portrait est nuancé et dépend des espèces en cause autant que de la géographie de chaque installation. Inexorablement, la construction d’un barrage et le remplissage d’un réservoir forcent la réorganisation de l’habitat environnant, en favorisant la prolifération ou la raréfaction de certaines espèces. De nos jours, les barrages sont gérés pour tenir compte des espèces qui vivent en amont, en aval et autour. Oui, certaines espèces en arrachent plus que d’autres, mais les bilans environnementaux – et même les bilans de bilans – qui représentent des dizaines de milliers de pages d’études chaque année montrent que l’impact des installations hydroélectriques sur la biodiversité est globalement nul.

Outre l’empreinte physique des installations, les conditions d’exploitation sont également étroitement surveillées. Bien sûr, le but du barrage est la production de l’électricité, mais cette production ne se fait jamais au détriment de la sécurité des installations, ni de celle des riverains, ni de la navigation, ni de la préservation de l’environnement. Affaire de bon sens, certes, mais nombre de lois et de traités viennent réguler les conditions d’exploitation des barrages. Les biologistes, par exemple, ont leur mot à dire dans la gestion des espèces de poissons, dont certaines tolèrent de forts débits à une saison et moins à d’autres, surtout en période de frai. Selon les moments de l’année, la production des barrages doit être ralentie pour laisser passer les espèces animales ou faciliter leurs déplacements. Sur la rivière Rupert, dont une large part du débit est dirigée vers la Grande, au nord, Hydro-Québec et la communauté crie ont convenu d’une procédure pour simuler les variations naturelles du débit. Le débit de la Rupert au barrage est de 127 mètres cubes par seconde. Pour simuler la crue du printemps, Hydro-Québec l’augmente à 416 m3/s pendant 45 jours au printemps et encore à 267 en octobre pendant 20 à 30 jours. On a également investi quelques centaines de millions $ pour aménager des digues et implanter des obstacles afin de recréer les rapides, malgré la réduction du débit.

Les lignes électriques ont quant à elles un effet plus nuancé qu’on serait porté à le croire : elles favoriseraient la prolifération de certaines espèces de mammifères. Quant à évaluer l’effet d’une ligne sur le paysage, c’est moins un problème de sciences de l’environnement que d’acceptabilité sociale propre aux zones habitées.

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5 commentaires
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Oui ça existe les énergies propres, les plantes le savent

Soyons plus brillant que les piments qui utilisent 4 fois plus d’énergie que toute l’humanité entière et c’est gratuit.

Moi aussi j’aime l’hydroélectricité, et je contribue à notre économie avec mon VE, mais je me méfie de ces comparaisons.

C’est très troublant de laisser des experts comme Lanoue et Mousseau sous-entendre que le solaire et l’éolien auraient leur lot de GES et qu’elles ont besoin de fossile pour les soutenir, ouf c’est suffocant.

Ceci relève d’une idéologie basée sur le baril de pétrole encore une fois, et encore une fois CIRAIG qui nous a déjà vomit ce rapport qui est sur toutes les lèvres des médias sans scrupule et même ceux qui font la promotion des VE, à savoir qu’un VE pourrait polluer autant qu’une bagnole à fossile, c’est encore un enfumage des Marchands de doute.

Comme toujours, les Marchands de doute sont toujours empressés d’opposer des solutions d’énergie de flux comme le soleil et le vent pour ne pas trop déranger le statu quo et de camoufler le vrai problème le plus longtemps possible, le temps de faire encore une ‘couple de piastres’ à la pompe à fric.

Il reste encore trop de dinosaures au Canada qui ont dû être tirés par les cheveux pour devenir membre de IRENA (après 154 autres pays).

Continuez comme ça et les gens vont recommencer à croire que la terre est plate.

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Si vous avez des calculs différents de ceux du CIRAIG, on aimerait les regarder.

L’impact environnemental des projets d’Hydro-Québec me préoccupe en effet beaucoup moins que celui de plusieurs entreprises qu’elle dessert et qui elles ont un impact désastreux sur notre environnement. Nous aussi, consommateurs, sommes à la source de la dérèglementation climatique par notre utilisation à outrance de cette énergie propre, peu coûteuse et abondante. Ce n’est donc pas parce que l’énergie est propre que nous le sommes aussi… Une femme en guerre ?

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Messieurs Lanoue et Mousseau
Si jamais vous voyez un panneau solaire, une éolienne ou une Tesla faire des GES il faut m’avertir, je veux voir ça!

Pourquoi faites vous de l’enchère sur le cycle de vie des énergies propres
alors que pour le veau d’or du baril de pétrole il faut se limiter et
ne pas tenir compte des effets de destruction massive en amount et en aval des hydrocarbures?

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