Branchés sur Granby

Le monde s’est écroulé pour les 15 employés de CHEF-AM 1450, à Granby, un matin de la mi-janvier 1996. « La direction nous a réunis pour nous dire que la station n’était plus viable. Et devant nos yeux, ils l’ont débranchée », raconte Johanne Leclerc, entrée à CHEF-AM en 1969.

Photo : Robiart

Elle ne s’est cependant pas apitoyée longtemps sur son sort : cinq collègues et elle ont décidé de recréer leurs emplois perdus. Et l’année suivante naissait CFXM-FM (M105). « Nos concur­rents ne nous donnaient pas deux ans, souligne Dominique Dion, journaliste de 58 ans. Mais ça fait maintenant 15 années que nous sommes en ondes ! »

Pourtant, M105 n’appartient pas à un grand réseau, comme Astral ou Cogeco. Cette station de radio indépendante, coopérative, vit grâce à l’information locale, avec le soutien des organismes et des annonceurs de la région de Granby. Et elle va plutôt bien, merci, malgré la vive concurrence des stations de Montréal et de Sherbrooke.

Pour beaucoup de gens, une coopérative est une solution temporaire et bancale à un plan d’affaires capitaliste qui a échoué. Les échecs – comme celui de Tricofil, à Saint-Jérôme, au tournant des années 1980 – ont plus de retentissement que les succès. Et si CHEF-AM, qui était la propriété de Power Corporation, ne rentrait pas dans ses frais, comment une petite coop pouvait-elle espérer faire mieux ?

Les débuts n’ont pas été faciles. La CSN, syndicat dont étaient (et sont encore) membres les employés, a payé les services de conseillers. Il fallait notamment décrocher une licence du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, raconte Johanne Leclerc, comptable de 61 ans. Les six fondateurs ont injecté 6 000 dollars chacun dans le capital de départ, auquel se sont ajoutés 15 000 dollars gagnés dans un concours (aujourd’hui le Concours québécois en entrepreneuriat). Subventions et prêts divers ont comblé le reste.

La station M105 est entrée en ondes le 15 août 1997. La crise du verglas est survenue le mois de janvier suivant. « Cet événement nous a mis au monde, affirme le directeur général, Guy Laporte, 51 ans. M105 est devenue un service essentiel. Nous étions les seuls à savoir où on pouvait trouver une génératrice à Granby. »

La station est numéro un dans son marché, selon BBM, et fait des profits depuis 10 ans, dit Guy Laporte. Une partie des trop-perçus sont distribués aux membres de la coop sous forme de ristournes, qui peuvent atteindre quelques milliers de dollars certaines années.

La coop compte 13 membres : des animateurs, des journalistes et du personnel administratif. La station emploie quelques personnes de plus, des membres dits « auxiliaires ». Ils le sont tant qu’ils n’ont pas fini de verser les 4 770 dollars requis pour obtenir une « part de qualifi­cation » de la coop, qui donne droit de vote aux assemblées.

La structure coopérative comporte sa part d’embûches. L’assemblée des membres décide des orientations et élit le conseil d’administration, formé de quatre coopérants et d’une personne de l’extérieur, qui gère les affaires. « Il arrive qu’il y ait une certaine confusion entre les divers mandats, reconnaît Guy Laporte. Parfois, il faut se demander quelle casquette on porte. » Celle de propriétaire de la coop ? De patron de la station ? D’employé ? De syndiqué ?

La nature coopérative permet cependant de traverser des périodes difficiles. Récession, crise des médias, M105 n’a pas été épargnée. Toutefois, sa survie n’a jamais été menacée, assure le directeur général. Les membres de la coop con­naissent les états finan­ciers. Certaines dépenses ont été reportées, des hausses salariales retardées. Après tout, le but est de fournir des emplois aux membres, pas de les supprimer.

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