Budget du Québec : une solution simple

Le Québec n’est plus surendetté comme autrefois. Mais nous avons encore besoin d’une règle simple et transparente de déficit zéro qui continue d’assurer la soutenabilité des finances publiques et nous aide même à aller plus loin.

Photo : Daphné Caron

La priorité de l’action gouvernementale est présentement de sortir l’économie de la récession engendrée par la crise sanitaire et de la faire fonctionner de nouveau à son plein potentiel le plus vite possible.  Les récessions entraînent des pertes énormes pour l’économie et l’emploi. Le soutien des dépenses fédérales et provinciales à la reprise est indispensable et le restera encore pendant quelques années.

La mise à jour économique et financière présentée en novembre dernier par le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, prévoit que la hausse des dépenses courantes et la lenteur des rentrées fiscales vont le laisser avec un déficit de sept milliards plutôt qu’avec un budget équilibré en 2022. On ne peut que constater la vive tension entre l’absolue nécessité de dépenser pour appuyer la reprise économique et le désir du ministre d’assurer le retour à l’équilibre budgétaire d’ici 2025. En conséquence, il s’est dit prêt à revoir les lois budgétaires, mais à condition que les principes de l’équilibre budgétaire et de la réduction du poids de la dette soient conservés comme bases de la gestion financière du Québec.

Il voit juste. Mais pour trouver une voie praticable, il faut d’abord reconnaître le chemin parcouru depuis 25 ans par le Québec. À cette fin, le graphique trace l’évolution du service de la dette depuis 1970, c’est-à-dire les intérêts à payer sur la dette chaque année (la dette elle-même ne fait pas partie du budget, mais le service de la dette, oui).

On constate qu’après avoir connu une ascension quasi continuelle de 1974 à 1994, le poids du service de la dette du Québec n’a pas cessé de diminuer de 1995 à aujourd’hui. À 1,6 % du PIB en 2019, il était près de trois fois moins lourd qu’à 4,4 % en 1994. Cela est dû, aux trois quarts, à une baisse mondiale des taux d’intérêt résultant de tendances lourdes qui ne s’inverseront pas de sitôt ; et, au quart, à nos propres efforts de réduction de la dette.

Ces facteurs ont donc soulagé le Québec de son lourd service de la dette du milieu des années 1990. Le budget du Québec est redevenu financièrement soutenable. Le graphique montre d’ailleurs que la crise pandémique actuelle fera augmenter le service de la dette de moins de 0,2 % du PIB de 2019 à 2022. Au Canada, le Québec est maintenant moins endetté que l’Ontario ; sur le plan international, moins que la moyenne pondérée des pays avancés de l’OCDE.

Maintenant que le problème du surendettement québécois s’est dissipé, le nouveau défi consiste à maintenir les acquis. Une façon de le faire serait de revenir tout simplement au déficit zéro pour le solde budgétaire de base du gouvernement, comme on l’a fait avec succès de 1996 à 2006. Depuis 10 ans, sous l’empire de la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, le gouvernement a plutôt dû viser un surplus qui est ensuite obligatoirement déposé au Fonds des générations.

Il importe de conserver une norme de déficit zéro pour affermir l’acceptabilité sociale de la prudence budgétaire, soumettre les élus à une règle de bonne conduite, rassurer les agences de notation et maintenir la crédibilité financière du Québec auprès des prêteurs.

En temps de récession, on continuerait de permettre des déficits budgétaires jusqu’à ce que la reprise soit bien engagée. En temps de croissance, la règle de déficit zéro assurerait une réduction douce du rapport dette-PIB, puisque ce rapport diminuerait tout simplement au rythme où le PIB augmenterait.

Certains poussent le zèle financier jusqu’à demander qu’on prescrive des règles supplémentaires qui limiteraient la croissance des investissements publics en infrastructure. Ce n’est pas une bonne idée. Ce serait particulièrement néfaste à une époque où il est urgent de relancer l’économie, de combler le grave retard accumulé dans le maintien des actifs routiers, scolaires et autres, et de promouvoir la productivité et le verdissement de l’économie.

Sous la règle de déficit zéro proposée, il n’y aurait plus de surplus budgétaire à déposer obligatoirement au Fonds des générations. Lorsque des surplus feraient leur apparition, le gouvernement resterait quand même libre de les verser au Fonds pour en tirer de bons rendements financiers.

Les temps ont changé. Le Québec n’est plus surendetté comme autrefois. Néanmoins, nous avons encore besoin d’une règle simple et transparente de déficit zéro qui continue d’assurer la soutenabilité des finances publiques et nous aide même à aller plus loin. Mais en douceur et sans soubresaut.

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Budget du Québec : une solution simple
Croisons les doigts pour que les solutions « simples » soient adoptées!
Merci pour cet éclairage!

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« Il importe de conserver une norme de déficit zéro pour affermir l’acceptabilité sociale de la prudence budgétaire, soumettre les élus à une règle de bonne conduite, rassurer les agences de notation et maintenir la crédibilité financière du Québec auprès des prêteurs. » — Pierre Fortin

Que diantre ! Importe-t-il don’ tant ?

Hélas voici une solution qui pourrait s’avérer plus simpliste qu’elle n’est simple, laquelle consiste à reprendre les bonnes vieilles habitudes avec quelques aménagements. Vieilles bonnes habitudes qui ont conduit au marasme actuel, dont on ne sait toujours pas comment nous nous sortirons (effets à long terme) malgré les promesses de vaccination. Nombre de personnes qui ne se relèveront pas.

Ne serait-il pas plus sage de financer des postes partout où il convient, partout où les ressources manquent, d’assurer le contrôle de qualité, tout en profitant des bas taux d’intérêts qui par une croissance soutenue restent à notre portée ?

Ce qui importe, n’est-ce pas de soutenir la croissance avant tout ? Viser et planifier pour les trente prochaines années. Croissance du PIB, maintient d’un ratio dette-PIB stable et cohérent, croissance de nos exportations, croissance de la population, politique familiale, accroissement des naissances pour compenser le vieillissement inexorable de la population, promotion du civisme et des bonnes habitudes de vie, prévention, investissements conséquents qui ne sont soutenables qu’avec une main-d’œuvre bien formée, en santé et en abondance. Et-cetera…. Cela qui plus est, est favorable au déploiement des capitaux. Il y a des investisseurs et des liquidités.

Et si nous ne faisons pas ça ? Nous irons une fois de plus vers de nouvelles crises sans fins. Probablement finalement nous frapperons un mur. Mais nous sommes libres bien sûr de choisir un destin… toujours aussi tragique, en tant que nation.

À qui cela sert-il de vouloir faire paraître un État vertueux si fondamentalement il ne l’est finalement pas ? Dépensons donc plutôt toujours à bon escient au bénéfice de toute la population.

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C’est déroutant de lire un économiste se faire piéger par la rhétorique du déficit zéro. Dans une économie monétaire avancée comme la nôtre, il doit y avoir au moins un secteur de l’économie qui dépense plus qu’il ne reçoit. Si les agents économiques d’une économie ne dépensent que ce qu’ils reçoivent comme revenus, alors au mieux, cette économie restera bloquée dans un état stationnaire, sans croissance. Certains groupes épargnent, ils peuvent en fait vouloir dépenser moins que le total de leurs revenus, il doit donc y avoir un autre secteur qui doit dépenser plus que ce qu’il reçoit pour maintenir la croissance des dépenses dans une économie. Comment peut-on envisager la croissance dans une économie où le secteur privé et le secteur public refusent de dépenser plus que leurs recettes, refusant ainsi de faire des déficits ?

Supposons que l’économie soit regroupée en deux très grands secteurs, à savoir le secteur privé (les ménages, les entreprises, les banques) et le secteur public, tout en faisant abstraction pour l’instant du comportement des étrangers (qui peuvent être d’autres provinces) en matière de dépenses nettes. Dans cette économie, si, par exemple, le secteur public dépense plus qu’il ne reçoit (c’est-à-dire une situation dans laquelle le secteur public est déficitaire), alors le secteur privé se retrouvera à recevoir plus qu’il ne dépense, c’est-à-dire qu’il constituera une épargne qui permettra aux agents privés de se désendetter s’ils sont endettés. Si nous ajoutons les étrangers qui sont prêts à acheter plus de nos marchandises que nous n’achetons les leurs, alors les exportations nettes positives accentuerons encore ce désendettement du secteur privé. Si, en revanche, le secteur public commence à dégager des excédents, cela détruira l’épargne privée et augmentera l’endettement des ménages. Une politique visant à dégager des excédents budgétaires ne fera rien d’autre que déstabiliser davantage le secteur privé en empêchant les ménages de se désendetter grâce à une épargne accrue par le biais d’une croissance des revenus plus élevée. Pourquoi le gouvernement voudrait-il empêcher les ménages privés de se désendetter ? Il y a quelque chose de particulièrement pernicieux dans cette proposition de politique fiscale qui vise à réaliser des excédents budgétaires en grande partie sur le dos du secteur des ménages. Il n’y a rien de sain dans une politique dont l’effet réel sera de déstabiliser les finances du secteur privé.

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