Budget – Les rêves en couleurs et la réalité grise

Une seule raison explique pourquoi les visions libérales de l’avenir exprimées dans le budget Leitao ne sont pas réalistes : le vieillissement de la population, dit Alexis Gagné, analyste stratégique à la Fondation Chagnon.

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Depuis la sortie du dernier budget, j’ai la distincte impression que pas mal tout le monde rêve en couleurs.

Les groupes de pression croient que nous pouvons continuer dans la même direction, avec des taux de croissance des dépenses plus élevés que ceux des revenus, pour toujours.

François Legault avance que si nous redonnons 450 dollars, ou 300 dollars, ou 1 000 dollars (il a changé de montants assez souvent) à toutes les familles, leurs dépenses supplémentaires relanceront à ce point l’économie que tous nos problèmes seront réglés. C’est ce que George Bush père appelait «Voodoo Economics». Ça n’a définitivement pas marché pour Reagan ou pour son fils, dont les règnes ont été accompagnés de hausses impressionnantes de la dette américaine.

Mais, plusieurs me diront, le gouvernement libéral est austère (sans l’exprimer, évidemment), et nous disons les vraies affaires.

Non. Monsieur Leitao a entamé des efforts importants avec son budget 2014-2015 et il parle d’en faire encore plus l’an prochain, mais lui aussi rêve en couleurs.

Premièrement, il rêve presque certainement en pensant qu’il réussira à restreindre la croissance des dépenses de programmes à seulement 0,7 %. Cela demanderait un courage budgétaire quasiment jamais vu dans l’histoire du Québec.

Deuxièmement, il fabule en parlant déjà de surplus en 2016-2017, lesquels iront, de parts égales, à des réductions d’impôts et au remboursement de la dette.

Une seule raison explique pourquoi ces deux visions libérales de l’avenir ne sont pas réalistes : le vieillissement de la population.

Ce vieillissement est la raison pour laquelle le déficit est structurel. Deux citations tirées du plan budgétaire de Carlos Leitao illustrent bien notre problème :

«Selon les prévisions, la part des personnes de 65 ans et plus devrait passer de 17 à 24,5 % entre 2014 et 2030.»

«La population de 15 à 64 ans devrait décroître en moyenne de 0,2 % par année.»

Le vieillissement rapide de la population du Québec fera augmenter les dépenses de programmes — surtout en santé —, et la décroissance de la population active fera grandement réduire la croissance des revenus.

Cet effet structurel sera de plus en plus fort dans les 15 prochaines années. Ainsi, même si le gouvernement libéral réussit son «plan de relance économique» en trouvant des économies budgétaires de 3,3 milliards cette année et de 6,4 milliards l’an prochain, le problème ne sera en rien réglé.

Cela ne veut pas dire que les efforts entamés ne sont pas importants : ils ne sont simplement pas suffisants.

La mise sur pied de la commission sur la fiscalité et de la commission sur la révision permanente des programmes est particulièrement louable. Cette seconde commission aura d’ailleurs tout un travail à faire.

Le gouvernement lui a commandé, dans ce budget, de trouver 3,3 milliards d’économies pour l’an prochain. Les personnes choisies pour siéger à cette commission devront avoir un courage de matador pour faire face à cette tâche et obtenir le respect de tous, sans quoi les solutions amenées ne seront pas acceptées.

Il faut, par contre, bien cerner le problème pour bien le régler. Les mesures à court terme, comme piger dans les surplus des CPE ou couper dans les programmes d’insertion professionnelle, sont à éviter.

Il faut préconiser les mesures à long terme, surtout celles qui s’attaquent au vrai problème : celui du vieillissement.

De ce côté, il ne faut pas ignorer le côté «revenus» de l’équation. Par exemple, nous pourrions stimuler les revenus de l’État à long terme sans augmenter les impôts en suggérant des mesures incitatives aux 55 ans et plus pour les encourager à rester sur le marché du travail.

La réalité grise est telle que si les Québécois ne commencent pas bientôt à prolonger leur carrière de quelques années et qu’ils ne trouvent pas des façons innovatrices d’offrir les services de l’État pour moins cher, nous ne sortirons pas de l’impasse budgétaire dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. Dans cette réalité grise, tout le monde sortira le portefeuille, mais surtout les prochaines générations.

* * *

Alexis Gagné est analyste stratégique à la Fondation Chagnon, qui vise à prévenir la pauvreté en misant sur la réussite éducative des enfants du Québec. Les opinions exprimées ici sont purement les siennes.

 

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10 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Il ne faut quand même pas oublier que les retraités aussi participent à l’économie.
Les retraités paient des taxes foncières et scolaires, les retraités bouffent à la maison et dans les restaurants et les retraités font du bénévolat…ect.
Les retraités n’encombrent pas inutilement les salles d’urgence, trop occupés à vivre pleinement.
Les retraités « dépensent » et font, eux aussi, rouler l’économie et ce après une bonne quarantaine d’années de dur labeur.
Tout cela en continuant à payer leurs impôts car même la rente RRQ est imposable !

Monsieur Bourget… je vous aime!! euh! je veux dire votre commentaire. On remet toujours tout sur le dos des retraités.. merci, alors

« Le vieillissement rapide de la population du Québec fera augmenter les dépenses de programmes — surtout en santé —, et la décroissance de la population active fera grandement réduire la croissance des revenus. »

Pas nécessairement. Si la productivité augmente,les salaires vont augmenter et vont suivre les revenus pour l’État
D »autre part, les retraités continuent à consommer, surtout qu’ils ont de l’argent. Les nouveaux vieux sont riches contrairement aux anciens vieux qui étaient pauvres
Enfin, c’est quoi cette panique sur les 24% de vieux en 2030. Le Japon est rendu là! Et l’Allemagne y sera dans quelques années. On parle de la 3e et 4e puissance industrielle du monde.

Merci! Je vais un lien, un peu rapide peut-être, avec l’article consacré au droit de mourir dans la dignité. Quand j’ai écrit mon livre Cap sur la retraite, j’aoi fait un inventaire des raisons pour lesquelles les personnes âgées se suicident (plus nombreuses qu’on ne le croit, mais qui y accorde vraiment de l’importance?): L’impression de déranger et d’en demander trop, l’impression de ne plus exister aux yeux des autres, la maltraitance et l’indifférence, la détresse et la dépression, l’absence de personnes à qui se confier, les pertes graduelles qui accompagnent le vieillissement. On reproche aussi tant de choses aux retraités… Il y a même un auteur qui a écrit un livre: les babyboomers vont bien finir par crever!!! Alors, en voyant ces deux commentaires positifs, j’ai de quoi me réjouir. Merci!

Désolée pour les deux coquilles… Je ne vois pas comment corriger mon texte. Au début je voulais écrire: je FAIS un lien…

Il n’y a jamais eu de budget politique réaliste. Même les libéraux ne peuvent, pour des raisons électorales, dirent les choses telles qu’elles sont.

Le budget ne tient sans doute pas suffisamment compte ni du vieillissement de la population ni de notre mauvais manière de choisir nos immigrants, avec comme conséquence de nombreux immigrants Africains dont le taux de chômage est presque le double des immigrants latino-américains ou asiatiques.

Le constat est pénible et malheureusement réaliste et je pense que le problème est surtout du côté des revenus, de la croissance effectivement exacerbé par la démographie.

Oui il faudrait encourager les gens à travailler plus longtemps, le dernier budget contient des mesures à cet effet, comme l’arrêt du fractionnement des revenus pour les retraités de moins de 65 ans. Mais ce sont des mesure punitives, on utilise le baton au lieu de la carrote, comme d’habitude au Québec tout problème se règle par les taxes!

Ça ne fonctionnera pas, attaquer les « riches » qu’ils soient retraités ou pas sera dorénavant contre productif. Pour réussir à sortir de marasme il faut faire en sorte que ce soit avantageux de travailler et d’être riche au Québec, mais nous en sommes si loin comment ne pas être pessimiste?

Il est très louable de vouloir la réduction des dépenses et faisable , tout ca dépend du courage politique .
On arrête pas d’écoeurer tout le monde avec cette aspect du vieillissement de la population qui soit dit en passant arrive dans tout les pays et que ceux ci s’ajuste selon leurs habileté de gestion , pas de doute que les Québécois gâté auront un réveil brutal , plus on retarde plus ce sera pénible .
Plusieurs mesure s’impose , Réduction de l’appareil de l’état et des avantages reliés au fonctionnarisme , réduction des programmes qui ne sont pas nécessaire, Augmentation mesurable de la productivité

Vite, des cours de maths dans nos écoles pour éviter que nos jeunes ne fassent les mêmes erreurs.

Vous voulez une retraite de millionnaire à l’abri de toute commotion que le marché pourrait avoir?

Devenez pompier, policier ou employé municipal et le tour sera joué!!!