C-Series: atterrissage d’urgence?

Bombardier n’a pas vendu un seul appareil C-Series depuis plus d’un an, alors que ses concurrents Airbus et Boeing en vendent des milliers.

Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La Presse Canadienne

Blogue Economie

Le 29 octobre. Retenez cette date, car elle est peut-être plus importante pour le Québec que l’élection fédérale qui se tiendra 10 jours plus tôt.

Bombardier, le plus grand groupe industriel canadien, doit dévoiler très tôt ce jour-là ses plus récents résultats financiers, et l’on craint que les nouvelles ne soient mauvaises. Très mauvaises.

L’annonce de discussions infructueuses entre Bombardier et Airbus au sujet d’un éventuel partenariat a provoqué des remous en Bourse mardi et mercredi et suscité d’énormes inquiétudes sur l’avenir de la C-Series, le plus important projet industriel lancé par une société québécoise. Ces discussions témoignent de l’ampleur du problème et de la situation de crise qui semble prévaloir chez Bombardier.

Il faut se rendre à l’évidence: la C-Series ne décolle pas. Bombardier n’a pas vendu un seul appareil depuis plus d’un an, alors que ses concurrents Airbus et Boeing en vendent des milliers. Selon Moody’s, Bombardier aurait investi jusqu’à maintenant 6 milliards de dollars américains — dont près de 30% proviennent des gouvernements canadien, québécois et britannique — dans ce projet qui draine toutes ses ressources financières.

À ce rythme, Bombardier pourrait se retrouver à court de liquidités dès la mi-2016. L’entreprise aurait donc tenté le tout pour le tout et aurait offert à Airbus de reprendre le programme au vol et de le faire sien, Bombardier ne conservant qu’une participation minoritaire. Ce projet a échoué. Peut-être qu’un autre avionneur, chinois, japonais ou brésilien pourrait se montrer intéressé? Bombardier aurait entrepris des démarches, infructueuses selon le spécialiste Richard Aboulafia.

Le gouvernement libéral serait prêt à répondre à l’appel de détresse de Bombardier s’il se faisait entendre, Pierre Karl Péladeau parle d’une aide rapide pour éviter la vente à un groupe concurrent et François Legault envisage même une nationalisation provisoire.

Bombardier, ce n’est pas que des avions. Le groupe est un des plus grands fabricants mondiaux de métros, TGV, trains légers et autres véhicules de transport sur rail. Ses dirigeants envisageraient de vendre une partie de la division Transport qui serait inscrite en Bourse, en Europe, là où est son principal marché. Elle pourrait appliquer une recette similaire pour ses avions d’affaires ou sa division d’aérostructures et d’ingénierie.

Bombardier a besoin de milliards de dollars pour soutenir ses projets en cours et assurer sa viabilité. Elle accuse déjà une dette à long terme de 9 milliards de dollars.

Tout est donc sur la table. Je soupçonne même que des scénarios impliquant la suspension ou l’abandon du programme C-Series sont étudiés. Le groupe Teal, spécialisé dans l’analyse du marché aéronautique, pense que le projet sera carrément abandonné.

Mais l’on sait que le statu quo conduit inexorablement au crash, à moins que des ventes aussi substantielles qu’inattendues d’appareils de la C-Series soient prochainement conclues.

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J’aimerais apporter une petite précision sur le sujet car plusieurs médias annoncent que les discussions de Bombardier avec Airbus ont été rompues. Ce n’est pas ce que dit le « Globe & Mail » qui dit plutôt que Bombardier resterait ouvert à de nouvelles discussions avec Airbus Group en vue d’une participation dans son programme de la CSeries.

Le fait qu’Airbus ait démontré un intérêt certain pour cet avion, démontre que c’est une réussite qu’il faut mettre à l’actif de Bombardier. Comme cela démontre — une observation que j’exprimais sur ce blogue depuis plus d’une année -, que Bombardier a besoin d’un partenaire pour compléter cette série et faire décoller commercialement ces avions.

Il est donc plus sage ici, de parler de négociations préliminaires entre ces deux avionneurs que d’une rupture au sens stricte du terme.

Bombardier a sur divers projets déjà développé des co-entreprises avec succès. Pour moi, le CSeries — compte-tenu de l’importance des investissements — a tout à gagner d’envisager cette éventualité puisque cela place cette entreprise comme un incontournable parmi les grands pour ses talents en ingénierie.

Ce qui n’est pas une surprise non plus, c’est que Bombardier est encore confronté à des problèmes de liquidités. Une opportunité à prendre compte tenu de la valeur de l’action pour consolider sa participation de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Que cet avion soit à la fine pointe et un porteur futur, cela est indiscutable. Loin de moi, l’idée de mettre en doute la compétence de ses créateurs. Mon propos portera surtout sur le volet stratégique de ce projet. Quelques questions demandent réponses:
1- Savions-nous que le positionnement de cet appareil était en plein cœur du Boeing 737 et du Airbus 320 ?
(note historique :Le Général Macarthur, vainqueur du Pacifique a utilisé la tactique du ‘frappez là où l’ennemi ne nous attend pas’
2- Quels clients avons-nous ciblé ?
3- Quels sont les coûts d’introduction, de mise en opération et d’entretien que ces clients doivent envisager? (le coût d’achat de base étant du leasing)
4- Cet avion pourrait être produit en version militaire

La première partie de mon commentaire s’est envolée malgré moi. Je persiste donc et signe.

Donc, pour la suite de mon premier commentaire:
– Au regard des chiffres publiés dans votre article, il est clair qu’il y a eu de sérieuses dérives financières qui risquent fort de nous faire revivre le cauchemar AVRO du début des années 60. ( note: oublions l’aveuglement politique, cet avion aurait nécessité un minimum de 1 milliard de dollars de l’époque pour le doter d’un système d’armement adapté.)
– Si le projet est ‘canné’ , où irons nos merveilleux techniciens et la connaissance acquise à grands frais pour les contribuables québécois?
– Finalement, lequel des grands avionneurs œuvre dans les coulisses du pouvoir afin de s’accaparer, pour une bouchée de pain, le fruit de nos efforts?

Merci

Calmer vous le pompon!Bombardier joue la plus belle stratégie commerciale !(du déjà vue)
Savez vous que les employés de bombardier de Montréal (4500 membres)non plus de contrat de travail depuis Novembre 2014 et il négocie présentement ,penser vous que c’est dans leur avantage de ne pas divulguer les commandes du C séries , je pense que poser la question c’est di répondre et en plus les rumeurs s’intensifie puisqu’il doit ce rencontrer (les employés)le 1 novembre !
Pour sûrement un mandat de grève!!!!!
Donc il n’a pas de panique et tous vas revenir a la normal ensuite !
Des contrats il en ont !!!!!

L’histoire est jonchée de cadavres d’industriels qui ont échoué dans leur tentatives de conquérir des marchés, à cet égard BBD n’a rien de vraiment exceptionnel. Même un produit de qualité n’est pas gage de succès, de ça les exemples ne manquent pas non plus.

Ce qui est un peu surprenant par contre c’est que ça arrive à une entreprise déjà bien établie et active dans plusieurs domaines, surprenant qu’on en soit venu apparemment à miser l’avenir de la compagnie sur ce seul projet pour le moins risqué. Est-ce à dire que le reste des activités ne semblaient pas viables? Est-ce une erreur de gestion? Possible que la compétition soit trop forte, il y a aussi le fait que BBD n’est pas appuyé par un grand bloc économique comme l’Europe, les USA, mais ce n’est pas nouveau alors se pourrait-il aussi que cette entreprise soit tout simplement mal gérée? Comment imaginer qu’une compagnie comme BBD puisse rester viable sans refonte majeure?

Je pense qu’on a maintenant dépassé le stade où une simple recapitalisation avec de l’argent public pourra permettre à BBD de retrouver la voie de la rentabilité. Il me semble que le fait BBD soit allé parler partenariat avec Airbus démontre à quel point la situation est désespérée. A ce stade investisseurs et clients potentiels ont perdu confiance et préféreront surement attendre avant de se commettre ou alors il faudra leur faire de très beaux cadeaux mais la concurrence a les reins pas mal plus solides pour jouer à ce petit jeu… Or le temps joue contre BBD…

Non rendu là quelque chose doit réellement changer, pour survivre probablement que BBD devra fusionner avec un autre ou être acheté (ce qui aurait probablement dû être fait bien avant mais impossible notamment à cause de la structure d’actionnariat), c’est sans doute ce que voudront ses actionnaires pour sauver un peu de leur mise, ce sont quand même eux les propriétaires et ils ont le droit de protéger leur investissement même s’il est vrai que les gouvernements qui ont beaucoup contribué réclameront voix au chapitre.

Du point de vue du gouvernement l’objectif est de sauver les meubles, c’est-à-dire de s’assurer que l’activité économique régionale soit le moins possible affectée par les déboires de BDD, je peux par exemple imaginer une implication financière en échange d’une promesse de conserver un certain nombre d’emplois/activités à Montréal. Mais sans plus, il y a des limites à risquer l’argent et les retraites des contribuables.

— Pour le bénéfice des internautes :

Peut-être conviendrait-il de préciser que toute l’industrie aéronautique travaille de concert pour définir les normes en matière d’aviation, en particulier les normes environnementales. De telle sorte que les avionneurs, les fournisseurs de ces avionneurs et les compagnies aériennes sont en contact direct continuellement.

Au sein entre autre de l’ATAG (Air Transport Action Group).

Il convient d’ajouter que l’industrie du transport est actuellement en cours de restructuration… pas seulement l’aéronautique.

Embraer et Boeing ont ouvert récemment un centre de recherches commun. Il se crée une synergie profitable pour de plus petits avionneurs qui travaillent avec les plus grands. Cette synergie est importante pour faire progresser l’aviation, alors qu’elle est essentielle pour les compagnies aériennes qui doivent faire face aux coûts de maintenance. — Ainsi une flotte aérienne a intérêt à pouvoir être maintenue au même endroit tous appareils confondus.

À ce titre les discussions de Bombardier avec Airbus n’ont absolument rien de désespérées. C’est tout le contraire. Airbus apprécie les solutions innovantes de Bombardier. La question est de trouver la formule la plus adaptée pour collaborer de façon fructueuse.

Les appareils de la CSeries devraient avoir passé tous les tests d’homologation d’ici quelques semaines. À ce stade la production peut commencer, la question posée, c’est seulement d’offrir des solutions clef-en-main aux compagnies qui souhaitent compléter leur flotte avec des CSeries tout en conservant des liens solides avec leurs autres fournisseurs. Les questions des délais de livraison et une certaine optimisation des coûts de production peuvent aussi être un élément déterminant dans le futur plan d’affaire.

Je pense que les dirigeants de Bombardier sont actuellement en mode solutions.