C2-MTL: Les nouvelles clés pour les entreprises: le développement durable, la confiance… et les femmes

Parmi les tendances qui émergent à une conférence d’affaires comme C2-MTL, qui se tient à Montréal ces jours-ci il y a celle-ci: tout ce qui est lié au développement durable semble être devenu, pour les entreprises, une évidence. Le sujet finit toujours par être abordé, par presque tous les conférenciers, même quand ce n’est pas forcément le sujet central de leur intervention.

imageCe n’est sans doute pas pour rien que, parmi les 10 entreprises gagnantes à son concours « Questions commerciales cherchent réponses créatives » C2-MTL ait choisi les Fermes Lufa pour faire une présentation. L’entreprise, lancée par le Montréalais d’origine libanaise Mohammed Hage, a implanté une idée tout à fait dans l’air du temps : elle utilise, dans les villes les toits de vastes édifices comme des industries et des entrepôts, pour y faire de la culture de légumes, dans des serres.

Il a aussi développé des partenariats avec des fermiers de la région, pour compléter son offre. Tout le monde y gagne : la clientèle montréalaise peut se procurer, dans 100 points à Montréal, des légumes cultivés « bio », pour lesquels on a minimisé le transport et la pollution; on a aussi minimisé les coûts en énergie, en utilisant celle qui sert déjà à chauffer les édifices. Quant aux propriétaires des édifices, la présence des serres sur le toit leur permet de réduire leur coût de chauffage.

Mais au début, le concept était loin d’être une évidence : « Le premier à qui j’en ai parlé m’a dit : ‘Quoi? Avoir des tracteurs sur mon toit? Des vaches, peut-être? Pas question!’ », racontait Mohammed Hage devant l’auditoire de C2-MTL. Les contigences techniques n’étaient pas rien non plus : « Les ingénieurs ont passé leur temps à me dire que tout ça était impossible. Heureusement, j’ai fini par rencontrer un architecte. Ils sont très différents… » Il projette d’avoir 200 points de distribution pour les Fermes Lufa d’ici la fin de l’année, et de s’implanter dans deux nouvelles villes d’ici la fin de 2014.

​John Mackey, patron de Whole Foods Markets, chaîne d’aliments «bio» immensément populaire, qui parlait peu après, était un des conférenciers attendus de la journée. L’essentiel de son propos n’a toutefois pas porté sur l’offre alimentaire ou l’agriculture durable, mais bien sur l’importance de la culture d’entreprise. C’est le sujet du récent livre qu’il a co-écrit, intitulé Conscious Capitalism. Et il a détaillé les bases de ce qui, selon lui, est devenu indispensable au succès d’une entreprise.

«Les entreprises doivent être là pas seulement pour faire de l’argent, mais pour créer de la valeur. Et pas seulement pour les dirigeants et les actionnaires», a-t-il expliqué. Et, sans une culture d’entreprise en conséquence, on ne va nulle part. «Il y a des cultures d’entreprises saines, et il y a des cultures toxiques», a-t-il expliqué. «Les entreprises qui ont une culture, et qui en sont conscientes, font en sorte que ceux qui y travaillent y trouvent un sens. Il n’y a pas grand chose d’inspirant à travailler dans un endroit où le seul but est de faire de l’argent.»

Pour une entreprise qui bâtit son positionnement sur l’agriculture durable, un parti pris pour l’éthique et la transparence semble aller de soi, mais Mackey estime que cela devient maintenant indispensable dans tous les domaines. Et pas seulement pour garder l’estime de la clientèle et du public, mais aussi, et même encore plus, pour la gestion du personnel à l’interne.

«Les entreprises dotées d’une solide culture, capable de rallier les gens autour de quelque chose d’inspirant, finit par évoluer toute seule, dit-il. Regardez ce qui est arrivé avec Google: comment pouvait-on ne pas être emballé en travaillant là? Dès qu’on arrive à y communiquer le goût de l’innovation, une entreprise se met à grandir, à devenir plus raffinée et complexe.»

​La confiance, l’intégrité et la transparence doivent être appliqués partout, souligne-t-il. Y compris à ce qui concerne les salaires: «Personne, à Whole Foods, ne gagne plus de 19 fois le salaire moyen, souligne John Mackey. Et tout le monde a les mêmes bénéfices marginaux.»

En ce qui concerne l’information financière, il n’y a aucun secret. «Ce que la plupart des entreprises ne font pas: elles sont toutes un peu paranoïaques à cet égard, dit John Mackey. Pourtant, on n’a plus le choix maintenant: le monde où nous vivons est transparent.» On décentralise, on fait confiance au jugement des gens, et ajoute-t-il, on fait comprendre aux gens qu’on les aime, et qu’on se préoccupe de leur sort.

«Quand on parle de gestion, il faut que faire sortir du placard !, dit-il. Pour encourager l’innovation, il faut que les gens aient confiance dans le fait qu’on les apprécie, et qu’on se préoccupe de leur sort.» Il rêve d’ailleurs de mettre à la poubelle les principes si populaires en gestion, liés à «la loi du plus fort», et autres métaphores darwiniennes… «Je pense que les changements viennent beaucoup du fait que les femmes sont de plus en plus en charge, dit-il. Les femmes ont un degré d’intelligence émotionnelle plus élevé que les hommes…»

​La présence des femmes dans des postes de commande, et les répercussions sur les mentalités, se fait d’ailleurs sentir de plus en plus. La seconde journée de C2-MTL s’est terminée avec Diane Von Furstenberg, créatrice de la griffe de vêtements qui porte son nom, et qui était interviewée par Daniel Lamarre, le président du Cirque du Soleil.

Diane von Furstenberg, a connu le succès en lançant sa célèbre robe-portefeuille, il y a déjà 40 ans, en voulant créer «quelque chose d’à la fois facile à porter, flatteur pour les femmes, qui leur permette d’être sexy, mais de façon appropriée», explique-t-elle. Sa création est devenue une sorte de symbole du féminisme, une icône pour les femmes actives, qui veulent bien paraître, sans pour autant sacrifier le confort.

Un peu plus tôt dans la journée, Bobbi Brown, créatrice de la ligne de cosmétiques qui porte son nom, faisait ressortir une tendance un peu similaire. Le positionnement de Bobbi Brown Cosmetics est d’offrir du maquillage pour les femmes qui veulent rester elles-mêmes, mais en mieux. La signature ses publicités pour Bobbi Brown pourrait d’ailleurs se traduire par: «Ce qui compte, c’est la confiance. Mais un peu de maquillage ne peut pas nuire.»

Un peu comme pour Diane von Furstenberg, son histoire est-celle d’une entrepreneure qui a répondu à un besoin qu’elle avait perçu dans le marché féminin, et a réussi à s’imposer dans son marché, quitte à faire les choses de façon moins conventionnelle.

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