C2-MTL: l’avenir du capitalisme, c’est l’altruisme

Une tendance qui devient presque impossible à ignorer pendant une conférence comme C2-MTL, c’est ce discours que les dirigeants les plus innovateurs font tous ressortir: la meilleure façon de réussir en affaires, c’est de se montrer généreux, faire preuve d’éthique, et redonner à son entourage.

C’était déjà ce que disait, le premier jour, Blake Myscosie, le fondateur de TOMS, qui a lancé sa compagnie en donnant, pour chaque paire de souliers vendue, une paire à un enfant dans un pays pauvre.

imageEt c’est un peu ce qu’a dit, en fin de journée, le réputé designer français Philip Starck, qui s’est fait connaître autant en concevant des projets extravagants qu’en s’attaquant à la conception d’objets humbles et usuels comme des ustensiles de cuisine, ou une brosse à récurer les toilettes. «Il faut toujours être honnête, a-t-il dit entre autres. Vous devez vous construire votre propre éthique. Et ensuite la respecter.» (À noter que Philippe Starck, tout Français qu’il soit, a prononcé l’entier de sa conférence en anglais, et ce avec un accent à couper au couteau. Ce qui a soulevé plusieurs commentaires. Mais cette question du langage est un sujet sur lequel on reviendra.)

En parlant de l’avenir des entreprises, Philippe Starck a ajouté: «Dans le futur, il y aura deux sortes de compagnies. D’un côté, les cyniques qui parlent des consommateurs comme d’une « cible », pour essayer de leur vendre des choses à tout prix. Et, de l’autre, ceux qui sont en affaires pour aider leurs amis, et pour aider à construire un monde meilleur.»

Un peu comme le fondateur de TOMS, Starck se dit soucieux avant tout d’améliorer le monde… mais ne voit aucun problème à s’enrichir au passage en le faisant. Et cela, même s’il refuse de se décrire comme un homme d’affaires. «Je n’ai pas de clients, dit-il. J’ai des amis. Je travaille pour, et avec mes amis. Je suis un rêveur professionnel.» Et, en remplissant parfois des commandes pour des super-riches, il se voit comme une sorte de Robin des Bois.

«Quand je conçois quelque chose pour quelqu’un comme Steve Jobs, qui pouvait y consacrer tellement d’argent, je considère que ça me permet ensuite d’investir dans des choses qui vont profiter à tout le monde, aux moins nantis.» Le design, souligne-t-il, est l’essence de la démocratie: «L’élitisme, c’est l’essence de la vulgarité, dit-il. Je conçois les choses en me disant qu’il faut que le plus de gens possibles y aient accès. Mon but premier, c’est de partager le plus possible.»

C’est le même genre de point de vue qui est ressorti pendant la deuxième journée de C2-MTL, le mercredi 22 mai, et d’abord à travers des conférenciers québécois.

​Il y a d’abord eu Mohammed Hage, dont l’entreprise Les Fermes Lufa est vraiment en train de révolutionner le concept d’agriculture urbaine. L’entreprise installe des serres sur le toit de bâtiments commerciaux et industriels, et transforme ainsi des espaces jusqu’alors inutilisés en fermes maraîchères pleinement fonctionnelles.

Tellement que Lufa distribue ensuite ses produits dans 100 points de vente à Montréal: c’est un modèle d’agriculture urbaine, durable, moins polluante, et qui en plus fait économiser de l’énergie aux propriétaires des bâtiments qui participent au projet.

Le conférencier suivant, Stéphane Ouaknine, président et fondateur de Inerjys,voit même dans le capitalisme la meilleure avenue pour aider à stopper le réchauffement climatique. Comment changer suffisamment les comportements pour renverser le cours des choses ? En se demandant d’abord ce que les entreprises et les industries peuvent faire.

«97% des émissions provient des entreprises», souligne-t-il. Pour que les choses changent, il faut que les entreprises puissent espérer des gains financiers. «Et pour cela, on ne peut pas compter seulement sur la philantropie. Quand on a des gens créatifs qui ont la possibilité de faire beaucoup d’argent, on voit de vraies ruptures, de vrais changements.»

Pour expliquer la façon dont l’innovation est possible, Stéphane Ouaknine fait ressortir les changements incroyables amenés par le déploiement d’internet: «Il n’y encore pas si longtemps, le seul moyen de parler à sa mère, c’était le téléphone. On ne pouvait même pas imaginer les technologies qui feraient exploser les moyens de communications. Il faut transposer cette façon de penser au domaine de l’énergie.»

C’est ce dont a parlé John Mackey, le fondateur de Whole Foods, cette chaîne d’épiceries «bio» qui remportent un immense succès aux États-Unis. Le livre qu’il a co-écrit s’appelle Conscious Capitalism. Et lui aussi part de la conviction que le but premier des entreprises n’est pas de faire de l’argent. «C’est ce que tout le monde pense. Mais tous les entrepreneurs que je connais ont un autre but. Et ce n’est inspirant pour personne, de travailler pour une entreprise dont le seul but est de faire de l’argent.»

Photo de Philippe Starck, par Jimmy Hamelin, C2-MTL

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