Richard Branson à C2MTL: Risquer tout. Et déranger.

«Quand nous avons lancé Virgin Airlines, le patron de British Airways s’est moqué de nous, en disant : des gens qui arrivent du domaine du divertissement ne pourront jamais exploiter une ligne aérienne, dit Richard Branson. Ce qu’il ne réalisait pas, c’est que c’est justement ce qui manquait aux lignes aériennes : du divertissement, et une meilleure expérience.»
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Ce que soulignait ainsi le président et fondateur de Virgin,lors de sa prestation qui venait clore la conférence C2-MTL, résume à merveille comment il a bâti son entreprise : voir, dans une industrie, les failles et les besoins à combler, puis y entrer, en bouleversant les conventions et en dérangeant les joueurs en place.

Dans le domaine musical, alors qu’explosait le phénomène de la musique rock dans les années ’60, Branson a commencé, à Londres, par révolutionner les magasins de disques: les Virgin Records Store, contrairement à ce qui se passait jusque-là chez les disquaires compassés, étaient aménagés pour permettre aux gens de s’asseoir, de passer du temps, d’écouter de la musique sur place… et même, selon la légende, de fumer des substances pas tout à fait légales, sans se faire mettre à la porte.

Branson a poursuivi le même type de raisonnement, avec son étiquette de disques Virgin Records, et le domaine des studios d’enregistrement, qu’il trouvait encore une fois trop conventionnels, bureaucratiques, et déconnectés des nouvelles réalités de la musique : comment pouvait-on demander à une groupe de musiciens de venir enregistrer à 10 heures du matin, pour respecter l’horaire du studio?

Branson a acquis un ancien manoir du 17e siècle, non loin d’Oxford, et l’a converti en studio d’enregistrement. Virgin Records a véritablement décollé avec un jeune compositeur et musicien jusque-là inconnu, Mike Oldfield, et son premier disque, Tubular Bells, dont certains extraits ont servi de trame sonore au film L’exorciste.

Puis Virgin a continué de s’étendre, dans une multitude de domaines parfois surprenants. Avec Virgin Airlines, en voulant offrir remettre un peu de plaisir dans les voyages en avion. Avec Virgin Trains, au Royaume-Uni. Virgin Mobile, en s’en prenant aux contrats trop contraignants, de le domaine de la téléphonie cellulaire. Etc…

Sa plus récente entreprise, qui fait évidemment le plus parler, est Virgin Galactic, qui veut offrir, à ceux qui pourront se le payer (200 000$), la possibilité des voyager dans l’espace, à bord de la navette baptisée Virgin Space Ship (VSS). Branson espère d’ailleurs pouvoir réaliser son premier vol dès décembre 2013. « Il faut toujours rêver plus grand, disait-il à C2-MTL pour expliquer son projet. Et là, dans ce domaine, on est un bon cinq, six ans en avance sur tout le monde. »

​Le succès et la notoriété de Virgin doivent beaucoup à la personnalité flamboyante de son fondateur, qui, en marge de sa vision particulière des affaires, a montré très tôt un goût pour les exploits hors du commun : Richard Branson a, et souvent au péril de sa vie, effectué la première traversée de l’Atlantique en montgolfière, tenté trois fois de traverser le monde entier par le même moyen, et a réussi l’an dernier, à 61 ans, à traverser la Manche en ‘kitesurfing’.

En fait, Richard Branson incarne, à lui seul, une bonne quantité des principes que mettent maintenant de l’avant les entrepreneurs les plus visionnaires dans des conférences comme C2-MTL, à commencer par le fait qu’il faut courir des risques, même les plus extrêmes, quitte à essuyer l’échec le plus total. Décentraliser, déléguer et remettre en question les structures et les bureaucraties, font aussi partie de son credo et de ses façons de faire.

Richard Branson s’est aussi fait connaître par ses œuvres philantropiques, un autre sujet en vogue dans les entreprises désormais : Virgin Unite, l’organisme sans but lucratif qu’il a fondé, s’occupe de diverses causes ayant trait entre autres à la santé en Afrique, à l’environnement et à la justice sociale.

«Au fur et à mesure que j’avais du succès comme entrepreneur, je réalisais à quel point je pouvais faire une différence dans le monde, expliquait-il, à C2-MTL. On ne vit qu’une fois. Si on a du succès en affaires, et qu’on en est fier, il faut s’en servir pour améliorer le monde. On ne peut pas avoir comme seul but de faire de l’argent. » Et d’ailleurs à ses yeux, le meilleur moyen de réussir, en philanthropie, est d’appliquer les principes qui ont du succès en affaires : « Quand on voit une faille évidente dans ce qu’il faudrait faire, on fait en sorte de la combler», dit-il.

Photo de Richard Branson: Agnieszka pour C2-Mtl