Café, rôties et mondialisation

Un simple petit-déjeuner cache des enjeux complexes. Enquête sous la nappe.

Pain
Source : Blé des Prairies.
Consommation* de farine de blé : L’équivalent de 13 pains en tranches par mois.
Prix à la hausse
La montée en flèche du prix du pétrole a fait bondir celui du blé de 22 % depuis janvier. Pourquoi ? En raison de la popularité de l’éthanol, qui entre dans la production de l’essence. Fabriqué avec du maïs, l’éthanol a fait croître le prix des épis. Les éleveurs de bétail se sont alors tournés vers le blé pour remplir leurs mangeoires. Cette céréale se faisant plus rare, sa valeur augmente. Et celle du pain suivra. Mais rien d’inquiétant : le coût du blé, dans un pain en tranches de deux dollars, ne représente que de six à dix cents.

Beurre d’arachide
Source : Arachides de la Chine et des États-Unis.
Consommation annuelle totale au Québec : Assez pour remplir les wagons d’un train long de près d’un kilomètre.
Délocalisation en vue
La Chine, empire de l’arachide, fournit 40 % de la production mondiale. Parmi ses clients : les multinationales Philip Morris (beurre d’arachide Kraft), Unilever (Skippy)… et la petite usine de Vicrossano, à Montréal, qui fabrique la marque Yum Nature et des produits bios. Afin de rester compétitive, la propriétaire de celle-ci songe à transférer sa principale chaîne de fabrication en Chine. Du made in China jusque sur les rôties ?

Lait
Source : Vaches laitières du Canada.
Consommation moyenne d’un Québécois : Un verre par jour.
Une espèce menacée ?
Au Canada, le commerce du lait est régi par un système de « gestion de l’offre » (les producteurs achètent des quotas) et Ottawa décourage les fabricants de produits laitiers d’acheter du lait à l’étranger en imposant des tarifs astronomiques. Mais l’OMC favorise l’ouverture des marchés, ce qui menace le système de gestion de l’offre. Les producteurs ont déjà un aperçu de ce qui les attend : pour économiser, des restaurateurs importent des substituts de fromage à base de soya. Certains servent des poutines préparées avec du fromage en grains composé à 50 % de soya !

Œufs
Source : Canada (95 %) et États-Unis (5 %). Marché protégé.
Consommation* : Une douzaine par mois.
Guerre des prix
La guerre des œufs Canada–États-Unis aura-t-elle lieu ? Ottawa permet aux États-Unis de faire entrer sans tarif 5 % des œufs consommés au pays, mais impose des droits de 163,5 % sur les œufs excédentaires. Si les États-Unis réussissent à faire lever cette barrière par l’OMC, les Canadiens ne pourront rivaliser : leurs plus grosses fermes ont 100 000 pondeuses, celles des Américains, un million ! Les consommateurs profiteraient d’abord d’une guerre des prix, mais le contrôle du marché passerait ensuite aux mains des distributeurs et les prix grimperaient.

Bananes
Source : Colombie, Costa Rica, Équateur, Honduras, Guatemala et Panamá (par ordre d’importance). Marché de quatre milliards de dollars.
Consommation* : Deux bananes par semaine. Fruit le plus consommé au Canada après la pomme.
Le champignon qui tue
D’ici 20 ans, la banane cavendish, variété vendue en Amérique du Nord et en Europe, pourrait avoir disparu du globe. Le coupable : le fusarium, champignon résistant aux pesticides qui a dévasté des plantations en Asie. La recherche d’un substitut est un casse-tête. Il faut trouver une variété sucrée, qui résiste aux maladies, ne s’abîme pas pendant le transport et se conserve longtemps. Ou en créer une. Les généticiens s’y appliquent, mais la cavendish n’ayant pas de graines, il faut utiliser des boutures.

Café
Source : Colombie, Brésil, Viêt Nam, Costa Rica, Pérou, Honduras et Guatemala (par ordre d’importance).
Consommation* : 102 litres par année.
Le choc des cultures
La « drogue » matinale de milliers de Québécois est liée à la production de drogues plus puissantes. En 2001, les prix du café ont chuté en raison d’une surproduction causée par l’entrée du Viêt Nam sur le marché. L’économie de la Colombie, quatrième producteur mondial, s’est effondrée, et des milliers de fermiers se sont tournés vers des cultures plus lucratives : coca et opium. Les prix du café ont remonté, mais la majorité de ces fermiers restent sous le contrôle de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie et des cartels de la drogue.

Jus d’orange
Source : Brésil et Floride.
Consommation moyenne d’un ménage québécois : 49 dollars de jus d’orange par année.
Exploitation de la main-d’œuvre
Plus de la moitié du jus d’orange consommé dans le monde provient du Brésil, et José Luís Cutrale, le « baron » de l’industrie, contrôle 40 % de la production. Il a acheté des usines en Floride pour transformer son concentré en jus. Les syndicats locaux s’en plaignent : au Brésil, Cutrale a été poursuivi à maintes reprises pour avoir exploité des travailleurs. Au Québec, les jus « faits de concentré » sont préparés avec des oranges du Brésil et les jus frais sont faits surtout d’oranges de la Floride.

Cacao
Source : Côte d’Ivoire, Nigeria, Indonésie, Ghana et République dominicaine (par ordre d’importance).
Consommation* : 1,5 kilo de fèves de cacao par année.
Enfants esclaves
Près de la moitié du cacao consommé dans le monde provient de petites plantations de la Côte d’Ivoire. Beaucoup d’enfants y travaillent, 625 000, dont environ 10 000 sont esclaves ! La plupart viennent du Mali et sont vendus aux planteurs. Les grands producteurs, comme Nestlé et Hershey, se sont engagés en 2001 à s’attaquer au problème. Mais peu a été fait. Il faudrait changer la filière : l’industrie achète le cacao sous forme de liquide ou de beurre, sans connaître la provenance des fèves.

* Consommation moyenne d’un Canadien.

Sources : Agriculture et Agroalimentaire Canada, BioDiversity International, Conseil des industriels laitiers du Québec, Dépenses alimentaires des Québécois 2003 (ACNielsen), Fédération des producteurs d’œufs de consommation du Québec,Service des délégués commerciaux du Canada et Statistiques sur les aliments 2006 (Statistique Canada).

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