Ceci n’est pas un article économique

Notre gouvernement vient de décréter que certains droits sont plus importants que d’autres et que certains signes religieux sont plus acceptables puisqu’ils ont valeur patrimoniale. 

«Nous croyons qu’une personne peut agir avec loyauté et professionnalisme tout en arborant un signe religieux.» – Françoise David

C’est la première fois et probablement la dernière que je cite avec bonheur Françoise David dans ce blogue, mais aujourd’hui n’est pas une journée comme les autres.

Notre gouvernement vient de décréter que certains droits sont plus importants que d’autres et que certains signes religieux sont plus acceptables puisqu’ils ont valeur patrimoniale. Ce gouvernement a jugé essentiel de légiférer sur l’habillement des employés de l’État et de la grosseur ou visibilité des symboles religieux qui pourront dorénavant être portés par ses employés. Il y a même un petit tableau pour nous aider à débusquer ce qui ne sera plus toléré:

signes_religieux

En voulant éviter l’arbitraire, le gouvernement multiplie les incohérences et les situations absurdes. Une musulmane portant le hidjab dans un CPE devra quitter son voile ou son emploi. Mais que faire d’une Québécoise qui le porte pour des raisons vestimentaires (à la Francine Grimaldi) ou médicales? Si vous balayez mon argument du revers de la main, c’est que vous admettez qu’on peut exercer une discrimination à l’emploi pour un motif strictement religieux. Bonne chance devant les tribunaux, n’importe quels tribunaux.

La musulmane pratiquante et portant le hidjab n’aurait pas d’affaires dans la fonction publique, mais un imam barbu pourrait-il y décrocher un emploi puisque le gouvernement ne vas pas jusqu’à interdire la barbe? En voulant sauver les femmes musulmanes de l’oppression, exercerons-nous une discrimination à caractère sexuelle la pénalisant face à son coreligionnaire?

Les aumôniers dans les hôpitaux devront-ils cacher leur crucifix? Ou en avoir un plus petit pour qu’il soit conforme au petit tableau de Bernard Drainville? Y aura-t-il des proposés à la mesure des signes religieux pour éviter la présence de signes jugés ostentatoires?

Les partisans de la Charte ont trouvé leur modèle, la France, championne de la laïcitée intégrale, et son contre-modèle, le Royaume-Uni, copatrie avec le Canada du multiculturalisme tant décrié. En France, tout irait bien, alors que le Royaume-Unie serait à feu et à sang selon Pauline Marois.

Désolé d’amener des chiffres et une étude sérieuse dans ce débat où les préjugés et les anecdotes font loi, mais l’OCDE donne une autre lecture de la réalité. Le taux d’emploi des immigrants est plus élevé au Royaume-Uni qu’en France. La scolarité des immigrants est aussi plus élevée au Royaume-Uni. Toujours selon la même étude, le Canada se classe extrêmement bien au niveau international quand on parle de l’intégration des immigrants. Et ça chauffe beaucoup plus dans les banlieues parisiennes que dans certains quartiers londoniens ou montréalais.

Le gouvernement fait de ces questions une grande priorité au nom de son idéologie nationaliste et en faisant le pari que ce discours identitaire musclé lui rapportera des dividendes. Il en a besoin.

Depuis un an l’économie québécoise détruit des emplois alors qu’on en créé ailleurs au pays. L’échéance du déficit zéro pourrait être revue. La croissance économique a été nulle de février à mai, dernier mois où on a des données. Le secteur manufacturier accuse un recul de 4% depuis le début de l’année. La construction domiciliaire affiche un recul de 4,5% en août. Le secteur minier est en panne, en partie à cause de l’incertitude créée par ce gouvernement.

Pas grave, disent certains, puisque la nation est maintenant protégée.

Retour normal à nos émissions régulières, demain.

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Voici ce qu’écrivait en 2009, le sociologue et économiste français Éric Maurin, dans son ouvrage intitulé : « La peur du déclassement », sur un sujet qui n’est pas sans rappeler la problématique du jour : « le spectre, pour soi et sa descendance, d’abandonner des privilèges décuple la motivation de les sanctuariser au détriment d’une meilleure justice et d’une égalité des chances plus grande (…) »

Une société qui se sent menacée dans ses fondements recherchera — par divers moyens — d’assoir ses privilèges, quitte pour se faire à substituer l’autorité morale initiale de l’Église sur l’État par une forme d’État laïcisé et sacré dont l’autorité morale transcende et dépasse celle des religions. Toute forme d’intrusion de religions autres que celle qui fut dominante dans la sphère publique devient une menace potentielle d’insubordination aux valeurs supérieures de l’État. D’où la nécessité absolue de baliser cet espace à fin de préserver les acquis et si possible de créer les conditions premières d’un momentum pour une majorité populaire en quête de protection identitaire dont la quintessence absolue serait de produire les conditions de la souveraineté quitte pour se faire à les inventer.

Quitte encore pour parvenir à faire une omelette à casser quelques œufs venus de nations externes pour briser dans la coquille toute forme de velléité qui pourrait mettre en cause la forme supérieure d’un État neutre et neutralisant pour le citoyen lorsque sa position formelle est de se placer au-dessus de tout. Neutre peut-être et simultanément juge et arbitre de la vie publique avec ses incidences perceptibles dans la vie de tous les jours.

Ainsi la mise au diapason de toutes sortes d’« aliens » issus de communautés culturelles visibles ou invisibles pourrait s’imposer comme un « moindre mal » nécessaire pour assurer la survie identitaire et communautaire d’un Québec moderne purifié de ses vieilles croyances passées.

Ce réflexe d’appartenance dépassé gracieuseté du Parti Québécois, montre combien ce rêve d’un pays est plus que jamais admonesté, d’où cette ultime forme de repli de l’État sur lui-même, édifié comme le rempart ultime pour le citoyen, de recevoir, de pourvoir et de répondre à son besoin naturel de protection face aux incertitudes potentielles de la vie.

— Comme le disait si bien madame Marois voici à peu près un an : « On va s’occuper de nos gens », maintenant nous savons tristement que « ses gens », ce ne sont pas 100% des québécoises et des québécois, lorsque que les autres non alignés se devront pour pouvoir en bénéficier de montrer « patte blanche » dans les corridors, avant de franchir « lavés » des symboliques ostensibles passées l’enceinte ainsi promise du nouveau sanctuaire étatique.

Vite, je cours derechef, subito presto, dans la chambre de bain pour m’y savonner énergétiquement les mains !

Cette charte du PQ, horrible charte du mépris et de l’intolérance, cette loi discriminatoire et liberticide m’écœure profondément.

Ce Québec frileux, ignorant et xénophobe n’est pas le Québec que j’aime et dont je rêve.

C’est un Québec dont j’ai honte, un Québec qui fonce vers un mur.

Honte au PQ pour nous faire subir cela, pour faire de nous la risée et la honte de l’Amérique du nord.

Une chance que vous précisez l’Amérique du Nord, contrairement à certains autres, car je ne crois pas que le reste du monde, en dehors de l’anglosphère toujours aussi bien pensante, et de nos p’tits coeurs saignants locaux, se soucie beaucoup de ce qui se passe ici. Les autres ont déjà assez de leurs propres problèmes.

Vous aimeriez ca avoir un président et des politiciens qui parlent de God à toutes les phrases?
Vous aimeriez ca voir des bibles dans vos chambres d’hotels?
Vous aimeriez ca voir des citations bibliques le long des routes?

L’une des belles choses que les Québécois ont fait depuis un demi-siècle, c’est d’avoir dompé le catholicisme. Ce qui est inquiétant c’est voir la religion rentrer par la porte d’en arrière.
Ca ne vous dérange pas de voir qu’il n’y a plus de jambon au menu dans les garderies de Montréal?
Moi ca m’humilie

Ah M. Duhamel encore une fois vous errez, vous citez une étude de l’OCDE. Pfff! l’OCDE, mais en voilà des bonnes. Une partie de vos lecteurs savent que l’OCDE est vendus aux grandes forces du capital qui ne veulent que contraindre les peuples en les transformant en consommateurs serviles. Bref tout le contraire des bonnes valeurs québécoises d’entraide, de partage et d’écologisme. Que vaut une étude l’OCDE quand l’un de vos lecteurs sortira une source sur wikipedia? RIEN! Devant le vide cosmique tient lieu de raisonnement pour certains, la lumière des faits ne brille jamais assez. Malheureusement.

L’étude vient tout juste de sortir: non seulement l’immigration ne rapporte rien au canada mais elle coute 20 milliards par année
L’étude nous apprend qu’à peine un immigrant sur 4 est sélectionné
Les immigrants mettent 20 ans à gagner autant que les Canadiens. Entre temps, le cout de financement des programmes sociaux qu’ils coutent moins ce qu’ils paient en taxes et impots se soldent par une facture de 20 milliards
Ca doit être plus de 5 milliards au Québec parce que les immigrants gagnent encore moins et ici on offre plus de programmes sociaux qu’au Canada. Parlez-en à Francoise…

http://www.cbc.ca/news/canada/british-columbia/story/2013/08/29/bc-fraser-immigration.html

A new report suggests immigrants are imposing a « fiscal burden » of about $20 billion a year on Canadian taxpayers and recommends a number of radical changes to the country’s immigration selection process, including bringing an end to the sponsorship of parents and grandparents.

Individuals selected on this basis are called « principal immigrants. » In 2011, they numbered 64,397, representing 25.8 per cent of the 248,744 immigrants that year.

A+, comme les opinions de Gérard Bouchard, Charles Taylor, Lysiane Gagnon et Irwin Cotler sur le sujet. « A society that bars individuals from adhering publicly to their faith is not secular, it is CONSTRICTED. (…) In free societies, minority rights are not subject to majority rule. (…) This fundamental tenet of free societies demands that public institutions and those who work for them be religiously neutral, NOT religiously NEUTERED. » (Irwin Cotler)