Charles Sirois et l’internationalisation de nos entreprises

«Il y a trop peu de capital offert aux entreprises technologiques qui veulent commercialiser leurs produits à l’étranger», dit l’homme d’affaires.

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Photo : Getty Images

L’entrepreneur et financier Charles Sirois voit un chaînon manquant dans le financement des entreprises : il y a trop peu de capital offert aux entreprises technologiques qui veulent commercialiser leurs produits à l’étranger.

Prenant la parole au congrès de Réseau Capital (qui regroupe l’industrie québécoise du capital d’investissement), Charles Sirois a déclaré que les entrepreneurs doivent avoir une vision globale de leur secteur d’activité avant de démarrer leur entreprise.

Sans cette vision, ils pourront difficilement conquérir de nouveaux marchés ou se prémunir contre des entreprises étrangères susceptibles de leur faire concurrence.

Selon Charles Sirois, on trouve de l’argent pour concevoir, démarrer, faire de la R&D (recherche et développement) ou mettre sur pied les entreprises, mais l’entrepreneur qui a des visées internationales dispose de trop peu d’options.

Trop souvent, on lui demandera de diluer sa participation dans l’entreprise pour avoir les précieux capitaux qui lui permettront de financer son expansion internationale. Ce scénario ne plaît pas à l’entrepreneur, qui pourrait alors se contenter du marché local ou de vendre tout simplement son entreprise — souvent à un investisseur étranger.

S’il accepte de diminuer sa participation, il devra alors s’engager dans la difficile discussion sur la valeur de l’entreprise.

L’entrepreneur essaiera de convaincre l’investisseur que cette expansion contribuera à valoriser l’entreprise, alors que ce dernier lui répliquera qu’il ne peut hausser la valeur qu’il accorde à l’entreprise avant qu’elle ne réalise des ventes substantielles sur le ou les marchés convoités. D’où l’impasse.

Charles Sirois préconise donc la formation de fonds spécialisés dans la commercialisation internationale. Ces fonds pourraient émettre des débentures subordonnées, une sorte de prêts qui n’exigent pas de garanties.

Les émetteurs de ces titres pourraient bénéficier d’un avantage fiscal et ils seraient remboursés en fonction de la croissance des ventes sur les marchés étrangers. Quant à l’entrepreneur, il n’aurait pas à céder une partie de son entreprise pour aller explorer les marchés internationaux.

Pour Charles Sirois, ce mécanisme serait beaucoup plus efficace que des crédits d’impôts à la commercialisation et pourrait accélérer l’implantation d’entreprises à l’international.

«Le Québec doit créer plus d’entreprises de taille moyenne présentes sur les marchés mondiaux. Ce sont elles qui créent le plus d’emplois, en plus de devenir des acheteurs potentiels pour de nombreuses petites entreprises», dit-il.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

3 commentaires
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Vous devez bien savoir que le Québec fait de plus en plus affaire à l’international au détriment des USA et du Canada.

« Les émetteurs de ces titres pourraient bénéficier d’un avantage fiscal… »

Tiens, il veut que le gouvernement lui sauve de l’impôt.

Ça nous donne une idée du programme caché du parti libéral et du docteur pm.

@ Youlle,

Charles Sirois est dans la pratique le co-fondateur de la CAQ avec François Legault.

En fait, les « débentures subordonnées » qui existent déjà soit-dit en passant, sont des obligations ni plus ni moins, elles sont donc régies par la fiscalité tant canadienne que québécoise qui s’applique aux valeurs mobilières.

Ces débentures émises par les entreprises peuvent être regroupées sous forme de fonds communs de placements (ce qui existe déjà) et offertes à toutes sortes de clientèles. Le seul avantage pour une entreprise est que ces débentures qui peuvent être converties dans certains cas en actions, c’est qu’elles ne sont garanties par aucun bien en particulier.

En d’autres termes, elles sont plus à risque pour les acheteurs que des obligations conventionnelles. Ce qui peut représenter un attrait pour les acheteurs, c’est que les dividendes sur ces produits sont en principe supérieurs à ceux des obligations conventionnelles lorsque la convertibilité en action peut représenter un avantage si l’entreprise émettrice de ces placements voit son chiffre d’affaire et son potentiel de croissance décuplé par l’assignation de ces fonds dans l’ouverture de leurs produits au marché de l’exportation.

Il y a évidence que ce qui est proposé par Charles Sirois, est surtout intéressant pour des entreprises déjà bien implantées et de taille moyenne (100 employés ou plus) qui ont déjà un marché ouvert sur l’étranger et qui souhaitent se consolider sur ces positions.

Quant à l’avantage fiscal pour les émetteurs de ce type de placements, basé sur le seul accroissement des ventes à l’étranger, c’est plutôt une proposition de monsieur Duhamel et à ma connaissance pas une promesse faite par les libéraux 🙂