Chibougamau

La tension monte à Chibougamau. Le 4 mars dernier, des citoyens et des employés de la compagnie Chantiers Chibougamau ont bloqué la route 167, le seul axe qui relie la ville au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Malgré le fait que la ville soit située en pleine forêt, l’approvisionnement en bois de la compagnie pourrait chuter de 50 % à compter du 1er avril, à cause du traité de la Paix des braves, une entente entre les Cris et le gouvernement du Québec.

Entrevue avec Frédéric Verreault, porte-parole de Chantiers Chibougamau

Pourquoi craignez-vous une perte de 50 % du bois ?
Chez nous, ce qui rend la situation précaire et ce qui est différent du reste du Québec, c’est que l’approvisionnement en bois de notre industrie dépend du traité de la Paix des braves. Cette entente a été signée par les Cris et le gouvernement du Québec en 2002. Mais depuis ce temps-là, le forestier en chef n’a pas encore mesuré l’impact que cela avait sur le territoire auquel nous allons avoir accès. Depuis 2002, on récolte selon un contrat que l’on a avec le gouvernement. Cela a réduit notre approvisionnement de 20 %, mais le contrat ne reflète toujours pas la révision réelle qui résulte de la Paix des braves. Selon nos calculs, on doit plutôt s’attendre à une baisse d’environ 50 %. Pour nous, c’est la catastrophe.

Quand allez-vous connaître le volume de bois disponible pour Chantiers Chibougamau ?
En fait, le forestier en chef a fait l’inventaire de la possibilité forestière pour tout le Québec. Il a publié ses résultats en décembre 2006, mais pas pour notre secteur.
Il a reporté plusieurs fois l’annonce de ses prévisions. Mais dans un communiqué de presse récent, il a annoncé qu’il publierait le tout d’ici la mi-mars.

Vous êtes la principale industrie sur le territoire régie par la Paix des braves, comment pourriez-vous éviter de perdre une grosse partie de terres boisées ?
L’ancien ministre Pierre Corbeil avait évoqué que l’ensemble du territoire forestier du Québec absorbe les contrecoups du traité entre les Cris et le gouvernement québécois.
La Paix des braves est un traité de nation à nation, qui bénéficie à tout le Québec, avec entre autres, l’abandon des poursuites judiciaires des Cris, et les méga projets hydro-électriques sur les rivières Rupert et Eastmain. Il serait logique que ce ne soit pas seulement notre communauté qui en assume les contrecoups.

Comment « partager » ces contrecoups si vous êtes presque les seuls dans la région où se trouvent les terres du traité ?
En agrandissant le territoire auquel on a accès pour aller chercher du bois, ailleurs que sur les terres réservées aux Cris. Évidemment, cela empièterait sur le site alloué à des concurrents mais la baisse de bois disponible serait partagée équitablement entre nous et les autres. On ne veut pas déshabiller Jean pour habiller Jacques, c’est plus complexe que ça. Il y a moyen d’assurer le développement durable de toute la région, que cela ne mette pas en péril les travailleurs du Saguenay—Lac-Saint-Jean.

Et que se passe-t-il le 1er avril ?
C’est la date à laquelle les contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF) seront renouvelés, pour une durée de cinq, pour tous les bénéficiaires de CAAF du Québec. Si les contrats de toutes les entreprises sont reconduits, il sera trop tard pour rééquilibrer l’attribution des territoires.

Chantiers Chibougamau est souvent citée en exemple pour avoir su assurer sa pérennité en transformant son bois originalement. Comment gérez-vous, avec vos employés, la baisse de volume de bois appréhendée ?
On emploie plus de 700 personnes par an, ça représente le quart de la population active de Chibougamau. Pour l’instant, un quart de travail a été aboli à l’usine de sciage, ce qui affecte 70 travailleurs. À Chibougamau, il n’y a rien à 250 kilomètres à la ronde. Il n’y a pas beaucoup de perspectives de diversification. Si les gens perdent leur emploi, ils quittent la région après quelques mois. Et on ne veut pas voir ces personnes-là partir! Donc, on a démarré une nouvelle ligne de production de bois d’ingénierie qu’on mettra en inventaire en attendant l’été. On a transféré les 70 employés sur cette ligne.
On achève de les former. C’est ce qu’on peut faire pour le moment.

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