Chômage : la fausse bonne nouvelle

Je sens que je vais gâcher le party et jeter une ombre sur l’une des rares bonnes nouvelles économiques de l’année. Je ne crois absolument pas aux résultats spectaculaires sur le marché de l’emploi au Canada et au Québec annoncés vendredi par Statistique Canada. C’est trop beau pour être vrai.

Selon les statisticiens fédéraux, l’économie canadienne aurait créé 59300 nouveaux emplois en novembre, contre 1 800 seulement en octobre. Le Québec aurait 18 300 emplois de plus et son taux de chômage serait passé de 7,7 % à 7,6 %.  C’est magnifique, étonnant, remarquable, mais ça ne tient pas la route.

Pour croire à ces chiffres fabuleux, il faut manifester une foi profonde envers les sondages – l’enquête de Statistique Canada en est un – et dans la vigueur de l’économie québécoise.

1. Aux dernières nouvelles, l’économie canadienne avait du plomb dans l’aile avec une croissance maigrichonne (0,1 % du deuxième trimestre) et des exportations et des investissements en recul. Seules les dépenses de consommation étaient en hausse, mais ce n’était même pas le cas au Québec. Malgré ce tableau, l’économie aurait créé presque 60 000 emplois supplémentaires d’un coup. Je m’explique mal qu’une économie sans croissance créé tant d’emplois.

2. Je sais, il ne faut pas toujours croire les économistes sur parole. Il n’empêche que les économistes recensés par Desjardins prévoyaient la création de 7 500 jobs en novembre. Je le répète, il s’en est créé huit fois plus.

3. Des 18 000 emplois de plus au Québec en novembre, 13 400 proviendraient des 15 à 24 ans et 5 000 chez les 25 ans et plus. Quelqu’un pourrait-il m’expliquer cette embauche soudaine de jeunes dans ce seul mois ?

4. L’économie est au ralenti, vous le savez. On peut alors comprendre qu’il y ait eu 11 000 emplois de moins dans le secteur manufacturier et celui de la construction le mois dernier au Québec. Une question se pose alors : d’où proviennent ces nouveaux emplois ? Pour compenser, le commerce se trouverait avec 11 000 nouveaux postes. Les ventes au détail sont nulles, sinon en recul, mais les commerçants auraient embauché à pleines portes.

5. Plus étrange encore, la majeure partie de ces nouveaux emplois auraient été créés dans le secteur de la santé ( + 14 600) et de l’administration publique ( + 13 100). D’après Statistique Canada, c’est le secteur public, avec 72 % des nouveaux emplois, qui aurait propulsé le marché du travail au Québec. Si je comprends bien, le gouvernement aurait embauché de façon spectaculaire juste avant d’effectuer des compressions non moins spectaculaires. Je suis extrêmement sceptique.

Bref, je pense qu’il faut analyser ces données avec prudence.

Il arrive quelquefois à Statistique Canada de se fourvoyer avec cette enquête. L’automne dernier, l’agence faisait état de pertes d’emplois importantes au Québec alors que rien dans l’économie réelle ne laissait présager une telle dégringolade. J’ai l’impression que c’est exactement le contraire cette année. Il faut donc se méfier des résultats mensuels et s’attarder à la tendance générale du marché de l’emploi. De plus, même si j’en abuse dans ce texte, les données sectorielles sont moins fiables que les chiffres globaux.

Un mot enfin sur un sujet qui me préoccupe énormément. Le taux de chômage à Montréal passe à 9,7 %. Loin d’être une locomotive, Montréal est à la traîne du Québec et de ses propres banlieues. Le taux de chômage n’est que de 7,4 % à Laval, de 6,9 % dans Lanaudière, 6,3 % dans les Laurentides et de 5,9 % en Montérégie.

Pour passer le fer dans la plaie, le taux de chômage est de 8,1 % à Toronto et de 4,5 % à Québec.

Le taux de chômage est deux fois moins élevé à Québec qu’à Montréal. Ouille !

 

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Le pauvre Bernard Landry, alors ministre des Finances, s’était fait fusiller par les matadors de la Presse pour avoir osé contester les données de Stats-Can.

Pour certains, Stats-Can est intouchable. Ils ne disent que la vérité.

Vous savez ce qui se passe à Québec? Les chauffeurs de taxi haitiens de Montréal débarquent en ville et achètent à gros prix les licences. 150k à 200k la licence.

On vous a vu à la télé hier. La nouvelle chaine qui a remplacé Vox. Pourquoi le titre de l’émission est en anglais? Est-ce parce que l’animatrice est française?

Je crois que le problème vient principalement du décalage dans les données. Lorsque vous dites que le PIB du deuxième trimestre montrait une très légère croissance, il ne faut pas oublier que c’était il y a presque 6 mois. On ne parlait pas encore d’accélération des embauches aux USA. C’est un peu difficile de juger de l’état de l’économie réelle avec des vieux chiffres.

Des 59300 emplois créés en novembre, 32000 auraient été créés en Ontario, pour 18200 au Québec. Sur le reste du Canada, ce sont donc seulement 9100 emplois qui se seraient créés.

Lorsqu’on observe les chiffres sur août, septembre, octobre et novembre, ce sont 81400 emplois qui se sont créés au Québec dont 48500 à plein temps. Lorsqu’on regarde les perspectives à moyen terme, le chômage devrait poursuivre sa décroissance progressive au cours des quatre prochaines années. Cette tendance devrait se maintenir sur les dix prochaines années.

C’est la raison pour laquelle, il faut « mettre le paquet » sur la formation professionnelle et aussi sur les premières années de scolarité, ce qui veut dire l’école et le secondaire. Avec une population bien formée, les cibles telles qu’elles sont projetées sont tout-à-fait atteignables et on doit s’en réjouir.

Cependant l’effort devrait se poursuivre sur la qualité de l’ensemble des produits et services, la productivité, l’investissement dans les entreprises et la promotion de l’entreprenariat. Il faut toujours concentrer les énergies sur la région de Montréal et la Métropole en particulier. Investir plus notamment dans un habitat à prix modique car cette problématique nuit au développement harmonieux de la ville.

Il importe aussi de maintenir et développer des emplois diversifiés dans toutes les régions, ce qui inclut bien sûr les communautés issues des premières nations qui doivent impérativement recevoir leur part. Il est important de disposer d’une coopération dynamique de toutes les provinces, ce qui implique en particulier une politique énergétique canadienne commune qui intègre une part toujours progressive des énergies vertes, incluant la production de bio-carburants.

– En conclusion : Beaucoup reste à faire pour donner raison à ces statistiques encourageantes qui définissent seulement un instant présent ; en cette fin d’année cela devrait nous inciter à apprécier le moment avec à tout le moins un soupçon de contentement.

D’accord avec vous M Duhamel, ces chiffres ont de quoi laisser perplexe.

Comment une économie qui stagne et dont le principal moteur est l’incessante croissance de l’endettement des ménages (et de l’état) peut elle créer des emplois à tour de bras comme ces chiffres l’indiquent. Comme vous dîtes ça ne fait aucun sens à moins d’être dû à une explosion de l’endettement qui laisse présager des jour très sombres…

Et comme c’est presque une habitude au Canada nous voila laissé dans le noir quand aux conditions réelles de notre économie…

Reste à se servir de notre jugement, notre intelligence, et là malheureusement j’en conclu que ça risque d’empirer pas mal avant d’aller mieux.

Au cours des années 70 il était possible que des employeurs se présentent dans des salles de cours pour offrir des emplois à de jeune finissant. Suite à la crise de 1982 le contexte a radicalement été modifié. Les emplois étaient dorénavant plus rares chez les nouveaux diplômés. Les entreprises avaient le gros bout du bâton : une nouvelle vague de diplômés universitaires a fait son apparition sur le marché de l’emploi (la génération X). Pour se positionner sur le marché de l’emploi, j’ai connu des collègues obtenir un deuxième diplôme, certain faire des stages à l’étrangers pour une énumération très minime et d’autres une maîtrise. Ceux, les chanceux qui avaient un emploi, ont payé cher leur santé car ils devaient occuper l’équivalent de deux ou trois postes. La rationalisation des années 90 en quelque sorte. J’ai connu aussi des collègues effectuer des emplois de commis avec un diplôme universitaire. Et puis de la fonction publique qui n’offrait plus de permanence mais plutôt des contrats qui se renouvelaient à tous les quatre mois. L’employeur a développé un réflexe de demander énormément de qualifications afin de choisir au sein d’une banque de candidats très qualifiés et dynamique. Puis d’offrir peut en retour. Aujourd’hui, la situation a changé. Mais certains employeurs ont conservé les mêmes réflexes. Ils demandent beaucoup mais il y a moins de candidats. Dans les commerces du détail par exemple, les employés répondent à des exigences assez élevé. Connaissances informatique, aisance avec la clientèle, horaire flexible pour un salaire minimum. Il est bien sûr difficile de trouver des candidats sur-qualifiés car le contexte a changé. Lorsque j’entends des employeurs émettre les commentaires qu’il est difficile de trouver des employés qualifiés de nos jours, je me dis toujours la même chose : Quelles sont les conditions?