Le chômage, prise deux

La copie révisée de Statistique Canada sur l’état du marché du travail le mois dernier change tout et ne change rien — la tendance de fond reste la même, malgré une différence appréciable sur le nombre d’emplois perdus, dit Pierre Duhamel.

Blogue EconomieLa copie révisée de Statistique Canada sur l’état du marché du travail le mois dernier change tout et ne change rien à la fois, car la tendance de fond reste la même malgré une différence appréciable sur le nombre d’emplois perdus.

L’agence fédérale a dû refaire sa copie à cause d’une erreur humaine, qui a amené à une surestimation du nombre d’emplois à temps plein perdus au cours du mois de juillet. La semaine dernière, Statistique Canada affirmait que 60 000 postes à temps plein avaient été éliminés au pays ; il y en aurait plutôt eu 18 000.

C’est une bonne nouvelle. On peut présumer qu’elle aura un effet bénéfique, ce vendredi, sur la Bourse et le dollar.

Notons néanmoins que ni la Bourse de Toronto ni le dollar canadien n’avaient accusé de recul, vendredi dernier, malgré les vilaines données sur le marché de l’emploi au pays. On se réjouissait davantage de la fin des manœuvres russes à la frontière ukrainienne que du sort de l’économie canadienne.

L’inconvénient majeur de cette erreur aura été le retard de trois jours dans le traitement des prestations d’assurance emploi. Aux prises avec des données erronées, le ministère fédéral de l’Emploi n’était pas en mesure d’établir les taux de chômage régionaux, qui ont une incidence directe sur le nombre de semaines de travail qu’une personne doit avoir accumulé pour être admissible aux prestations.

Outre les erreurs humaines dans la collection des données — comme ce fut le cas la semaine dernière —, cette bévue nous rappelle aussi que ces données parviennent d’un sondage, et que les marges d’erreur statistique sont impressionnantes.

Rappelons que chaque mois, Statistique Canada interroge 56 000 ménages et que la marge d’erreur est de 28 500 emplois dans les deux sens. En juillet, Statistique Canada nous annonce qu’il y a 41 700 emplois supplémentaires au pays. Cela veut aussi dire qu’il pourrait y en avoir jusqu’à 70 200 de plus, ou à peine 13 200 emplois supplémentaires.

Ceux qui ne jurent que par les moyennes annuelles pour déterminer le niveau de création d’emplois sont aux prises avec le même problème, puisque ces données-là aussi proviennent des sondages mensuels de Statistique Canada.

Quoi qu’il en soit, ce nouveau bulletin de santé du marché de l’emploi ne dissipe aucunement nos craintes sur l’anémie prononcée du marché du travail.

Le taux de chômage au pays et au Québec reste le même que dans le bulletin erroné de la semaine dernière, à 7 % à l’échelle du Canada et à 8,1 % au Québec.

Comme nous l’indiquions la semaine dernière, le Canada et le Québec semblent devenir des économies de travail à temps partiel. On a ajouté 60 000 emplois à temps partiel au Canada en juillet et on a perdu 18 000 emplois à temps plein.

C’est moins pire que dans le bulletin de la semaine dernière, mais c’est la même tendance. Depuis 12 mois, l’économie canadienne a ajouté trois fois plus d’emplois à temps partiel que d’emplois à temps plein.

La substitution d’emplois à temps plein par des emplois à temps partiel est encore plus marquée au Québec. En juillet, on a effacé 20 800 «jobs» à temps plein pour en gagner 22 700 à temps partiel.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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1 commentaire
Les commentaires sont fermés.

On a vraiment un problème avec les données économiques dans ce pays! Les données ne sont pas fiables quand elles ne sont pas carrément inexistantes, c’est vrai entre autre pour l’emploi et sur tout ce qui entoure l’immobilier résidentiel. En attendant on a l’impression que les chiffres de StatsCan c’est un peu n’importe quoi et qu’il faut attendre plusieurs mois avant de dégager une tendance. Pour un pays comme le Canada c’est ridicule!

J’aimerais par exemple bien connaitre la différence en volume ($$$) entre emploi à temps plein et temps partiel. Combien d’argent de moins ça représente dans l’économie un emploi à temps partiel vs un autre à temps?