Cimenterie : «Je change d’idée», dit Pierre Duhamel

Pierre Duhamel reprend ici le dossier de la cimenterie de Port-Daniel−Gascons, en Gaspésie, et conclut s’être trompé en éreintant le projet de Ciment McInnis. «Plus j’en apprends, plus je le trouve avisé», explique le chroniqueur.

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La production de la cimenterie de Port-Daniel sera expédiée par bateau. Le contenu d’un seul navire est l’équivalent de près de 1 500 chargements de camion. – Photo : Ciment McInnis

Les chroniqueurs admettent rarement qu’ils ont erré. Alors ne boudez pas votre plaisir en me voyant reprendre le dossier de la cimenterie de Port-Daniel−Gascons, en Gaspésie… et conclure m’être trompé en éreintant le projet de Ciment McInnis. Plus j’en apprends, plus je le trouve avisé.

Reprenons du début. Voilà un projet industriel de grande ampleur, qui, à première vue, aurait dû sembler un cadeau du ciel : un investissement de 1,2 milliard de dollars, qui générera 400 emplois directs et indirects dans une région où le taux de chômage est plus du double de celui du Québec, et que la collectivité appuie massivement.

C’est aussi un projet porté par l’une des grandes familles entrepreneuriales du Québec, les Bombardier-Beaudoin.

Le cadeau du ciel avait cependant un bien curieux emballage…

Ce projet, qui venait au monde grâce aux fonds publics, paraissait essentiellement politique. L’usine volerait des emplois à d’autres cimenteries, notamment celle du groupe Lafarge, dont la famille Desmarais est un important actionnaire. Et elle serait la plus polluante du Québec.

Le fait que les gouvernements tant péquiste que libéral ont soustrait ce projet à l’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et qu’une loi sera adoptée pour assurer sa réalisation indépendamment de possibles recours aux tribunaux confirmait le copinage politique et le risque environnemental. J’étais convaincu que ce chantier était une infamie politicienne et une bien mauvaise idée.

Une étude minutieuse du dossier et les réponses précises de l’entreprise m’ont fait changer d’avis.

Oui, l’affaire est ambitieuse. « On crée à partir de zéro un cimentier qui rivalisera avec les multinationales qui dominent le marché — nous les dérangeons beaucoup », m’explique Christian Gagnon, PDG de Ciment McInnis, qui compte 37 années d’expérience dans l’industrie lourde.

L’objectif est de percer le marché de l’Est américain, région qui ne produit pas suffisamment pour combler ses besoins. Les cimenteries déjà actives au Québec ne peuvent convoiter ce marché, leurs coûts de production et leurs frais de transport étant trop élevés.

L’usine de Port-Daniel, qui produira 2,2 millions de tonnes de ciment par an, sera plus grosse qu’elles, dotée des plus récentes technologies et à proximité d’un gisement de calcaire très pur, idéal pour la production de ciment. Surtout, elle comptera un atout imparable : le ciment sera transporté par bateau vers ses clients américains, ce qui sera beaucoup moins cher que par camion, en plus d’être moins polluant.

Ciment McInnis affirme que sa cimenterie aura la meilleure performance environnementale d’Amérique du Nord lorsqu’elle démarrera, en 2017. Elle émettra 20 % moins de gaz à effet de serre par tonne de ciment produite que la moyenne de ses concurrentes.

Pourquoi alors se soustraire à une consultation du BAPE ?

L’entreprise précise qu’elle n’est pas tenue à une telle consultation, puisque le projet a été présenté en mai 1995, un mois avant l’entrée en vigueur des règles d’examen du BAPE. Les gouvernements qui se sont succédé à Québec depuis 20 ans l’ont reconnu. Sur cette prémisse, Ciment McInnis a engagé des centaines de millions de dollars et achevé la moitié de la construction.

Ces millions de dollars proviennent-ils de subventions de l’État ? Non, plutôt d’investissements et de prêts commerciaux accordés aux conditions normales du marché.

Au dire de Christian Gagnon, cette réalisation entièrement québécoise deviendra la référence dans son secteur en Amérique du Nord. « Il y aura l’époque d’avant Ciment McInnis et celle d’après Ciment McInnis. »

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L’argument en vertu duquel le ciment produit à Port-Daniel-Gascons est destiné au marché américain de l’Est ; la chose est somme toute connue depuis le début. Je m’étonne « un peu » qu’un journaliste aussi professionnel que vous ait fait cette découverte seulement depuis quelques jours.

Reste à savoir si les clients américains vont se battre pour acheter ce ciment, théoriquement d’excellente qualité, si ce n’est que Lafarge est leader mondial des ciments spéciaux et à ma connaissance personne ne peut en fabriquer de meilleurs.

Lorsqu’on aborde la question du transport par bateau versus par camionnage. Il en coûte moins cher de transporter du ciment par camions si les chantiers se trouvent à proximité de la cimenterie que de transporter du ciment par bateau puis de le transborder par camions pour se rendre au chantier.

Il faut donc calculer toute la chaîne de transport et non un seul segment. Idem au niveau de la production de pollution…

Que dire de ce, je cite : « Elle émettra 20 % moins de gaz à effet de serre par tonne de ciment produite que la moyenne de ses concurrentes. » ?

Le principe de production du ciment ici repose sur des méthodes conventionnelles. Donc par l’alimentation de « fourneaux » qui doivent fonctionner en continu, ainsi le calcul théorique est basé sur une production telle que celle que vous annoncez de 2,2 millions de tonnes par ans. Mais que ce passe-t-il si cette production est seulement de 70% des objectifs recherchés (peu de cimenteries actuellement marchent à 100%) ?

Techniquement parlant la quantité de gaz à effet de serre rejetée sera à peu près équivalente pour une production de 70% ou de 100% puisque la quantité d’énergie pour alimenter les fours sera à peu près la même quelle que soit le niveau de la production.

De plus, l’évaluation des rejets relève encore actuellement du stade purement théorique, c’est seulement en phase opérationnelle qu’on pourra voir effectivement si le niveau de pollution de cette unité de production pose un problème ou bien pas pour l’environnement.

— À ma connaissance, des cimenteries qui ne posent aucun problème en termes d’environnement, cela n’existe pas.

Qui plus est, ce n’est pas spécifiquement le niveau de rejets de gaz à effets de serre qui est au centre de l’interrogation. C’est plutôt la nature du combustible qui pose problème. Puisqu’à moins de changement dans ce projet, fruit d’une entente probable avec la pétrolière Suncor, ce sont ces « cokes » de pétrole issus des déchets du pétrole des installations de Fort McMurray qui sont toujours prévus pour alimenter ses fourneaux. Il faudrait aussi étudier la quantité de souffre rejeté dans l’atmosphère puisque ces cokes sont particulièrement soufrés.

Si l’on regarde dans ce cas l’aspect cumulatifs du bilan environnemental (pétrole sale + production de coke de pétrole [cokéfaction] + transport + utilisation du combustible + toutes sortes de rejets atmosphériques), la cimenterie de Port Daniel engloutira à elle seule tous les efforts produits par la Québec pour optimiser son bilan environnemental depuis plus de dix ans.

Pour ne pas écrire un commentaire excessivement long, je ne commenterais pas le bouclage financier. Il n’en demeure pas moins surprenant. Ou plutôt, il n’est pas surprenant politiquement.

Si mes informations sont exactes, c’est du ciment importé de Corée du sud qui sert à l’édification de ce mastodonte. Preuve indubitable s’il en est une… que ce n’est pas le prix du ciment qui coûte le plus cher dans la construction lorsque dans un contexte de mondialisation, il est possible de faire venir du ciment d’où que ce soit pour alimenter l’industrie de la construction sans devoir se préoccuper plus qu’il n’en faut du coût.

En point final, Ciment McInnis devra apporter la preuve irréfutable qu’il est un acteur désormais incontournable dans l’industrie du bâtiment et de la construction à une époque où le maître mot repose sur les structures, les armatures, la composition et la mise en œuvre du béton, sans compter toutes sortes de matériaux composites dont les usages n’en sont encore qu’à leurs balbutiements.

— Qu’on me permette sur ce sujet, en tout respect de demeurer encore quelque peu au nombre des sceptiques dans ce Québec pourtant tout simplement paradisiaque 🙂

« Si mes informations sont exactes, c’est du ciment importé de Corée du sud qui sert à l’édification de ce mastodonte. Preuve indubitable s’il en est une… que ce n’est pas le prix du ciment qui coûte le plus cher dans la construction lorsque dans un contexte de mondialisation, il est possible de faire venir du ciment d’où que ce soit pour alimenter l’industrie de la construction sans devoir se préoccuper plus qu’il n’en faut du coût. »

Petite question: Pouvez-vous une cimenterie du Québec qui aurait voulu vendre du ciment à son futur plus grand compétiteur?

Il faut tenir compte que l’est des USA ne sont pas auto suffisants en ciment.
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C’est l’usine la plus moderne qui est la plus compétitive. Ça les spéculateurs de grands chemins n’y peuvent rien.

Enfin la position géographique de la Gaspésie, d’être connecté directement sur les océans vient servir ses habitants et est reconnu comme son atout économique majeur. La situation géographique de cette région de la province aurait du depuis bien longtemps servir de levier économique a son développement. Bravo monsieur Duhamel de l’avoir mis en évidence et bon succès a Ciment Mcinnis en espérant pour la Gaspésie d’autre projet majeur lié a cet immense atout imparable.

Est-ce qu’une partie de l’article a été tronqué? sinon, l’argumentation pour virer capot est plutôt faible pour justifier la création d’une usine qui sera le plus important pollueur industriel du Québec… avec 2millions de tonnes de GES par année, et ce en Gaspésie, la plus belle et pure région du Québec…

Vraiment pas fort l’argument pour changer d’idée.De plus ca va être beau une mine à ciel ouvert dans le milieu du village.Magouille politique autour de ce projet.Éléphant blanc???le temps nous le dira.