CIRAIG : l’ACV qui fait du bien

L’analyse du cycle de vie permet aux entreprises et aux États de connaître et de réduire leur empreinte écologique. Et des écobilans, le CIRAIG en a fait plus de 160 !

CIRAIG : l’ACV qui fait du bien
Photo : Matthieu Rivard

FINALISTE : COOPS-OSBL

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« Une patente d’universitaires qui ne marchera jamais. » C’est ainsi qu’un haut placé du secteur du recyclage au Québec qualifiait l’analyse du cycle de vie (ACV) au début des années 2000. « Dix ans plus tard, tout le monde en parle ! » dit Daniel Normandin, cofondateur du Centre inter­universitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et ser­vices (CIRAIG), à qui on avait lancé cette remarque.

ACV ? L’acronyme évoque plus souvent un accident cérébrovasculaire qu’un concept issu de la science de l’environnement. Aussi appelée écobilan, cette démarche permet d’évaluer l’impact environnemental d’un produit, d’un service ou d’un procédé, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination en passant par la fabrication, l’emballage et la distribution. Elle fournit des indications et des résultats qui permettent aux entreprises et aux États de modifier leurs façons de faire pour réduire leur empreinte écologique.

Fondé en 2001 à l’initiative de l’École polytechnique de Montréal, en collaboration avec l’Université de Montréal et HEC Montréal, le CIRAIG a quelque 160 écobilans à son actif (une telle analyse coûte de 20 000 à 300 000 dollars et nécessite de six semaines à six mois de recherche, selon sa complexité). Sa clientèle compte de grandes entreprises comme Rona, qui a mis au point la gamme de produits Eco en suivant ses recommandations, et le Cirque du Soleil, qui a effectué des ACV sur les bouteilles d’eau réutilisables, notamment. Mais aussi des PME québécoises comme Garant (pelles, râteaux) et Liberté (pots de yogourt) ainsi que des mastodontes tels que Pratt & Whitney Canada et Rio Tinto Alcan, qui souhaitaient prendre un virage plus vert.

Pour répondre à la hausse de la demande au Canada et à l’étranger, l’École polytechnique a créé en 2009 une entité indépendante du CIRAIG : Quantis International, née d’une fusion avec Ecointesys – Life Cycle Systems (Suisse), elle-même issue de l’essaimage au sein de l’École polytechnique de Lausanne. Dotée de bureaux à Montréal, Boston, Lausanne, Paris et Lyon, cette entreprise de service-conseil compte 45 ingénieurs et scientifiques spécialistes des écobilans, dont 7 au Canada.

Bien que Quantis ait une dizaine de concurrents dans le monde, son PDG canadien, Daniel Normandin, ne se fait guère de souci pour son avenir. « Tous les produits et services peuvent faire l’objet d’une ACV, dit-il. Le potentiel est énorme ! »

Au Québec, la notion du cycle de vie est comprise dans la Loi sur le développement durable ainsi que dans le projet de loi 88, qui concerne la gestion des matières résiduelles. Et puisqu’elle est reconnue par le Programme des Nations unies pour l’environnement comme la seule à faire consensus sur le plan international, cette approche devrait bénéficier d’un bon coup de pouce à l’occasion du Sommet de la Terre Rio +20, qui se tiendra en 2012. « À long terme, l’ACV constituera la pierre angulaire de la nouvelle économie verte et responsable », prédit Daniel Normandin.