Coincés par la prochaine récession ?

Nul ne sait quand frappera la prochaine récession. Chose certaine, quand elle arrivera, l’économie et l’emploi seront en mauvaise posture pour longtemps si électeurs et élus restent prisonniers de leur pusillanimité budgétaire.

(Photo : iStockphoto)
NDLR: Cette chronique, parue dans l’édition magazine d’août 2017, a été écrite avant la hausse du taux directeur à 1 % en septembre 2017 par la Banque du Canada.

Dans combien de temps, la prochaine récession ? Impossible à prédire. Il n’y a pas de règle. Il ne s’est passé que deux ans entre les récessions de 1980 et de 1982, mais la récession de 2009 s’est produite 17 ans après celle de 1992. D’où viendra la prochaine ? Peut-être d’un éclatement de la bulle immobilière à Vancouver ou à Toronto ; d’un nouveau dérapage des marchés financiers à New York ; ou d’un écrasement soudain de l’économie chinoise…

Le Canada est-il prêt à affronter une récession qui plomberait l’économie et l’emploi ? Dans le passé, pour s’en sortir, on s’est surtout fié à la politique monétaire de la Banque du Canada. En faisant suffisamment diminuer le taux d’intérêt, la Banque pouvait relancer l’investissement des entreprises et la consommation des ménages, et ainsi freiner la récession et amorcer une reprise de la production et de l’emploi.

Mais de combien de points de pourcentage la Banque du Canada doit-elle faire diminuer le taux d’intérêt pour assurer une bonne relance économique ? Pour guider le jugement, le tableau ci-dessous présente les faits dans le cas des six dernières récessions canadiennes. La plus forte diminution (– 12,7 points) a eu lieu lors de la récession de 1982. À l’autre extrême, en 2009, l’une des baisses les plus faibles s’est produite (– 4,3 points), ce qui explique d’ailleurs en partie la lenteur et la fragilité de la reprise vécue depuis huit ans.

Mais si une récession nous tombait dessus, de quelle marge de manœuvre la Banque du Canada disposerait-elle pour abaisser le taux d’intérêt à court terme ? Le taux d’intérêt étant actuellement de 0,5 %, la réponse est que la Banque serait carrément prise de court. Le gouverneur Poloz ayant jugé que le plus bas taux d’intérêt envisageable serait un niveau négatif de – 0,5 %, la baisse de taux la plus forte possible serait au total de 1 point de pourcentage. Elle serait quatre fois plus faible que la plus petite baisse qui a eu lieu lors d’une récession antérieure (– 4,0 points en 1961). La Banque pourrait toujours tenter de promouvoir une reprise économique en faisant directement baisser divers taux d’intérêt à long terme. Mais cela risquerait de susciter des chicanes politiques inextricables, chaque emprunteur désirant voir diminuer son propre taux d’intérêt.

Certains prient le ciel pour que le taux d’intérêt à court terme remonte bientôt à 4 % ou 5 %. Advenant une récession, la Banque du Canada pourrait alors abaisser le taux autant qu’en 2009 (– 4,3 points). Malheureusement, peu d’analystes sont présentement convaincus que le taux d’intérêt à court terme va remonter au-delà de 1 % ou 2 %. Cela veut dire que, lorsque la prochaine récession frappera, le taux sera, selon toute probabilité, nettement inférieur au niveau qui a précédé la dernière récession. Oubliez la possibilité de faire redémarrer la machine économique avec une petite baisse de 2 points de pourcentage du taux d’intérêt à court terme. Ce serait comme donner un coup de mouchoir à un éléphant pour le faire avancer.

Il reste un autre outil d’intervention, dont l’efficacité est prouvée lorsque les taux d’intérêt sont faibles et que l’économie est en récession. Il s’agit d’une politique budgétaire qui combattrait la récession par des mesures temporaires d’accélération des dépenses (par exemple, en infrastructures) et de réduction des impôts (par exemple, de la TPS et de la TVQ).

Pour fonctionner, il faudrait que cette politique budgétaire antirécession soit bien coordonnée entre les trois ordres de gouvernement, puisque le budget global des provinces et des municipalités est presque deux fois plus élevé que le budget fédéral. Il faudrait qu’Ottawa et les provinces suspendent leurs interminables chicanes et songent plutôt au bien-être de l’ensemble de la société. Et que tous ces gens, y compris ceux que la seule vue du mot « déficit » rend hystériques, acceptent d’enregistrer temporairement les déficits budgétaires requis. Bref, qu’ils grandissent un peu.

Chose certaine, si électeurs et élus restent prisonniers de leur pusillanimité budgétaire, l’économie et l’emploi seront en mauvaise posture pour bien longtemps quand la prochaine récession frappera.

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16 commentaires
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Les taux d’endettement des gouvernements, entreprises et citoyens ont dépassé toute logique. Pour le moment, tout le système fonctionne sur un poumon artificiel et un coeur sous plusieurs contraintes d’aide à maintenir ses battements. Les banques centrales offrent un taux de base (Prime rate) de moins de 1% depuis 12 ans afin que les entreprises et citoyens puissent payer leurs dettes mais c’est tout à fait le contraire qui s’est produit, tout ce beau monde en a profité pour se sur-endetter sans penser qu’ils s’embarquaient dans des dettes à court et long terme dont les taux augmenteraient un jour.

Les taux augmentent comme vous pouvez le constater depuis une année et ils continueront d’augmenter durant les prochains mois et années. Comme les dettes à moyen (5 à 10 ans) et long (10 ans et plus) verront leur taux augmenter du simple au double, les entreprises et citoyens seront étouffés rapidement.

Les entreprises faisant partie du Fortune 500 démontrent une équité moyenne de 37%, i.e. pour chaque dollar investit, sa valeur n’est que de 0.37$. Le plus bas taux de tous les temps.

Les citoyens dépensent comme s’il n’y avait pas de lendemain et font vivre les sociétés de cartes de crédit et les banques. Une étude publiée par la Banque du Canada en septembre 2016 démontre que la prochaine récession causera des préjudices bien au-delà de ceux des récessions de 1873, 1929, 1980, 1992 et 2008 car il n’est plus question d’une simple “bulle” immobilière ou autre, il s’agit d’une hémorragie collective dont les gouvernements et banques ne pourront rien faire pour leur venir en aide.

Il est clair que plus nous attendons et plus la récession sera difficile. Le rêve insensé des États-Unis sur l’emploi ne ramènera personne aux bercail. Personne ne pourra s’offrir des biens fabriqués au États-Unis lorsque les employés sont payés 15$ de l’heure et plus pendant qu’ils ont toute la difficulté du monde de se les payer lorsqu’ils sont fabriqués en Asie à des salaires de 1.40$.

Combien de personnes mettent leurs domiciles en jeu pour se payer encore plus de gugus inutile. Le gouvernement du Canada veut augmenter à nouveau la mise de fond initiale et mise de fond lors du renouvellement de l’hypothèque d’ici peu.

Pourquoi aucune entreprises ne veut transformer les minérais au Canada et Québec, parce que les employés exigent des salaires qui ne tiennent pas debout. Aucune entreprise ne pourra concurencer les entreprises asiatiques dans ce contexte. Nous n’avons qu’à constater le secteur minier qui vit présentement une diminution des ses effectifs partout au Canada. Pourquoi ? parce que les salaires en font des investissement caduques dès le départ.

La politique budgétaire actuelle est aberrante. Alors que l’économie va bien (plus de 4% de progression, la première du G7), le gouvernement fédéral enregistre des déficits supérieurs à 25G$. Comme on ne pourra compter sur une baisse des taux, à combien faudrait-il aller comme déficit efficace? Comme les provinces sont en mauvaise posture financière (sauf Québec) par design constitutionnel, comme les municipalités ne sont pas autorisées à faire des déficits, que pourraient-elles faire? Si le fédéral pousse le déficit à 50G$, à quelle vitesse la dette deviendra-t-elle insupportable?

La dette canadienne par citoyen est de 50% de celle du Québec. Les infrastructures ont été laissé à la traine durant 1 décennie pour les routes ainsi que 4 à 6 pour les ponts et viaducs. Le Canada à une dette égale à 116% de son PIB, une performance moyenne parmis les pays membres de l’OCDE, notez que l’OCDE inclus les dettes des provinces dans l’endettement d’un pays. Nettement meilleur que de plusieurs grandes nations.

Le Canada n’a aucun autre choix que d’investir pour remettre le tout à niveau.

Au Québec, la dette est le double de celle du Canada et ne tient pas compte des dettes municipales et des hôpitaux pour se dorer la pilule. Une mesure qui fut mise en place par Lucien Bouchard en 1998 et prouver qu’il diminuait la dette de la province.

Que dire des citoyens dont les dettes dépassent les 170% !

Les actions à prendre ne sont pas évidentes. Le taux d’intérêt est déjà à son plus bas. Notre déficit annuel actuel est énorme.
Il faudrait possiblement éduquer la population à la réalité qu’une augmentation continue de la portion gouvernementale dans notre économie n’est pas une solution – l’augmentation de la productivité gouvernementale étant toujours plus faible que l’augmentation que donne le secteur privé.

Selon le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim, ce sont quelques 30 000 milliards de dollars (US) qui dorment actuellement dans des banques et ce malgré la faiblesse des taux d’intérêts, voire des taux négatifs lorsque cet argent est déposé dans diverses Banques centrales.

Pourtant ce ne sont pas les besoins en investissements qui manquent.

Il semblerait par conséquent que la baisse des taux d’intérêt ne soit plus un argument suffisant pour pleinement relancer l’investissement, l’emploi ou encore la consommation en période de récession notamment.

Un des aspects actuels des récessions est qu’il est rare qu’elles ne frappent qu’une seule région ou un seul pays. Ainsi les mesures prises par divers États sont-elles souvent les mêmes en même temps. Il n’y a donc que peu ou pas d’avantage concurrentiel dans ces conditions, à moins d’une dévaluation de la monnaie… encore faut-il avoir des biens et des services en demande pour l’exportation… et que le pays exportateur ne soit pas trop tributaire d’autres pays pour ses propres importations.

Ce qui pourrait en partie être le cas du Canada.

Des politiques budgétaires pourraient-elles vraiment faire la différence ? Objectivement, je ne sais pas. Je ne suis pas sûr que des baisses de taxes générales sur la Valeur ajouté (TPS-TVQ) apportent automatiquement les bienfaits recherchés.

Au contraire, certains experts estiment — notamment ceux de la Banque mondiale -, que des taxes élevées et croissantes sur le carbone au niveau planétaire seraient une très bonne chose pour lutter contre les changements climatiques et pour relancer l’investissement sur l’ensemble des secteurs qui touchent à l’environnement.

Ce qui naturellement donne un bon « coup de pouce » pour l’emploi.

Si on souhaite offrir des cadeaux fiscaux, c’est plutôt par de généreuses subventions ou l’absence de taxes sur les véhicules écoénergétiques, également de la même façon pour toutes les constructions écologiques, l’agriculture biologique, l’énergie solaire et les entreprises qui œuvrent à réduire de toutes les façons possibles les impacts sur l’environnement.

Les taxes foncières qui touchent très inégalement les ménages, gagneraient certainement à être reconditionnées à fin de tenir compte plus réellement de la capacité de payer des contribuables.

Il est donc très possible de réduire considérablement les impacts d’une récession et peut-être la meilleure façon de lutter contre celles-ci, cela consiste tout bonnement à penser autrement.

Il y a de la pub pour boire avec modération, de la pub pour conduire une auto avec prudence, alors pourquoi ne pas aussi éduquer la population sur l’endettement avec modération ?
Les statistique le prouve assez clairement, la population en général ne savent pas faire un budget.
Une bonne pub qui fait la comparaison entre deux familles, une qui a une plus petite maison et une auto qui convient bien à leurs budgets et une autre qui à leurs maison et auto de leurs rêve, mais qui est pris à la gorge.

Il ne faut pas oublier que le gouvernement agit de la même façon que ses citoyens ! Alors pourquoi demander à notre gouvernement de faire de la publicité pour sensibiliser ses citoyens à budgetter , alors que lui-même dépense sans compter !!!

La stratégie de la Banque du Canada se limite présentement à contrôler l’inflation. On remarque que les politiques de bas taux d’intérêt (même à des taux négatifs) ou pire, le QE n’ont pas eu l’effet attendu pour relancer l’économie.

Puisque dans une période de récession, c’est la demande qui fait défaut, une manœuvre de dépenses gouvernementales peut suffire à relancer l’économie, tout étant relatif à la gravité de la récession. Dans le cas d’une récession grave et qu’un chômage important persiste, une politique keynésienne peut être insuffisante, alors il faut songer à augmenter le salaire minimum et à une réorganisation du travail comme réduire le temps de travail entre autres.

« …n’ont pas eu l’effet attendu pour relancer l’économie. » (sic)

You hou…z’avez pas lu les journaux et/ou navigué sur Internet récemment? Les bonnes nouvelles économiques se succèdent à un rythme élevé.

Notre taux de chômage est à un bas historique et la création d’emplois est incroyablement élevé (on est même en manque d’employés dans plusieurs domaines), le Québec a (enfin!) renoué avec des surplus budgétaires (merci aux Libéraux d’avoir pu redresser la situation catastrophique que nous avait laissée les péquistes), les dépenses du gouvernement québécois sont sous contrôle, le taux d’occupation des travailleurs est très élevé, notre PIB est en constante augmentation (4.3% au premier trimestre!!!), progression nette de la demande intérieure, et on a même dû augmenter les taux d’intérêts pour mieux contrôler l’inflation qui découle de ces bonnes nouvelles.

Bien sûr, tout n’est pas rose bonbon (endettement étatique, endettement des ménages, surabondance de fonctionnaires, etc…) mais d’affirmer que les mesures préconisées par nos gouvernements « n’ont pas eu l’effet attendu » est…disons…maladroit vu les circonstances.

@François 1
Sauf ce qui concerne ma remarque sur la Banque du Canada, mon commentaire avait une base plus large que le Canada ou le Québec. Avec des pratiques de bas taux d’intérêt et de « Quantitative easing » à souhait par les banques centrales, l’économie en générale ne s’est pas remise de la crise de 2008. Les indicateurs économiques peinent à rejoindre les indices d’avant la crise.

Certains jovialistes, comme vous, montraient leur optimisme en 2007 et pour les années à venir. On connaît la suite.

@ Marc Sauvageau:
« On connaît la suite. » (sic).

Pour la suite, voir mon commentaire précédent: « You hou…z’avez pas lu les journaux et/ou navigué sur Internet récemment? Les bonnes nouvelles économiques se succèdent à un rythme élevé. »

Bien sûr, l’économie connaît des hauts et des bas ce qui est tout à fait normal MAIS nous vivons actuellement une situation économique de rêve au Canada et au Québec sauf pour ce qui est de notre endettement collectif qui, selon moi, pourrait devenir très…très problématique si les taux d’intérêts augmentent tangiblement. Le poids de notre dette pourrait alors devenir insupportable.

(merci aux Libéraux d’avoir pu redresser la situation catastrophique que nous avait laissée les péquistes) ????
Quelle perte de temps de répondre à ce commentaire !
Au lieu de s’acharner à réduire un groupe , pourquoi ne pas s’offrir une bonne éducation ? Peut-être la réponse de surendettement.
You hou veut bien dire que quelqu’un cherche quelqu’un ? Non ?

Il faudrait dès le premier cycle du secondaire donner des cours d’ économies aux étudiants pour leur apprendre à compter et ainsi réduire le surendettement chez nos jeunes et leur apprendre que rien n’ est gratuit sur cette terre! Même la gratuité scolaire n’ est pas gratuite !!!

@ genest:

« Au lieu de s’acharner à réduire un groupe , pourquoi ne pas s’offrir une bonne éducation ? Peut-être la réponse de surendettement. » (sic)

…et c’est précisément ce que vient de faire notre Ministre de l’Éducation, Monsieur Proulx, au grand dam des profs et des grosses centrales syndicales qui préfèrent garder nos jeunes dans l’ignorance des règles de base de l’économie les rendant ainsi plus faciles à manipuler.

Votre article est excellent, finalement un peu de clarté à propos de cette politique monétaire expansionniste qui nous appauvrit et rend nos gouvernements vulnérables. Je vous invite à lire un article publié en 2005 de Jim Puplava qui a pour titre ‘The Core Rate’. Depuis 2006 je suis activiste et j’ai trouvé un projet pour sauver nos économies soit le mouvement M.A.P.S. et son site web: plusdemaisons.org