Combien d’emplois seront créés au Québec d’ici 2019 ?

Philippe Couillard en a promis 250 000, Carlos Leitão en prévoit maintenant 156 000, mais en créer 125 000 serait déjà un beau succès.

Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne
Photo: Jacques Boissinot/La Presse Canadienne

Blogue EconomieLe 6 mars 2014, à l’aube de la dernière campagne électorale provinciale, le Parti libéral du Québec a rendu public son premier et plus important engagement, soit celui de «créer 250 000 emplois au cours des cinq prochaines années».

Le 21 mai suivant, dans son discours d’ouverture de la session de l’Assemblée nationale, le premier ministre, Philippe Couillard, a répété que son objectif était «de faire en sorte que l’économie du Québec soit en mesure de générer la création de 250 000 emplois en cinq ans».

Six mois plus tard, le 10 novembre 2014, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a cependant paru mettre de l’eau dans son vin en affirmant que les 250 000 emplois en cinq ans, «ce n’était pas une promesse, c’était une cible, un objectif». Mais dès le lendemain, M. Couillard a fermement réitéré qu’il s’agissait bel et bien d’un engagement, et pas seulement d’une cible ou d’un simple objectif. «Nous maintenons cet engagement, a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale, et ce n’est pas un engagement qui a été pris sur le coin d’une table.»

Les 250 000 emplois promis : l’explication de M. Couillard

Le premier ministre a profité de l’occasion pour expliquer comment l’engagement des 250 000 emplois a été calculé. Il a rappelé que, sous le gouvernement de Jean Charest, «on a créé, entre 2003 et 2012, en moyenne 40 000 emplois par année». M. Couillard en a déduit que si, au cours des cinq années à venir, l’économie ne faisait que reproduire la performance moyenne des années Charest en matière d’emploi – années qui ont vu le taux de chômage diminuer sensiblement au Québec –, il se créerait 40 000 x 5 = 200 000 emplois. Simple règle de trois. M. Couillard a alors mentionné que son engagement précis était de voir à ce que l’économie crée 50 000 emplois de plus que ces 200 000.

Cela ferait au total 250 000 emplois créés de 2014 à 2019. Cette amélioration de la performance du Québec en matière d’emploi résulterait de la confiance accrue dans l’économie qui, espérait-il, serait suscitée par les politiques gouvernementales dans les milieux d’affaires.

Le retournement démographique va tout changer

Le problème avec le calcul de M. Couillard, c’est qu’il ne tient pas compte du retournement démographique qui est en train de bouleverser radicalement la population québécoise de 15 à 64 ans, d’où proviennent 97 % des personnes au travail. L’éléphant dans la pièce.

Le graphique ci-dessous permet de visualiser ce retournement démographique. Entre 2003 et 2012, la population québécoise de 15 à 64 ans a augmenté en moyenne de 37 000 personnes par année. Il était alors relativement facile pour l’économie de créer 40 000 emplois par année. Or, la situation sera complètement inversée entre 2014 et 2019. L’Institut de la statistique du Québec prévoit en effet que la population de 15 à 64 ans va diminuer en moyenne de 5 000 personnes par année au cours de cette période. Cela veut dire que la croissance démographique que représentait l’addition annuelle de 37 000 personnes à cette population au cours de la période de 2003 à 2012 ne pourra plus à l’avenir être une source de croissance de l’emploi comme avant. On ne peut tout simplement pas créer des emplois pour des gens qui n’existent pas.

Ce virage de la population de 15 à 64 ans d’une hausse annuelle de 37 000 personnes entre 2003 et 2012 à une baisse annuelle de 5 000 entre 2014 et 2019 est prévu depuis longtemps par les démographes. En projetant la création d’emploi future au Québec par simple règle de trois sans en tenir compte, on a fait une promesse qui sera malheureusement impossible à tenir.

La prévision de M. Leitão : une addition de 156 000 emplois

Comment effectuer le bon calcul ? Il faut prendre acte du fait que la croissance de l’emploi a deux sources possibles : ou bien la population des âges actifs (surtout les 15 à 64 ans) augmente et fournit de nouvelles recrues, ou bien son taux d’emploi, c’est-à-dire le pourcentage de cette population qui occupe un emploi, augmente.

C’est exactement la distinction qu’a mise à profit le ministre Leitão afin de prévoir la croissance de l’emploi de 2014 à 2019 dans son Plan économique du Québec de mars dernier. Le Plan a été publié en même temps que le budget 2015-2016. On peut le trouver ici.

Pour l’évolution de la population, la prévision du ministre est conforme au scénario de référence démographique de l’Institut de la statistique du Québec. Quant au taux d’emploi, M. Leitão a supposé qu’il va croître annuellement deux fois plus vite de 2014 à 2019 que pendant les années Charest, de 2003 à 2012.1

Il s’ensuit des hypothèses retenues par M. Leitão selon lesquelles il se créerait non pas 250 000 emplois, mais seulement 156 000, de 2014 à 2019. Le Plan économique n’a pas mis ce chiffre en lumière explicitement, sans doute parce que le ministre ne voulait pas attiser de nouveau la controverse au sujet du nombre d’emplois qui seront créés. Mais la prévision des 156 000 emplois est bien là. Elle peut être immédiatement déduite des chiffres rapportés dans le Plan.2

Et si le taux d’emploi se comportait comme dans les années Charest ?

Retenons comme tout à fait adéquate la méthode de calcul employée par M. Leitão, qui a traité séparément l’évolution à venir de la population de 15 à 64 ans et celle de son taux d’emploi. Qu’arrive-t-il alors si, au lieu de supposer, comme il l’a fait, que le taux d’emploi va augmenter deux fois plus vite de 2014 à 2019 que pendant les années Charest, on examine plutôt l’hypothèse que le taux d’emploi des 15 à 64 ans va croître au même rythme annuel d’ici cinq ans qu’au cours du cycle économique complet de 2003 à 2014 ? Le résultat, dans ce cas, est que la création d’emploi sur cinq ans ne serait ni de 250 000 ni de 156 000 postes, mais de 90 000 emplois seulement. Plombée par la démographie.

Je n’ai aucunement l’intention de défendre ici le point de vue qu’il ne va se créer que 90 000 emplois au Québec de 2014 à 2019 ! Toutes sortes d’aléas, dont plusieurs favorables, peuvent survenir. Le taux d’activité des 55 ans et plus, qui est en hausse constante depuis 20 ans, peut se mettre à augmenter encore plus rapidement. Le taux de chômage peut diminuer plus que de 2003 à 2014 si l’environnement économique est bon au Canada et à l’étranger et que les politiques gouvernementales sont avisées. La scolarisation des jeunes et, de là, leur taux d’emploi peuvent avancer plus rapidement si notre soutien à la persévérance scolaire est couronné de succès. Etc.

Créer 125 000 emplois en cinq ans serait un beau succès

La projection de 90 000 emplois créés en cinq ans, qui reproduiraient la hausse du taux d’emploi des années 2003 à 2014, mais dans un contexte de diminution de la population de 15 à 64 ans, sert plutôt à rappeler deux choses.

La première est que l’engagement des 250 000 emplois est une promesse qui ne pourra être tenue. Ceux qui y ont cru et y croient encore vont être amèrement déçus. Le gouvernement pouvait espérer remplir son engagement à équilibrer le budget dès 2015-2016, parce qu’il avait plein contrôle de sa fiscalité et de ses dépenses. Mais dans le cas de sa promesse de créer 250 000 emplois en cinq ans, c’est une autre paire de manches : il ne contrôle pas la démographie et, dans la catégorie des principaux âges actifs, celle-ci dégringole.

La seconde chose que la projection de 90 000 emplois sert à rappeler est que la prévision de 156 000 emplois que vient d’effectuer M. Leitão est plus près de ce qui nous attend que les 250 000 emplois de M. Couillard, mais qu’en même temps, elle est fort probablement elle aussi tirée vers le haut. Compter sur une augmentation du taux d’emploi de la population québécoise de 15 à 64 ans deux fois plus rapide de 2014 à 2019 que pendant les années Charest, c’est en demander beaucoup à la grâce divine.

En fait, si le Québec réussissait à créer 125 000 emplois en cinq ans, soit seulement la moitié des 250 000 du slogan gouvernemental, sa richesse par habitant d’âge actif augmenterait plus rapidement que depuis 2003 et son taux de chômage continuerait à diminuer. Ce serait en soi un succès dont tous devraient se réjouir.

* * *

1 Le taux d’emploi avait augmenté rapidement au cours de la période de 1996 à 2003, mais c’était lié à deux phénomènes passagers : la forte reprise économique qui avait suivi la stagnation de 1990 à 1995 et l’ascension ponctuelle (et spectaculaire) du taux d’activité féminin induite par la politique familiale du Québec.

2 Voici les maths. Statistique Canada estime que 4 059 700 Québécois en moyenne avaient un emploi en 2014. À partir des chiffres du tableau B.2 du Plan économique, le niveau moyen d’emploi prévu par le ministre Leitão pour 2019 se calcule comme suit : 4 059 700 x 0,999 x 0,999 x 0,9985 x 0,998 x 1,009 x 1,009 x 1,009 x 1,0085 x 1,008 = 4 216 100. Il y aura donc, selon lui, 4 216 100 – 4 059 700 = 156 400 emplois créés entre 2014 et 2019.

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Personnellement, la promesse de nouveaux emplois par les politiciens est une routine en période d’élections qui n’a pas sa raison d’être.

Ce genre de promesse peut coûter la peau des fesses aux contribuables. Par exemple, si un politicien voit le taux d’emploi diminuer, il « créera » des emplois à la pelle mais ces emplois seront au final aussi artificiels que la glace du Centre Bell. Les éoliennes, Hydro-Québec, la SAQ, le nombre de fonfons, etc… et la plupart des emplois en région au Québec en sont un parfait exemple.

De plus, la création d’emplois, la VRAIE, dépend beaucoup plus de l’entreprise privée et de l’économie en général que des gouvernements.

Savants calculs!

Mais dans le fond vous n’en savez rien et serez probablement surpris comme la plupart des gens…

Nous sommes au sommet d’une bulle de spéculation immobilière, les prix n’ont jamais été si élevés, les propriétaires si nombreux, les ménages si endettés, les taux d’intérêt si bas. A mon avis et même sans tenir compte de la démographie il faut être un sacré rêveur pour croire qu’on peu partir de ce point vers de belles années de croissance.

Ce serait possible si le dollar canadien restait faible sur de nombreuses années, ou encore si le Québec avait une politique monétaire souveraine.

Ah…ça…pour demeurer faible longtemps, très…très longtemps, la « piasse à Lévesque » le demeurera sans aucun doute.

Comme la monnaie des républiques de bananes.

Vous croyez que le dollar canadien serait devenu fort pendant les années 2000 si la valeur de la production de ressources énergétiques n’avait pas explosé?

Je ne vois pas pourquoi vous faites référence aux devises de ces « républiques de bananes » (qui ont d’ailleurs une croissance beaucoup plus importante que le Canada de la dernière décennie, ça devrait vous gêner), alors que le dollar canadien était 40% plus faible avant les belles années des sables bitumineux.

Je vais vous poser la question directement, croyez-vous qu’un dollar fort par rapport au dollar américain est souhaitable ou nuisible à l’économie du Québec?

La piasse à MONSIEUR Lévesque valait 0.75$………..la piasse du Canada à une certaine époque……..0.62$…………alors……………!

Selon Statistiques Canada, le pourcentage des personnes âgées de plus de 65 ans qui continuent de travailler augmente à chaque année, il fut de 19% en 2014 alors qu’il était de 14% en 2013 et 12% en 2012. Toujours selon ce rapport, 61% des 65 ans et plus travaillent à temps plein alors que la moyenne d’heures est de 28 pour le reste. Le nombre d’heures travaillées est en augmentation aussi rapide que les taux du nombre de travailleurs. Cette première étude n’est que le début d’un ensemble d’études dont le deuxième apportera les raisons (en pourcentage bien entendu) pour lesquelles les personnes de 65 ans et plus demeurent au travail. au premier coup d’oeil, tout semble démontrer qu’il s’agit de personnes endettées qui n’ont pas réellement le choix de continuer. Les deux raisons principales d’endettement sont d’avoir emprunter pour payer les études universitaires de leurs enfants et l’achat d’une nouvelle maison. C’est d’ailleurs une des nombreuses questions qui seront demandées lors du prochain recensement de 2016 servant au deuxième rapport. Par la suite, Statiistiques Canada publiera les données à chaque année alors que la première étude fut effectuée en 2013 et terminée en 2014 sur des données débutant en 2011.

M. Fortin avait mentionné que « le taux d’activité des 55 ans et plus, qui est en hausse constante depuis 20 ans, peut se mettre à augmenter encore plus rapidement », merci d’apporter les chiffres probants. Petite question toutefois, il s’agit du taux d’activité des 65 ans et plus au Québec ou au Canada?

Le taux d’emploi des 55+ et dans les tranches 55-59, 60-64 et 65+ augmente au Québec comme dans les autres parties du Canada depuis 20 ans. Le rapport entre le taux d’emploi des 55+ du Québec et celui du Reste du Canada est passé de 79 % en 1995 à 86 % en 2014. Le Québec est donc encore en arrière de la moyenne canadienne, mais l’écart se referme peu à peu. Excellentes remarques de W.R.

Il nous faut plus d’immigrants. Mais voilà, les québécois n’en veulent pas, à moins qu’ils soient chrétiens ou post-chrétiens, parlent français dans les six mois, n’aient d’autre comportement que celui d’opiner quand on évoque les « valeurs québécoises », et attendent qu’on le leur demande avant d’exprimer une opinion.

Pour contrer votre mauvaise foi, je vous recommande la lecture de « Le remède imaginaire – Pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec » aux éditions Boréal. Les auteurs y déboulonnent de façon remarquable, études et chiffres à l’appui, le mythe bien incrusté et bien entretenu de l’immigration salvatrice. On y apprend surtout que le supposé remède pourrait bien finalement tuer le cheval…

Je vous ferai remarquer que ce livre ne fait aucune distinction entre les immigrants et les réfugiés. Ce sont les réfugiés qui proviennent de pays en guerre depuis 20 ans qui aboutissent au Québec et font du grabuge, ce n’est pas le cas des immigrés, bien au contraire, ceux-ci envoient leurs enfants aux études supérieures avec un taux bien au delè des Québécois de souche. De plus ils parlent souvent deux ou trois langues ce que les Québécois de souche ne veulent rien entendre parce que la langue française est pour eux la seule langue valable. Ils ne s’aperçoivent pas qu’ils s’encadre dans quatre pieds carrés et seront relégués aux emplois les moins rémunérés. Au moins s’ils pouvaient le parler correctement. Pour ce qui est de l’écrire, nous oublierons cela.

J’ espère que l’ économie va nous créer le plus d’ emplois possible!

Le problème n’est pas locale mais bien international. Les États-Unis sont sur le bord du précipice et la prochaine débâcle est de plus en plus proche avec beaucoup plus de répercussions cette fois-ci. Les citoyens ne comprendront jamais que vivre à crédit c’est vivre au jour le jour mais lorsqu’ils seront dans la rue, ils finiront peut être par comprendre.