Comment combattre le prix de l’essence ?

Il suffit de faire comme les Européens : rouler moins et de façon économique.

Au début de juin, le baril de pétrole brut se vendait de 125 à 130 dollars américains sur le marché mondial. À 159 litres par baril et avec le dollar canadien à parité avec l’américain, le litre de pétrole brut nous revenait à 82 cents canadiens. Ajoutons à cela la marge habituelle de 15 cents pour le raffinage et la distribution, de même que les taxes, totalisant 41 cents. Nous obtenons ainsi le prix de 1,38 $, qui était alors généralement en vigueur au Québec pour l’essence ordinaire à la pompe. Au moins, il y a une bonne nouvelle : sans l’appréciation du huard depuis cinq ans, le litre d’essence ordinaire nous coûterait 50 cents de plus, soit 1,88 $ plutôt que 1,38 $ !

Est-ce que ce sont les spéculateurs de New York ou de Londres qui maintiennent le prix mondial du baril de pétrole dans les hauteurs ? Pas vraiment. Spéculer veut dire qu’on achète aujourd’hui dans l’espoir de revendre demain à prix plus élevé. Mais pour faire passer le prix du baril de pétrole de 25 à 125 dollars en cinq ans et l’y garder par pure spéculation, les acheteurs auraient été obligés de stocker des quantités astronomiques de cette mélasse noire dans de grosses citernes en attendant de les revendre. Or, nulle part dans le monde on n’a observé d’accumulation importante et anormale de pétrole brut en réservoirs au cours des années récentes. C’est plutôt le contraire qui inquiète : les stocks disponibles sont généralement bas.

Si l’enchérissement du brut n’est pas d’origine spéculative, il doit forcément refléter l’interaction des forces fondamentales de l’offre et de la demande mondiales. Ces forces sont bien connues. D’une part, la demande d’énergie en provenance de grands pays émergents comme la Chine et l’Inde progresse à vive allure. D’autre part, les pays exportateurs de pétrole peinent à augmenter leur capacité de production pour répondre à cette demande en explosion. Les nouveaux gisements sont moins nombreux, plus compliqués et coûteux à exploiter qu’avant. Pensez aux sables bitumineux d’Alberta ou au pétrole qu’on va chercher au fond des mers.

Il y a fort à parier que le déséquilibre entre offre et demande de pétrole persistera, voire même s’accentuera, dans les années à venir. Il y aura probablement des hauts et des bas dans les prix, mais la tendance vers le haut devrait dominer à long terme. Aussi bien nous préparer à modifier nos habitudes de manière fondamentale et permanente.
Comment combattre le prix de l’essence ? En roulant moins et de façon économique. Vous parcourez 20 000 km par année avec votre automobile ? Essayez de réduire la distance à 15 000 km. Faites comme les Européens, qui paient déjà leur essence 2,30 $ le litre : prenez l’autobus, le métro, le train ou votre vélo pour aller travailler. Votre voiture consomme neuf litres d’essence aux 100 km ? Changez-la pour une plus petite, qui n’a besoin que de six litres pour parcourir la même distance. À elles seules, ces deux mesures feront diminuer votre consommation d’essence de moitié : 20 000 km à neuf litres aux 100 km vous coûtent présentement 2 400 dollars par année ; 15 000 km à six litres aux 100 km ne vous coûteront que 1 200 dollars.
Il y a un autre avantage. Si on inclut les intérêts de l’emprunt, l’entretien, les réparations et la dépréciation, une grosse automobile peut coûter environ 10 000 dollars par année d’utilisation. La petite voiture, elle, ne coûtera que 6 000 dollars. Économie annuelle : 4 000 dollars. Vous en aurez quatre fois plus que nécessaire pour financer vos allers-retours au travail grâce à votre nouveau moyen de transport.

Malheureusement, il faut convenir que vous aurez l’air moins macho. Mais vous pourrez dire fièrement à vos enfants que vous avez réduit de moitié la quantité de saloperies que vous envoyez dans l’air chaque année et qui sont en train d’étouffer leur planète !

ET ENCORE…
Le pétrole est la principale source de dioxyde de carbone. Ce dernier cause des changements climatiques qui risquent d’éliminer les grands mammifères. « À l’heure actuelle, tous les mammifères de plus de trois kilos sont dans le collimateur, y compris l’homme », dit l’astrophysicien Hubert Reeves.

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