Comment contrer les robots

Les Bourses doivent désormais compter avec les réseaux virtuels. Pour s’en protéger, elles ont choisi de s’unir, pour le meilleur et pour le pire.

Bourse : Comment contrer les robots
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Londres et Toronto, la surenchère de Nasdaq pour acquérir New York et contrer Francfort, la tentative avortée de Singapour et Sydney. Les projets de fiançailles se multiplient entre les grandes places boursières de la planète. On peut y voir des mariages de raison, les Bourses traditionnelles devenant de grands conglomérats financiers capables d’offrir les services de transactions sur actions, options, contrats à terme, obligations, etc., sur plusieurs marchés et fuseaux horaires. Mais c’est aussi une alliance qui, espèrent-elles, va les protéger des systèmes de négociation parallèles (ou ATS, en anglais, pour alternative trading systems).

Ces réseaux virtuels, qui appartiennent habituellement à de grands courtiers ou à de gros investisseurs institutionnels, ont proliféré au cours de la dernière décennie. Grâce à des plateformes informatiques hyper-performantes, ils gagnent quelques lucratives fractions de seconde sur leurs concurrents pour réaliser les opérations d’achat et de vente de titres. Et grâce à leurs structures légères – peu d’employés et peu de réglementation -, leurs frais de transaction se calculent en centièmes de cent par action, ce qui fait économiser des millions de dollars annuellement à leurs utilisateurs.

« C’est certain que ces systèmes parallèles nuisent à la rentabilité des grandes Bourses », convient Luc Bertrand, ancien président de la Bourse de Montréal, maintenant vice-président du conseil de la Banque Nationale, l’une de celles qui s’opposent à la fusion Londres-Toronto.

Au Canada, les concurrents virtuels des Bourses se nomment Chi-X (filiale du géant financier japonais Nomura Securities), Pure Trading, Omega et, surtout, le Groupe Alpha, qui regroupe de grands noms de l’industrie financière. Ces dernières années, ces réseaux virtuels ont grugé considérablement le marché de la Bourse de Toronto. Cette dernière n’aurait plus que 64 % du volume des transactions, alors qu’Alpha en a 22 % et Chi-X Canada 8 %, selon les données de février fournies par le Groupe Alpha.

Toutes les grandes banques canadiennes sont actionnaires du Groupe Alpha. Desjardins et l’Office d’investissement du Régime de pension du Canada le sont aussi. La filiale de courtage de la TD, le plus gros utilisateur d’Alpha, est à la tête d’un groupe de banques (incluant la Nationale et la CIBC) qui s’opposent à la fusion entre les Bourses de Londres et de Toronto (le Groupe TMX).

Dans une lettre ouverte publiée début mars, ces banques s’inquiétaient des répercussions de cette transaction, parce que Londres, propriétaire à 55 %, aurait le dernier mot sur le développement du secteur financier canadien.

« Nous nous inquiétons de la perte d’autonomie que ces fusions transfrontalières font planer sur les marchés nationaux. Cette fusion avec Londres, c’est prendre beaucoup de risques – pour avoir quoi en retour ? » demande Luc Bertrand, de la Banque Nationale.

Même si certains de ses actionnaires s’y opposent, le président du Groupe Alpha, Joe Schmitt, est favorable à la transaction Londres-Toronto. Il y voit une « occasion d’affaires » pour son organisation, qui pourrait alors se targuer d’être la plus importante Bourse de propriété canadienne. « Dorénavant, les décisions seraient prises à Londres et les intérêts du Canada auraient moins d’importance, nous confiait-il. Alpha deviendrait alors la Bourse canadienne par défaut. »

Alpha a demandé à la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario de lui accorder le statut de Bourse à part entière. Une réponse est attendue dans les prochains mois.

 

 

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