Comment devenir un dragon

En contribuant à la campagne d’investissement participatif d’Ubios, j’ai probablement perdu 250 dollars.

Cet article a été publié en 2016. Une mise à jour a été ajoutée à la fin du texte.

Vous aimeriez mettre de l’argent dans une start-up ? Bonne chance.

Acheter des actions d’une jeune pousse en appelant un courtier, comme vous le feriez pour une entreprise cotée en Bourse, est impossible. Certes, vous pourriez vous adresser directement à un entrepreneur pour offrir d’investir. Mais à moins que vous possédiez un compte en banque bien garni, il vous répondra probablement « non merci ».

Du moins, c’était le cas jusqu’à tout récemment.

Le 24 janvier, la start-up Ubios a lancé la première campagne de financement participatif en capital du Québec — ou d’Amérique du Nord, si vous êtes flexible dans vos critères. Contrairement au sociofinancement traditionnel, une contribution ne donne pas droit à un cadeau, tel un t-shirt ou une affiche, mais à des parts bien réelles de l’entreprise.

Ubios, qui met au point une technologie de prévention des dégâts d’eau, a déjà dépassé son objectif de 100 000 dollars grâce à une centaine de petits investisseurs. Et je fais partie du nombre.

Non pas que je croie en Ubios. Mes connaissances à son sujet se résument à ce que j’ai lu en diagonale sur son site Web, ce qui s’avère largement insuffisant pour juger du potentiel d’une jeune pousse. En fait, je me contrefiche qu’Ubios connaisse du succès ou non. J’y ai placé une somme symbolique pour une seule raison : accéder aux coulisses du capital de risque.

L’univers du capital de risque, qui consiste à financer de jeunes entreprises, est méconnu du grand public. L’émission Dans l’œil du dragon en a fait un spectacle qui prend fin sur une poignée de main, comme si la suite importait peu — d’ailleurs, la majorité des ententes tombent à l’eau une fois les caméras fermées.

N’êtes-vous pas curieux d’en savoir davantage sur les relations entre l’investisseur et l’entrepreneur ? Sur les défis qui attendent l’entreprise qui dispose soudainement d’importantes liquidités. Surtout, n’aimeriez-vous pas savoir si l’investissement rapporte ou non ?

Voilà ce que ma contribution à la campagne d’Ubios permettra de découvrir. Des informations que je partagerai avec vous, jusqu’à ce que mon investissement génère un gain… ou une perte. Tout gain éventuel sera versé à une œuvre de charité.

Mon intention initiale était d’investir la somme de 1 dollar. En partie pour diminuer les apparences de conflit d’intérêts, en partie pour diminuer le risque financier. Or, après la création de mon « profil d’investisseur » sur GoTroo, la plateforme utilisée par Ubios pour sa collecte de fonds, j’ai constaté que le minimum requis était de 250 dollars. Ainsi soit-il.

Avant de pouvoir entrer mon numéro de carte de crédit, j’ai dû accepter les « termes et conditions du contrat ». Un classique du Web auquel s’ajoutaient ensuite neuf cases (neuf !), dont quatre uniquement pour certifier la reconnaissance du risque. J’ai tout coché.

Ubios
Au cas où vous n’auriez pas compris, cet investissement est risqué.

Cette lourdeur est due au fait que tout le processus est réglementé et surveillé par l’Autorité des marchés financiers. Non sans raison : le capital de risque est, comme son nom l’indique, risqué.

La quasi-totalité des jeunes pousses échouent. Ubios pourrait aussi survivre pendant des années sans que je touche un seul sou. Car pour que je récupère mon investissement, l’entreprise doit connaître un « succès ».

Celui-ci peut prendre la forme d’un appel public à l’épargne ou, si vous préférez, une introduction en Bourse. Je pourrais alors vendre mes parts au prix du marché et encaisser un joli profit. Hélas ! cette fin heureuse est « rare », selon la FAQ de GoTroo.

Un succès « plus probable » serait qu’une autre entreprise achète Ubios — et, du même coup, mes parts — à un prix plus élevé que l’évaluation actuelle de la start-up. Dans un tel cas, le tiroir-caisse de tous les contributeurs de la campagne sonnerait.

La patience s’avère toutefois de mise. Selon GoTroo, il faut « attendre en moyenne huit ans ou plus » pour espérer, peut-être, éventuellement, avec de la chance, s’enrichir grâce à un tel investissement.

Entre-temps, impossible de convaincre quelqu’un de racheter mes parts d’Ubios. Elles ne peuvent pas être vendues, à quelques exceptions près, sans obtenir une dispense discrétionnaire de la part de l’Autorité des marchés financiers. Ce qui me coûterait plus cher en frais d’avocat.

Mise à jour : En 2019, soit un peu plus de trois ans après mon investissement, un cabinet d’avocats m’a transmis par courriel une lettre du PDG d’Ubios. Malgré des ventes totalisant près d’un million de dollars, l’entreprise n’a pas réussi à trouver le financement nécessaire pour produire sa technologie.

L’un des cofondateurs a même claqué la porte d’Ubios et porté plainte contre la jeune pousse à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. Le motif : salaire impayé.

Ubios a été condamnée à lui verser près de 70 000 dollars. L’entreprise souhaitait contester le jugement, mais n’en avait pas les moyens. En fait, elle n’avait plus les moyens de rien : elle a déclaré faillite en août 2019. De mes 250 dollars, il ne reste plus rien.

Les commentaires sont fermés.

Pas évident en effet. Je me demande même quel est l’avantage. Q’Ubios vendent cela en parts, c’est le minimum à mon avis. Sinon, c’est un don.

Après, c’est trop limitatif ou trop peu prometteur. En ne gardant que les startup qui promettent le moindrement, quels sont les gains potentiels?

Bref, pour l’investissement, je crois que l’argent serait mieux placée ailleurs. À mon avis, seuls ceux qui en font une carrière peuvent s’en sortir. Ils sauront mieux analyser les dossiers et risquent de prendre de meilleures décisions.

En passant, ce serait intéressant de savoir quels sont les dragons les plus fiables (et les moins fiables…).