Comment un petit PDG deviendra-t-il grand?

On ne naît pas leader, on le devient. C’est ce que dit la science du leadership.

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Illustration: Marie Mainguy

«Avoir du leadership, c’est rendre les autres meilleurs.»

Voilà le message étonnant qu’Éric Paquette véhicule aux 250 gestionnaires qui défilent chaque année à l’Institut de leadership en gestion. Économiste et ancien directeur général du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec de 2005 à 2011, il a fondé son institut à Montréal en 2013. «Nos clients ont été catapultés à un poste de direction ou de gestion — parfois lorsqu’ils étaient assez jeunes. La plupart ont une formation technique et ils cherchent à accéder à un autre mode de pensée. Ils savent intuitivement que diriger, c’est plus que seulement gérer.»

Pendant ces six jours de formation, les gestionnaires, par groupes de 30, apprennent non seulement à mobiliser des équipes, mais aussi à acquérir des techniques de rhétorique et des méthodes pour reconnaître les personnalités. Ils développent également leurs aptitudes politiques et leur prise de conscience personnelle. «Parce qu’un bon leader se connaît lui-même et connaît ses limites, il peut embarquer tout le monde dans son idée, même en dehors de sa hiérarchie, et faire en sorte que tout le monde rame dans le même sens», soutient Éric Paquette.

Avec son institut, Paquette n’a pas réinventé la roue. «Le leadership est le sujet le plus traité par les sciences de la gestion depuis le début du XXe siècle. Il est partout. C’est le sous-texte de tout», dit Éric Brunelle, professeur agrégé au Département de management de HEC Montréal et professeur associé à la Chaire de leadership Pierre-Péladeau. «De Gaulle, Churchill, mère Teresa étaient de grands leaders, mais de style et de pouvoir très différents.»

Derrière cette documentation abondante, il y a un problème simple: la définition de cet anglicisme bizarre. À la source, «leadership» vient du verbe «to lead», qui signifie simplement diriger, mener (par opposition à gérer). Le leadership signifie littéralement «qualité du bon meneur». «Le leadership, c’est comme l’amour: on sait tous que ça existe, mais il n’y a pas deux personnes qui vont le définir de la même manière», souligne Éric Brunelle.

«L’enjeu du leadership est d’améliorer la manière dont nos dirigeants pensent et agissent», soutient Alan Watkins, auteur de nombreux livres sur le sujet et fondateur du cabinet Complete Coherence, une maison londonienne spécialisée dans la formation des PDG de multinationales. Alan Watkins voit une question de leadership derrière tous les grands succès et les échecs calamiteux, derrière chaque petite victoire et chaque petit ratage médiocre. «Un mauvais leadership peut avoir des conséquences désastreuses pour l’entreprise et la société dans son ensemble», dit celui qui a personnellement interviewé 34 personnes parmi la cinquantaine à l’origine de la crise financière de 2008. «Ils se sont mis des millions dans les poches, mais leur mauvais leadership a provoqué des milliers de suicides.»

La fin de l’autoritaire

Au début de XXIe siècle, ce que l’on attend d’un leader a changé par rapport à la conception très autoritaire, voire militaire, du leadership version XXe siècle. Depuis la crise financière de 2008, l’âpreté au gain a mauvaise presse. On recherche davantage d’écoute et d’empathie. D’abord, parce que les chercheurs en psychologie du travail comprennent mieux ce qui fait un bon dirigeant, et aussi parce que la société demande autre chose.

La génération du millénaire, entrée sur le marché du travail entre 2000 et 2010, a imposé un nouveau paradigme. «Ces jeunes réagissent très négativement à l’expression de l’autorité. Leur approche de la décision est très démocratique. Ils vont chercher le sens, le but», constate Davide Pisanu, directeur général de la stratégie d’entreprise au Cirque du Soleil et ancien consultant chez McKinsey & Company, une boîte de consultants stratégiques.

Il explique que cette ouverture à l’autre ne remet nullement en cause la capacité de décider. «Un bon leader est toujours capable de trancher, croit Davide Pisanu. Mais si les gens se sentent légitimement consultés, ça rend la décision plus viable.»

Les chercheurs conviennent tous que le leadership de crise, où les décisions doivent être prises très vite et d’autorité, de façon directive, a toujours sa place — en cas de crise, justement. «Mais dans 99,9 % des cas, le leadership s’exerce dans un cadre très différent qui demande autre chose», précise Suzanne Gagnon, professeure adjointe de comportement organisationnel à la Faculté de gestion Desautels de l’Université McGill.

«Le leadership, ce n’est pas inné, cela s’apprend», souligne Julian Barling, professeur de comportement organisationnel à l’Université de la Reine (Queen’s), à Kingston, et auteur du livre The Science of Leadership. Selon ses arguments, toutes les organisations (entreprises, OSBL, ministères) ratent des occasions fantastiques parce qu’elles sont aveuglées par une série de mythes sur le leadership. On assume en général que le leadership vient d’en haut et que les gens savent être de bons leaders parce qu’ils ont observé leurs supérieurs, leurs parents, leurs enseignants. «Au lieu de réserver la formation au leadership aux seuls candidats les plus prometteurs, celle-ci devrait être offerte à tous les cadres d’une organisation — y compris, et même surtout, à ceux qui en arrachent, dit-il. Parce que le leadership doit s’exercer à tous les échelons d’une organisation. J’irais même plus loin en disant qu’une organisation bien menée devrait produire des leaders capables de former d’autres leaders.»

ASTUCES DE NOTRE PARTENAIRE

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Aux yeux d’Alan Watkins, une entreprise est d’abord un ensemble de relations plutôt qu’une machine à produire. «Une équipe heureuse travaille mieux. Comment est-ce qu’on construit une équipe heureuse? Faire marcher une relation, c’est compliqué. On le sait: 40 % des couples finissent par divorcer. Et quand les gens se remarient, ça finit en divorce dans 60 % des cas.»

D’après lui, les formations en gestion sont presque toujours mal orientées. On tâche d’enseigner aux cadres des matières et des compétences particulières, alors qu’on devrait d’abord leur apprendre à être, tout simplement. Grâce à de nombreux questionnaires, il a établi que les dirigeants de grandes entreprises sont très raffinés pour tout ce qui concerne les aspects les plus pointus de la gestion. «Mais ils sont souvent peu formés à la psychologie, à la sociologie, aux relations humaines. Et ce qui est pire, selon moi, c’est qu’ils sont très, très peu à l’écoute d’eux-mêmes. Actuellement, on ne fait qu’effleurer le potentiel humain de nos dirigeants. On ne va pas chercher tout ce dont ils sont capables, parce qu’on ne les développe pas en tant que personnes.»

Depuis 40 ans, les psychologues ont élaboré toutes sortes de questionnaires pour mesurer le niveau d’épanouissement de l’égo. Alan Watkins fait passer ce test systématiquement à tous ses clients. Les résultats sont souvent désastreux. «Bien des PDG de 30, 40 ou 50 ans, qui sont parfois des milliardaires possédant des connaissances fantastiques, ont la maturité émotionnelle d’un enfant de 13 ans, dit-il. Alors ils piquent des colères, ils intimident, ils ignorent leur entourage, ils n’encouragent personne. Ils sont souvent inconscients de tout ce que font les autres pour que ça marche.»

«Mes recherches m’ont montré que le leadership n’est jamais individuel, précise Suzanne Gagnon. Il vient de la collaboration. Il faut même accepter que les niveaux inférieurs puissent avoir du leadership. Le leader formel sait reconnaître les vrais leaders dans une organisation, qui ne sont pas nécessairement au sommet de la hiérarchie.»

Ce dont convient Martin Thibault, président et cofondateur d’Absolunet, une agence Web de commerce électronique et de contenu numérique. Il donne fréquemment des conférences à l’Institut de leadership en gestion pour témoigner de sa propre expérience. «Un bon leader est rarement un bon technicien. Un bon technicien est un acteur très important dans une organisation, mais ce n’est pas un leader. Un bon leader cimente tout le monde autour d’un certain nombre de valeurs.»

Martin Thibault reconnaît que cette notion de valeurs communes est très galvaudée, même si elle est réelle. «Trop d’entreprises affirment avoir des valeurs, que leurs employés sont incapables de nommer», croit-il. Chez Absolunet, ces valeurs sont résumées par le vocable «CRÉER», acronyme de Créativité, Respect, Engagement, Expertise, Résultats. Et le premier lundi de chaque mois, lorsque Martin Thibault réunit ses 110 employés pour leur exposer les résultats financiers, les objectifs mensuels et les problèmes à résoudre, il prend toujours le temps de souligner les bons coups des employés qui ont réalisé quelque chose qui touche l’une ou l’autre de ces valeurs. «Et c’est comme ça qu’on fait travailler nos gens très fort sans rien leur imposer, parce qu’ils adhèrent à nos valeurs.»

Quand il fait le tour de tout ce qui se dit et s’écrit sur le leadership, Éric Brunelle est frappé par sa nature insaisissable, fugace, même. Cela tient sans doute au fait que le leadership n’existe pas en soi, comme un objet, mais qu’il «s’exprime», tel un art d’interprétation, selon des manières et dans des circonstances qui varient à l’infini. «Il vient un moment, dit-il, où le leadership assure une cohérence, une magie.» Comme l’amour.

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6 commentaires
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Une des questions plutôt pertinente posée par cet article, c’est de savoir si les « leaders » post-crise de 2008 seraient meilleurs que ceux qui l’ont provoqué. Je ne saurais avoir réponse à une telle question. Pourtant, lorsqu’on observe que « moultes » économies du monde sont au point-mort, lorsqu’on note que quelques-unes passent par diverses formes de dépressions et de récessions durables, lorsqu’on s’aperçoit que même les économies en croissance croissent plutôt moins vite qu’auparavant….

Je me demande si le « leadership » a vraiment changé ou si on chercherait à nous vendre plutôt qu’il y a eu changement et que ce changement est positif. Illustrant en somme l’adage suivant lequel : En toutes choses malheur est bon »….

Ainsi les crises sont bonnes et même le « mauvais » leadership peut avoir du bon !

J’ai connu un temps où le maître mot c’était : « l’autogestion » ; cela signifie qu’il n’y a pas de bons et de mauvais leaders. Cela signifie qu’une entreprise bien gérée ne peut l’être sans qu’il n’y ait partage de la gestion avec tous les employés. Qui dit partage de la gestion, dit partage des gains en sorte qu’un bon leader se devrait d’être un assembleur qui laisse volontiers sa place au moment le plus opportun.

En ce sens, tout leader est en quelques sortes prisonnier de la structure qu’il a créé ou bien celle à laquelle il appartient. Un de mes vieil-ami d’enfance — devenu plus tard PDG d’une multinationale -, posait souvent à ses postulants aux postes d’encadrement, la question de leur relation face à l’enfermement. Faisant référence aux écrits du philosophe Michel Foucault sur la psychiatrie et sur les rapports du pouvoir et ceux du savoir.

Dès lors que vous vous soumettez à quelle qu’autorité qu’elle soit… vous êtes cuit. Vous ne saurez jamais à l’avance comment vous vous en sortirez. Alors ma foi oui ! On peut dire en effet que le leadership c’est un peu comme l’amour, que si la tromperie est encore une forme de magie… eh bien ma foi, rares sont sans-doute les amours heureux. Si bien que rares devraient être les leaders qui fassent vraiment long feu.

— Était-ce vraiment, ce que cet article cherchait à démontrer ?

Pour moi, le leadership, c’est la capacité que possède une personne et qui fait en sorte que les autres ont le goût de la suivre. Ça ne s’improvise et ce n’est pas une science exacte. C’est plus intuitif.

J’adore la musique, je joue même un peu de piano … comme un pied. Par contre, j’ai toujours eu des aptitudes comme leader, j’ai suivi des cours, parfois intéressants qui expliquaient ce que je savais déjà intuitivement, d’autres complètement déconnectés de la réalité. Si tu ne possèdes pas les aptitudes au départ, suis les cours que tu voudras, tu ne seras jamais plus qu’un gestionnaire. Surtout si tu as 50 ans …
Les vendeurs de formations, les universitaires et autres spécialistes ont une vision de la réalité qui se limite à lire des articles et des analyses statistiques de leurs paires et à compiler des études pour en faire des corrélations. Lisez les réponses des retraités au travail dans la Presse lors d’une enquête récente et vous verrez que le discours théorique véhiculé par les spécialistes sur l’importance de l’expertise, le mentorat … est déconnecté de la réalité actuelle des modes de gestions. En bon français, l’expression est «les babines ne suivent pas les bottines».
Tant que les entreprises seront cotées en bourses, le profit sera l’objectif qui primera sur tout, même en l’obtenant malhonnêtement. Nommez-moi une haute direction qui accepte de sacrifier ses bonus pour conserver des emplois! Les CA, au Québec entre autres, sont des organisations incestueuses, on y voit toujours les mêmes noms. La peur inspirée par la crise de 2008 est passée depuis longtemps déjà, et les nouvelles stratégies de production de richesse virtuelle sont déjà en place. Le président américain leurs arrange le coup en ce moment même.
On veut des leaders, oui. Mais pour qu’ils disent aux employés qu’ils n’ont plus d’emploi et que le gardien va passer avec la boîte pour qu’ils ramassent leurs affaires, ou qu’on a un nouveau délit à relever parce qu’on a mis à pied la moitié des effectifs, mais augmenté les objectifs de rentabilité …
Aujourd’hui, les vrais leaders sont en trouble de l’âge adulte … en dépression quoi! Parce qu’ils n’en peuvent plus d’entendre les niaiseries qui se véhiculent lors des réunions de gestionnaires et de voir la réalité de leur milieu de travail.

Exact! J’étais officier dans la marine Américain depuis longtemps, et j’étais intéressé en « leadership » a travers ma carrière. Au résultat, j’ai formulé cette régle pour discriminé entre les gérants et les leaders: les gérants s’occupent avec les détails de l’organization, des activités, et des procesus de son enterprise; les leaders s’occupent avec l’âme de son enterprise, son énergie, son esprit, sa vision et sa direction. Donc les rôles d’un gérant et un leader sont entièrement différent.

Merci de mettre par ecrit, a la portee de tous, ce qui est si simple et donc bien difficile a mettre en oeuvre pour certains…

Le leadership se vit lorsque l on a une vraie relation entre plusieurs individus qui par le partage de leur personnalite parviennent a grandir, tous et chacun, en poussant vers un but commun destine a ameliorer la vie du plus grand nombre possible. Le leader est celui qui peut provoquer cet etat d esprit chez ses semblables et initier le mouvement. C’est ma facon d interpreter ce terme au sens si fondamental.