L’austérité et le bien commun

Où se cache la fameuse austérité si le nombre de fonctionnaires augmente, si les dépenses de l’État continuent de croître et si la dette publique enfle continuellement ?

Photo: Newzulu/La Presse Canadienne
Photo: Newzulu/La Presse Canadienne

Blogue EconomieLe gouvernement couperait trop, trop rapidement, et sans avoir signalé au préalable ses intentions et les mesures qu’il entend prendre.

Il s’attaquerait à la taille de l’État, minerait sa capacité à répondre aux besoins de la population, détériorait les services publics et risquerait de provoquer une nouvelle récession, le tout pour des considérations strictement idéologiques.

Voilà, en quelques mots, ce que les partis d’opposition, les mouvements communautaires et les syndicats reprochent au gouvernement libéral, qui fait de l’équilibre budgétaire la pierre d’assise des premières années de son mandat.

Il serait bon de revoir ces arguments pour les apprécier à leur juste valeur.

Celui sur l’idéologie est pour moi le plus suspect. Il est risible de dire que les autres sont guidés par une idéologie, alors que de notre côté, nous n’aurions que le bien commun en tête.

Nos positions et nos attitudes concernant les enjeux de société ou même l’éducation de nos enfants sont animées par un certain nombre de valeurs et d’idées fortes. Nous avons tous une idéologie, pas juste ceux qui ne pensent pas comme nous. De la même façon, le bien commun n’est pas un concept breveté à l’usage exclusif d’une certaine gauche bien pensante.

Par exemple, je pense que l’accessibilité réelle et pérenne à des services médicaux de grande qualité est davantage menacée par notre endettement et notre propension à accumuler les déficits que par l’établissement de services offerts par le privé et une gestion serrée des coûts. J’ai juste une compréhension différente du bien commun que ceux qui pensent que l’État peut tout s’offrir, qu’il est toujours le pourvoyeur de services le plus efficace, qu’il doit toujours être en situation de monopole et que la capacité de payer des citoyens est infinie.

Le gouvernement couperait-il trop ? Martin Coiteux veut abolir 1 150 postes l’an prochain et réduire de 2 % les effectifs de la fonction publique. Puisque 2 000 fonctionnaires partent à la retraite chaque année, le seul jeu de l’attrition devrait permettre d’atteindre l’objectif. Cela m’apparaît au contraire comme un objectif très modeste.

L’État va-t-il disparaître et ses services, réduits au maximum s’il devait par malchance se retrouver avec 98 % de l’effectif actuel ? Bien sûr que non. Il devra tout simplement faire mieux, comme toutes les organisations qui doivent composer avec un ralentissement de leurs revenus, et ce, même si leur clientèle augmente.

Le discours des opposants prétend que ces compressions font suite à une longue série de mesures de restrictions budgétaires et que leur effet cumulatif mine les services aux citoyens. D’où le discours contre l’«austérité», ce mot qu’on essaie d’imposer et de diaboliser.

Quelle austérité ? Je la cherche en vain. De 2007-2008 à 2011-2012, le nombre de postes à équivalence temps plein dans la fonction publique québécoise a augmenté de 1 022 personnes.

Si l’on intègre le secteur parapublic (hôpitaux, universités, etc.), il y a eu une augmentation de 25 055 fonctionnaires pendant cette même période, soit un gain de 6 000 postes par année. Dans la grande fonction publique, ce qui inclut les sociétés d’État, la CAQ faisait état dans la campagne électorale de 70 000 fonctionnaires de plus sur une période de dix ans.

En 2013-2014, les dépenses consolidées du gouvernement, excluant le service de la dette, ont connu une croissance de 5,4 %. Pas mal, quand votre économie ne croît que de 1,9 % (PIB nominal, qui intègre l’inflation) pendant la même période !

Les dépenses de l’État ont toujours été à la hausse, et le gouvernement québécois s’est retrouvé en situation de déficit sur un peu plus des deux tiers des trois dernières décennies.

Où se cache la fameuse austérité si le nombre de fonctionnaires augmente, si les dépenses de l’État continuent de croître et si la dette publique enfle continuellement ? Dans les paiements de transferts aux citoyens (prestations, allocations, etc.), qui représentent, bon an mal an, entre 21 % et 22 % des revenus des Québécois ? Non plus, car la proportion est remarquablement stable entre 2007 et 2011.

Nous assistons plutôt aujourd’hui à un exercice de rigueur budgétaire qui devrait permettre d’assainir les comptes publics. Cet exercice est jumelé à une tentative de mesurer la taille de l’État, l’étendue de ses services et leur efficience.

Comme contribuable qui participe au financement des recettes de 78 milliards de dollars perçus par le gouvernement cette année (ses revenus autonomes) et une partie des paiements de transfert fédéraux de 18,6 milliards de dollars, je pense que cet effort de rigueur et de bonne gestion est nécessaire et que je pourrais en être le principal bénéficiaire.

C’est ma conception du bien commun.

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef et/ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes du canal Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

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Pour moi, la situation que nous vivons n’a rien à voir avec l’idéologie. Je suis dans l’ensemble en accord avec les prémisses du gouvernement. Ce qui me dérange plutôt, c’est l’art et la manière ou peut-être le manque de doigté ou de « savoir-faire » en la matière.

Ce manque de « savoir-faire » est peut-être normal, car c’est la première fois qu’on remette grandement en questions l’ensemble des missions de l’État québécois et surtout la façon dont il faut mener à bien ces missions. Aussi, il est compréhensible que ce gouvernement puisse quelquefois projeter l’image qu’on ne sait pas trop dans quelle direction il s’en va.

Est-ce que vous accepteriez que je construise votre maison, en vous disant : « voilà, je sais ce qu’il faut faire… tout va bien s’passer… » Et que je ne vous soumette pas d’abord un plan ? Au terme de l’exercice, c’est vous qui allez payer la maison et c’est encore vous qui devrez payer les dépassements au niveau de la construction et c’est toujours vous qui devrez payer les réparations si tout a été construit croche surtout si je vous ai fait malignement signer un contrat qui me libère de toute responsabilité.

Moi ce que j’aimerais, c’est une bonne planification, que le gouvernement s’engage et engage sa responsabilité sur des résultats, quitte à ce que les objectifs soit raisonnables, donc atteignables, quitte à ce que les choses prennent un peu plus de temps.

Ce qui compte c’est que les choses aillent bien d’ici 2020 ou avant si possible et non que tout se casse la gueule en 2016-17 ou 2018. Hors la priorité de l’État québécois, c’est d’abord l’emploi, c’est sur sa capacité de livrer au moins 250 000 jobs d’ici la fin de son mandat que nous jugerons monsieur Couillard et non sur le fait que l’équilibre budgétaire soit atteint en 2015-16.

Si la rigueur est importante, je n’en doute pas, ce sont les entrées fiscales qui contribueront astucieusement à la réalisation de ces objectifs qu’à toutes fins pratiques je trouve légitimes, lesquelles relèvent de la prudence et non spécifiquement des idéologies. Après tout, il y a dans le coffre à outils du libéralisme des moyens de faire bien tout en préservant dans la plupart des cas le droit équitable des citoyens de vouloir préserver des acquis, tout comme autant que faire se peut leur pouvoir d’achat.

C’est dans le respect et avec respect que nous parviendrons à nos fins. D’ailleurs c’était un des mantras du Premier ministre. Pour réellement convaincre, il manque présentement à ce gouvernement une bonne dose de dynamisme. On ne règle pas les grands maux en jouant un jeu qui fâcheusement ressemblerait ici à s’y méprendre avec de l’apathie.

Tout ce que vous mentionnez M. Duhamel, ce ne sont pas les rêveurs de Québec Solidaire, ni les sociaux-démocrates du PQ, ni la CAQ qui nous ont amené là, mais bien le gouvernement libéral qui avait les deux mains sur le volant depuis des années.

« Quelle austérité ? Je la cherche en vain. De 2007-2008 à 2011-2012, le nombre de postes à équivalence temps plein dans la fonction publique québécoise a augmenté de 1 022 personnes. » Ce qui me trouble dans cette affirmation, c’est de lire un chroniqueur économique comme Pierre Duhamel qui, à chaque mois dans son blogue, s’inquiète que le Québec perde des emplois à temps plein pour se faire remplacer par des emplois à temps partiel. Nous avons ici un exemple flagrant des raisons de son inquiétude parce que l’augmentation est « principalement imputable à l’augmentation des ETC occasionnels, étudiants et stagiaires. L’effectif régulier a diminué de 1 382 ETC entre 2007-2008 et 2011-2012, soit une baisse de 3,0 %; ». On essaiera ensuite de me convaincre que ce n’est pas là, une mesure d’austérité.

Ou est l’URGENCE CATASTROPHIQUE ???

Ou est la nécessité des lois MAMMOUTHS ???

Avec des taux d’intérêts aussi bas, pourquoi l’atteinte de déficit zéro immédiatement?

Pourquoi le RISQUE de nuire une reprise économique en se privant de promouvoir la relance par des mesures SOLIDES (pas du soupoudrage) et des incitatifs à la consommation (le nerf de cette guerre de croissance)?

Les pays qui stimule la croissance au lieu de couper dratisquement réusissent mieux….