Couple : êtes-vous compatibles financièrement ?

Quand l’amour est tout nouveau, tout beau, parler d’argent semble tout sauf sexy. C’est pourtant essentiel pour savoir vraiment à qui vous avez affaire.

Illustration : Melanie Lambrick pour L'actualité

À en croire la psycho pop, la manière dont se règle la facture au premier rendez-vous peut être un signe de générosité, d’équité, de cupidité, de pauvreté, de galanterie, de sexisme, de richesse et plus encore. En réalité, mieux vaut ne pas essayer d’y voir grand-chose, conseille la professeure Kristy Archuleta, de l’Université de Géorgie.

Cette chercheuse étudie la thérapie financière, un champ de recherche récent qui combine la psychologie et la planification financière. Et s’il y a un moment où nos émotions déforment notre rapport à l’argent, c’est bien lors de la magie des premiers mois. « C’est une période où on essaie d’impressionner l’autre personne, où on est plus généreux. »

Au fur et à mesure que la relation avance, le portefeuille reprend tranquillement le dessus sur l’irrationalité. « Observez comment la personne dépense habituellement son argent — ou ne le dépense pas, dit Kristy Archuleta. C’est important, car cela vous permettra de voir si vos intérêts sont alignés. »

L’argent, comme le répètent souvent tant des experts que des conjoints, constitue une source non négligeable de conflits dans un couple. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi cela vous choque que l’être aimé achète le dernier iPhone chaque année ou commande encore une figurine « essentielle » à sa collection ?

« L’argent donne une matérialité aux valeurs », dit Hélène Belleau, professeure à l’Institut national de la recherche scientifique. La somme que vous êtes prêt à payer pour votre voiture, de la nourriture bio, l’éducation de vos enfants ou vos vacances en famille reflète ce qui compte réellement pour vous. Si bien que lorsqu’un conflit éclate pour une dépense, la plupart du temps, « on se chicane sur des valeurs ».

Pour éviter que ces querelles ne soient trop fréquentes, il est donc préférable de se préoccuper de la manière dont l’autre utilise l’argent dès le début d’une relation. Et ce, aussi matérialiste, intéressé et peu romantique que cela puisse sembler.

Un autre constat qui peut être fait tôt dans une relation est l’équilibre « entre le travail et les dépenses », souligne Guylaine Houle, vice-présidente de Pierre Roy & Associés, un cabinet de syndics en insolvabilité. Si la personne conduit une voiture de luxe, porte des vêtements griffés et loue un grand condo au centre-ville, mais travaille comme agente de bureau dans la fonction publique, c’est peut-être signe qu’elle vit à crédit. Or, un conjoint endetté peut retarder bien des projets de couple, tel l’achat d’une maison. 

Il y a toutefois des limites à ce que l’on peut observer. À un moment ou à un autre, il faudra faire ce que plusieurs redoutent : parler d’argent.

Ce type de conversation est le travail quotidien de Fabien Major, planificateur financier chez Major Gestion Privée et animateur du balado Le Planif. Son conseil, pour lancer la discussion, est de parler de « rêves » plutôt que de fric. 

Depuis le début de votre relation, vous évoquez l’idée de faire un long voyage à deux en Amérique latine, d’ouvrir un petit café dans votre quartier ou d’aménager une fourgonnette pour vos escapades de fin de semaine ? Fantastique. Maintenant, demandez à l’autre comment vous pourriez réaliser ce projet, et dans combien d’années.

La conversation basculera probablement vers votre capacité à épargner et vers les obligations financières, telles une dette d’études ou une pension alimentaire, qui pourraient retarder ce projet. Ainsi, sans que cela semble forcé, vous vous retrouverez à parler ouvertement d’argent, peut-être pour la première fois depuis que vous formez un couple.

Prenez garde à la fraude

Méfiez-vous des amoureux qui vous demandent de l’argent, surtout tôt dans la relation. Des cas de fraude surviennent régulièrement en amour, et personne n’est à l’abri. Le balado Le Casanova de Montréal (QUB radio), qui raconte comment un Québécois aurait berné des dizaines de femmes pour leur soutirer des centaines de milliers de dollars, en est la triste démonstration.