Coûteuses maisons des aînés

Pour répondre aux besoins croissants de notre population vieillissante, le Québec doit accélérer la construction des MDA. Et des solutions révolutionnaires nous permettraient d’économiser sur la facture, qui s’annonce colossale.

Photo : Daphné Caron

Lors de la campagne électorale de 2018, François Legault a annoncé que le vieux modèle des centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) serait progressivement remplacé par le concept de maisons des aînés (MDA), des milieux plus conviviaux et spacieux. Il a promis de créer 2 600 places selon ce nouveau modèle avant la fin de 2022.

Il était temps. Il s’agit d’un déblocage important pour l’hébergement et les soins offerts aux personnes en lourde perte d’autonomie. De 2011 à 2018, le nombre de places dans les CHSLD publics et privés conventionnés (soumis au financement et aux conventions collectives de l’État, mais gérés par le privé) est resté stationnaire à 39 000 pour l’ensemble du Québec, en dépit des besoins en croissance, des listes d’attente en hausse et des établissements de plus en plus vétustes. Le gouvernement du Québec ne bougeait pas malgré la pression sur le système.

Les 2 600 nouvelles places prévues pour l’automne 2022 seront distribuées dans 46 résidences réparties sur le territoire du Québec, de Havre-Saint-Pierre à Gatineau et de Rouyn-Noranda à Sherbrooke, en passant par Montréal, Trois-Rivières et Sainte-Agathe-des-Monts. Pendant ce temps, le ministère de la Santé planifiera le réaménagement de plusieurs vieux CHSLD selon le nouveau modèle des MDA.

Ça va faire du bien. Malheureusement, toutes bienvenues qu’elles seront, les 2 600 places créées de 2019 à 2022 ne suffiront pas à répondre aux besoins croissants de notre population vieillissante. La Chaire de recherche sur les enjeux économiques intergénérationnels HEC-UQAM vient d’estimer, par exemple, qu’il faudrait ajouter 15 000 places en MDA au cours de la période allant de 2019 à 2030, simplement pour maintenir les taux d’hébergement actuels et éviter que la pénurie ne continue à s’amplifier. En quatre ans, de 2019 à 2022, on aurait déjà dû créer le tiers de ces 15 000 places, soit 5 000, alors qu’on en ajoutera seulement 2 600. Si le gouvernement du Québec ne veut pas perdre la maîtrise du système, le rythme d’aménagement de nouvelles places en MDA doit s’accélérer sans tarder.

Combien devraient coûter au total ces 15 000 nouvelles places de 2019 à 2030 ? Très cher : le prix estimatif frise présentement le million de dollars par place dans certaines régions. Cela inclut la conception des lieux, l’acquisition des terrains et les expertises, en plus des travaux de construction. Il faudrait donc un investissement gouvernemental de base de 15 milliards de dollars, avant même de tenir compte des coûts de fonctionnement, d’entretien, de financement et d’indexation à l’inflation.

Il y aurait deux moyens d’alléger la facture. Le premier consisterait à réduire le coût de construction des nouvelles MDA. Le gouvernement serait locataire du bâtiment plutôt que d’en être propriétaire. Jusqu’ici, le ministère de la Santé construit, gère et finance directement l’immeuble et en est le propriétaire. Dans le modèle locatif, un groupe de partenaires coopératifs ou privés incluant une entreprise de construction compétente bâtirait, gérerait et financerait l’immeuble, et le louerait au gouvernement. Du point de vue des personnes hébergées, il n’y aurait aucun changement : c’est le ministère de la Santé qui continuerait à assumer l’entière responsabilité des services et des soins qui leur seraient dispensés dans la MDA. Des estimations basées sur des données concrètes portent à croire que cette révolution du partenariat locatif permettrait au gouvernement d’assurer la même qualité de services et de soins en MDA pour 15 % ou 20 % moins cher que son modèle actuel de propriétaire.

Le second moyen d’économiser serait tout aussi révolutionnaire. Il acquiescerait au consensus qui est en train de se former en faveur de l’augmentation de l’offre de services et de soins à domicile, évolution qui refléterait mieux la préférence des aînés dont la perte d’autonomie n’est que partielle. L’institutionnalisation deviendrait un véritable dernier recours et le nombre de nouvelles places en MDA à construire diminuerait. La chaire HEC-UQAM vient d’étudier plusieurs scénarios dans cette veine, comportant plus de services et de soins à domicile et moins en établissement. Son scénario moyen permettrait d’envisager une économie nette cumulée pour le gouvernement allant jusqu’à 8 milliards de dollars en 2030 et 41 milliards en 2050.

Dans l’immédiat, Québec n’a pas le choix : il doit accélérer la construction des MDA. Mais l’énormité de la facture devrait nous inciter à prendre le taureau par les cornes. Bâtir en mode locatif et développer les services et les soins à domicile seraient deux moyens intelligents de domestiquer la bête.

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Et instaurer un vrai régime universel de bi-génération,avec certains incitatifs.Sans obligation de vivre avec, mais de vivre (a coté).Tres grandes économies pour la société et bien-être pour les parents agés. De plus, la pandémie n’a pas exacerbé la vétusté des chsld, mais plutôt la manque de ressources. Où allons-nous trouver la personnel de ces MDA?

Dommage que la CAQ ne s’est pas actualisé en nous menant dans des dédales de dépenses onéreuses. Les aînés, aussi somptueuse soient-elles, ne demandent que de demeurer à la maison avec soins à domicile. Même si on a un nombre suffisant de maisons et que le personnel n »est pas au rendez-vous, on ne sera pas plus avancé.
La solution de Michel Audet est aussi une suggestion mais les villes se font tirer l’oreille pour l’avoir expérimenter afin de permettre à mes parents de vivre près de nous. Hélas! On dit s’inspirer d’ailleurs, j’en doute, Ailleurs, on respecte, protège et prends soin des aînés dans des ressources adaptés à leurs besoins dans la modération pas des châteaux, on choisit d’investir dans l’humain plutôt que la brique.

Personne de 73 ans avec le cancer: transport / semaine /30$
Service de nourriture /60$
Aide/ préposé/43$
Pour demeurer chez-moi : 143 $/ semaine. Minimum.

Je n’ai pas d’ assurance et je vis seule.
Le CLSC se déplace pour prises de sang , nettoyage de cathéter et débranchement de la chimiothérapie .

Que puis-je déduire des impôts ?
Pour moi garder mon autonomie et demeurer chez-moi est important.
N.B.Une situation comme exemple.
A.Perreault

J’aimerais beaucoup trouver quand ce sera mon tour, des résidences avec des matériaux nobles, oui du bois, mais exit le marbre et tout le flafla trouvé au privé. Des endroits simples et conviviaux mais un peu moins « chicos » que nos logements actuels. Arrivés à 88 ans et plus, la simplicité serait de mise. (80 pour certains, 90 pour d’autres) Espérant demeurer le plus longtemps en possibilité de soins élaborés à domicile, la simplicité des lieux d’une résidence ou Chsld me semblerait un plus, et économique à la longue, pour tous.

Que la personne finissant sa vie ou son représentant légal soit et demeure au centre et au coeur des processus d’information et de décision la concernant au plus au point, et que son seul intérêt prime.