Cuba à l’heure des choix

La sortie de Cuba du banc des punitions pourrait donc se traduire par beaucoup d’occasions d’affaires pour les entreprises canadiennes. Mais d’abord, il faut faire tomber l’embargo.

Photo: Tony Bock/Toronto Star/Getty Images
Photo: Tony Bock/Toronto Star/Getty Images

Blogue EconomieIl faut se réjouir du dégel des relations entre les États-Unis et Cuba. Les relations diplomatiques entre les deux pays seront rétablies et normalisées le moment venu, mais cela restera largement symbolique si l’embargo économique américain est maintenu.

C’est le Congrès, dont les deux chambres seront dominées par les républicains en 2015, qui a le pouvoir de lever cet embargo, et on peut présumer qu’il ne bougera pas à moins que le régime cubain s’engage à libéraliser davantage son économie et à élargir les droits politiques. Les Américains ne peuvent pas se passer économiquement de la Chine, mais ils ont pris l’habitude depuis cinq décennies de se passer de Cuba.

Le régime cubain est coincé. Il a perdu il y a un peu plus de 20 ans ses alliés, clients et bailleurs de fonds de l’ancien bloc soviétique. Le Venezuela n’a manifestement plus les moyens de lui livrer quelque 100 000 barils de pétrole par jour. Les Cubains vivent modestement avec un salaire moyen de 20 dollars par mois, des monopoles publics peu efficaces et une croissance économique médiocre.

Le touriste qui visite La Havane est toujours surpris par les vieilles bagnoles américaines des années 1950 qui sillonnent encore les rues. C’est comme si le temps avait été suspendu depuis l’entrée en vigueur de l’embargo américain, en 1961. Le gouvernement tente de moderniser l’économie — il a même aboli un million de postes dans le secteur public —, mais la propriété privée pour les Cubains est limitée à leur appartement et au petit commerce.

Les investissements étrangers sont autorisés, mais ils sont compliqués par l’embargo américain. Un exemple parmi tant d’autres : la société canadienne Sherritt, qui est très active à Cuba. Elle en est le premier producteur d’énergie, elle y extrait du pétrole et exploite des mines de nickel et de cobalt. Cependant, à cause du blocus américain, elle ne peut pas se financer, s’équiper ou vendre aux États-Unis.

Les quelques dizaines d’entreprises canadiennes présentes à Cuba sont plutôt favorables à la fin de l’embargo, même si cela signifie l’arrivée de concurrents américains décidés à prendre leur place dans cette île de 11 millions d’habitants située à quelque 150 km de la côte floridienne. Les entreprises américaines pourront aussi compter sur une forte diaspora cubaine qui a encore des liens avec les insulaires.

Cuba est la troisième destination touristique préférée des Canadiens (un million de visiteurs par année), qui en ont fait leur destination soleil à prix modique. L’arrivée soudaine de foules de touristes américains qui ne pouvaient jusqu’à maintenant visiter Cuba va sans doute pousser les prix à la hausse.

En revanche, cela pourrait favoriser la construction de nouveaux hôtels, la modernisation des infrastructures et l’importation d’équipements et de fertilisants pour augmenter la productivité de l’agriculture. Cuba doit encore importer 80 % de ses denrées alimentaires.

La sortie de Cuba du banc des punitions pourrait donc se traduire par beaucoup d’occasions d’affaires pour les entreprises canadiennes. Nous devrions bénéficier du fait que nous avons depuis toujours des relations diplomatiques et économiques avec la plus grande île des Antilles.

Mais d’abord, il faut faire tomber l’embargo. Raúl Castro a les cartes en main. Voudra-t-il les jouer ?

* * *

À propos de Pierre Duhamel

Journaliste depuis plus de 30 ans, Pierre Duhamel observe de près et commente l’actualité économique depuis 1986. Il a été rédacteur en chef ou éditeur de plusieurs publications, dont des magazines (Commerce, Affaires Plus, Montréal Centre-Ville) et des journaux spécialisés (Finance & Investissement, Investment Executive). Conférencier recherché, Pierre Duhamel a aussi commenté l’actualité économique sur les ondes de la chaîne Argent, de LCN et de TVA. On peut le trouver sur Facebook et Twitter : @duhamelp.

17 commentaires
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Pendant ce temps les Chinois achètent le Château Montebello et l’Agence Cossette, les Mexicains les p’tits gâteaux Vachon. Sans parler de Couche-tard administré par un Américain unilingue.
Bonne année M. Duhamel. S’pérons que 2015 sera meilleure que 2014, l’une des pires de notre histoire selon moi

Oh horreur!!! Des « étranges » chez nous.

Vite, fermons nos frontières érigeons un mur autour de notre belle province et abolissons Internet.

N’importe quoi.

Monsieur Duhamel dit entre autres que la levée de l’embargo pourrait en revanche « favoriser la construction de nouveaux hôtels, la modernisation des infrastructures et l’importation d’équipements et de fertilisants pour augmenter la productivité de l’agriculture. Cuba doit encore importer 80 % de ses denrées alimentaires. » Il aurait pu en profiter pour ajouter que Cuba pourrait prospérer tout en devenant un modèle de développement durable. Son propre magazine, L’actualité, a d’ailleurs publié un article au début décembre sur 10 villes audacieuses qui font tourner les têtes. Cet article présente entre autre Masdar, située en plein désert à 17 km d’Abu Dhabi, qui est l’écoville futuriste qui a le plus d’envergure sur la planète ou, encore Greensburg au Kansas qui a été rasée à 95 % par une tornade en 2007 et qui s’est reconstruite en mode durable.

» Elle en est le premier producteur d’énergie, elle y extrait du pétrole et exploite des mines de nickel et de cobalt. » (P. Duhamel)

On voit bien que faire exploiter les mines et les hydrocarbures ça ne paye pas. Pourtant c’est ce que vous voulez pour le Québec.

Ce n’est pas à cause de l’état ni du privé que Cuba est pauvre, ce sont les USA qui les étouffent par l’embargo commandé et exigé par United Fruit au gouvernement américain. D’ailleurs cette histoire se répète un peu partout sur la planète.

En fait ce que vous écrivez revient à dire; les USA pourraient lever la punition imposé en échange qu’ils peuvent se servir à Cuba comme ils le veulent et revenir comme avant 1959, le bordel de l’Amérique.

Cuba devrait patienter un peu et joindre les pays du BRICS, ce qui lui donnerait accès à des milliards de clients et la liberté qui va avec au lieu d’être les esclaves des entreprises américaines. Ensuite Cuba pourrait faire comme Michèle Perron le suggère.

Pourquoi diable Cuba, paradis du socialisme égalitaire démocrate, convivial et tout le tralala, voudrait-elle se rapprocher des dangereux et méchants gros capitalistes sauvages américains?

Allez les gauchistes de salon québécois, convainquez les Cubains de refuser cette arnaque et de demeurer dans leur décrépitude et de persister à risquer leurs vies à vouloir avec entêtement immigrer aux USA en naviguant sur des radeaux.

Bien hâte de lire votre argumentaire.

Mais dans quelles conditions?

Dans un CHSLD pendant 10 ans à un bain par deux semaines et à manger du mou? NON MERCI!!!

Justement…pourquoi voudraient-ils avoir des relations politiques et commerciales avec USA???

Cuba n’est-il pas sensé être un endroit paradisiaque et chaleureux? Et les USA un enfer où règne en maître le gros méchant capitalisme?

J’attends toujours vos arguments les socialistes de salon québécois.

N’est-ce pas plutôt parce qu’il n’y en a PAS d’argument et qu’ils commencent à s’en rendre compte?

Donnez-nous en un argument. UN SEUL!!!

À jacques lecuyer,

Borné, c’est le mot exact.
……

Au Québec les conservateurs. les libertariens, les dretteux, les libéralistes (néo-libéraux) et même les libéraux sont tous les mêmes.

Ils supportent les holdings, les grands financiers, la grande entreprise au détriment de la population, leurs concitoyens.

ils font la promotion du citoyen au service de l’entreprise.

Ils sont le tapis sur lequel s’essuient les pieds de l’aristocratie.

« Bien hâte de lire votre argumentaire. »

« Cuba devrait patienter un peu et joindre les pays du BRICS, ce qui lui donnerait accès à des milliards de clients et la liberté qui va avec au lieu d’être les esclaves des entreprises américaines. » (Youlle)

Un n’empêche pas l’autre, mais joindre les pays du BRICS TRÈS prospères est préférable à l’Amérique en FAILLITE qui lui pille sur la tête depuis 55 ans.

Dans la direction de la plus grande puissance d’influence économique de la planète c’est-à-dire l’Asie et des BRICS. Ça représente 45% de la population de la planète avec la suprématie des armes stratégiques de la planète.

Oh…j’ai oublié de vous envoyer un extrait:

« Les derniers indicateurs économiques ne font que renforcer l’opinion que l’économie américaine s’accommodera bien d’une hausse des taux qui pourrait intervenir à la mi-2015, de l’avis des marchés.

L’indice du dollar, qui mesure la valeur du billet vert face à un panier de six devises, était stable à 89,992 mercredi matin. Il avait atteint mardi un pic de 90,325, au plus haut depuis 2006.

Preuve de sa solidité, le dollar est bien parti pour terminer sur un gain annuel face à chacune des monnaies de son indice, à savoir l’euro, le yen, le sterling, le dollar canadien, la couronne suédoise et le franc suisse.

Le billet vert est également en hausse cette année face au dollar australien, au dollar néo-zélandais et à la couronne norvégienne.

Face au yen, le dollar était en petite hausse à 119,62 mercredi. Il avait touché la veille un plus bas d’une semaine de 118,86, alors qu’au début du mois il culminait à un sommet de sept ans de 121,86. »

Fin de l’extrait.

Alors,,,dans quelle direction vont les radeaux déjà?