Dans les tiroirs des joueurs du CH

De nouveaux joueurs s’amènent dans les rangs du Canadien de Montréal ? Le déménageur officiel du club aura du pain sur la planche.

Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne
Photo: Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Joseph Gagnon et ses employés pourraient remplir les pages des magazines à potins avec tout ce qu’ils connaissent de l’intimité des joueurs du Canadien de Montréal. Ils savent ce qui se cache dans leur garde-manger, ils ont accès à leur penderie, ils mettent le nez dans leurs tiroirs… Mais n’espérez pas leur soutirer des confidences, car ils sont tenus au secret le plus strict.

Savoir tenir sa langue est l’une des exigences de base pour mériter le titre de déménageur officiel du CH. Déménagement et Entreposage Westmount détient ce prestigieux contrat depuis une dizaine d’années. Dès que l’équipe embauche un joueur, un entraîneur ou un membre de la direction, c’est cette entreprise qui s’occupe de son installation à Montréal, et l’organisation du Canadien qui paie la note. « Au baseball, vous avez trois prises, mais avec le Canadien, vous en avez une seule, dit le président, Joseph Gagnon, lui-même un fervent partisan. Si on perd la confiance du club parce qu’on ne respecte pas la confidentialité, on est fini. Il faut qu’on soit très, très discret. C’est la règle numéro 1. »

L’entreprise aura du pain sur la planche avec l’arrivée de plusieurs nouveaux patineurs dans l’équipe pour la saison 2014-2015. Il n’est pas rare que les hockeyeurs fassent aussi appel à ses soins lorsqu’ils quittent la ville pour aller manier la rondelle sous d’autres cieux. Ainsi, c’est Déménagement Westmount qui a transporté les biens de Saku Koivu en Californie lorsqu’il est parti poursuivre sa carrière dans l’uniforme des Ducks d’Anaheim, en 2009 — l’un des plus gros déménagements que l’entreprise ait réalisés. « Ce sont des millionnaires, alors ils ont du beau, ils aiment la qualité, dit Joseph Gagnon. Ils possèdent souvent beaucoup de gros meubles pesants, des gros jouets comme des quatre-roues et des motoneiges. »

L’entreprise est aussi le déménageur officiel des Sénateurs d’Ottawa, dans la Ligue nationale de hockey, et des Rangers de Kitchener, dans la Ligue de hockey junior de l’Ontario. L’homme d’affaires peut parfois soupçonner ce qui se trame dans les coulisses d’une équipe à partir des demandes qu’il reçoit. « Si le club veut savoir combien ça coûterait de déménager quelqu’un d’Anaheim à Montréal, par exemple, ça me donne un indice. Je me souviens avoir reçu un appel d’un joueur qui s’informait du prix d’un déménagement en Russie. On pouvait deviner qu’il n’avait pas l’intention de rester à Montréal. Mais ça fait déjà un bout de temps. Je vous rassure, ce n’est pas Andrei Markov ! » dit-il en faisant référence au vétéran défenseur du Canadien.

Quand Joseph Gagnon et son épouse, Sheri Doyle, en ont fait l’acquisition, en 2003, l’entreprise fondée en 1938 avait perdu beaucoup de son lustre d’antan. « C’était devenu une toute petite compagnie après avoir été, dans les années 1960 et 1970, l’un des plus gros déménageurs en Amérique du Nord, dit Joseph Gagnon. Je savais que c’était une bonne occasion, vu son histoire, la crédibilité associée à son nom et ce que je pouvais amener, venant du service des ventes d’un compétiteur. » L’année suivante, ce vendeur dans l’âme persuadait nul autre que Larry Smith, alors président des Alouettes de Montréal et aujourd’hui sénateur, d’investir dans l’aventure — ce dernier y détient toujours une participation de 30 %. En une décennie, son chiffre d’affaires a bondi de moins de un million de dollars à plus de 12 millions par année !

Déménagement Westmount ne doit pas son succès qu’aux vedettes du sport professionnel. L’entreprise compte plusieurs grandes institutions et multinationales parmi ses clients, dont l’Université McGill, Aéroports de Montréal, CP et ABB. Ses activités ne connaissent pas de frontières — elle peut être appelée à déménager un employé de la Pologne à la Suède, par exemple. En 10 ans, les revenus issus de ses activités à l’étranger sont passés de quelque 50 000 dollars à environ deux millions de dollars par année, précise Joseph Gagnon, montant qu’il espère doubler d’ici quatre ou cinq ans. « On a notre propre division internationale. Ça ne veut pas dire que j’ai une équipe de déménageurs en Pologne. Le défi est plutôt de bâtir un réseau d’agents partout dans le monde qui sont fiables et qui font un aussi bon travail que ce qu’on fait au Canada. C’est ce qu’on est en train de créer et ça fonctionne très bien. C’est une belle source de croissance qu’on veut exploiter encore plus. »

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